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Quand un peuple parle : ATD Quart-Monde, un combat radical contre la misère, Bruno Tardieu

, par Rédaction2

Un livre attendu par plus d’un car on connait peu - ou mal- ATD. On en a l’image - juste - des bibliothèques de rue, et on connait ces coins-jeux au pied des barres où des enfants trouvent un moment de paix ; on a aussi l’idée - faussée - d’un mouvement catho, et on aurait tendance à confondre les figures du père Wresinski et celle de l’abbé Pierre.

En traçant l’historique de ce mouvement né par et pour les précaires à la fin des années Cinquante, Bruno Tardieu précise l’image : il ne s’agit pas de charité, mais d’entraide et de lutte, avec une importance majeure donnée au « faire savoir ». Cette pression a abouti à des avancées sociales notables - le RSA, la CMU, le DALO (avec d’autres associations) – et à des évolutions de mentalités inscrites dans les textes (reconnaissance des droits des parents « les plus éloignés de l’école » dans les textes de la Refondation). Très localement, il y a par exemple le travail mené dans la banlieue de Rennes ou actuellement dans le 18° arrondissement de Paris pour faire que les parents les plus pauvres aient une prise sur l’école.

Dont acte. Reste ensuite l’orientation et la méthode : ATD (le sens du sigle a évolué : de « Aide à toute détresse » à « Agir tous pour la dignité ») tient à faire un pas de côté tant par rapport au mouvement ouvrier, qui n’a pas voulu ou su intégrer « ces gens-là » au combat syndical, que par rapport aux pédagogies de lutte sociale comme celle de Paulo Freire ou de Saul Alinsky ; pour cette organisation, il ne s’agit plus d’être dans un rapport de forces « où les plus faibles seront toujours inutiles » que dans un rapport au savoir, les plus pauvres acquérant confiance en eux, y compris dans la défense ou la conquête de leurs droits. Dans les « universités populaires Quart-Monde », on apprend à mixer patiemment savoirs savants et savoirs populaires pour que ces visions du monde dites et enrichies deviennent porteuses d’espoir.
C’est sur ce dernier point qu’on peut être sceptique : les puissants pourront-ils vraiment, comme le dit l’auteur, « reconnaître leurs aveuglements, leurs manques de connaissance, déconstruire leurs certitudes » ? N’est-ce pas plutôt une question d’intérêts, où d’autres enjeux sont en cause : l’argent, le pouvoir ? Certes, il y a d’immenses marges à gagner ; prenons un exemple positif : dans cette école de la Goutte d’or, les enseignants se sont posés avec les parents du quartier la question des devoirs à la maison : longue élaboration, travail commun qui éclaire et rapproche ; à l’échelon national, la parution concertée du rapport officiel de J.-P. Delahaye et de celui de la représentante d’ATD au Conseil économique, social et environnemental n’est pas sans signification. Mais les vrais puissants (pas un instit, pas même un directeur de ministère sincèrement de gauche) ? Les milliardaires mexicains, chinois, français ? Les requins de la politique ? Comment imaginer qu’ils soient sensibles à ces voix d’en bas, de tout en bas ?

Nous n’avons pas fini de discuter avec les volontaires et alliés d’ATD, dans notre combat commun pour les droits sociaux et la dignité. Ce livre est une première pièce du débat. JPF

Bruno Tardieu, Quand un peuple parle : ATD Quart-Monde, un combat radical contre la misère, La Découverte (cahiers libres), 2015, 262 p., 13,50 €.

Tables des matières : http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Quand_un_peuple_parle-9782707188335.html

ATD Quart Monde : https://www.atd-quartmonde.fr/

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