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Questions de classe(s)

Ni réunion, ni conseil : l’Assemblée !

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Nous connaissons les modèles d’organisation qui hantent les structures sociales, éducatives, mais aussi toutes les institutions y compris économiques. La question y est toujours de savoir comment on y organise la collectivité, la vie de groupe, le « vivre » et le « faire » « ensemble ». Or, nous avons connu dans la plupart des institutions que tout un chacun a pu fréquenter l’omniprésence de deux modèles : la Réunion et le Conseil. La première est centrée sur la tâche, tandis que le second est centré sur la mission, le statut, le représentation. Pensez ainsi au Conseil de classe , mais aussi à toutes les fausses « réunions » sur des lieux de travail qui mettent, de fait, en avant un supérieur hiérarchique, qui établit sa ligne et impose ses procédures.

La réunion faussement démocratique sert à assigner une place à chacun, à rassembler des collaborateurs, supposément « à égalité de bonnes intentions ». Le Conseil est supposé lui, légitime pour prendre des décisions et affirmer des orientations prises en dehors de son cercle.

La réunion est apparemment horizontale ; elle s’inscrit dans le contexte de l’Éducation nouvelle . Elle valorise les notions d’expression, de dialogue, d’échanges et de débats. Elle est démagogique.

Le Conseil quant à lui se réfère bien davantage au registre de la Pédagogie traditionnelle et propose un mode réglementé, inégal et descendant des modalités de communication et de coopération. Il est autoritaire.

Ces deux formes de travail, de coopération, aussi banales soient-elles, ne sont jamais interrogées, de sorte que nous les reproduisons dans nos propres organisations et en ce qui concerne l’éducation, y compris auprès de nos publics.Nous pensons réellement « associer », favoriser « la participation » des uns et des autres par ces deux modalités de regroupement et d’organisation.

Curieusement ces deux modalités d’organisations de groupe, ne se télescopent pas et font même bon ménage entre elles, dans les institutions de toute nature. Dans une école, un collège par exemple, nous aurons des réunions entre enfants, enseignants, avec des parents , et puis toute une panoplie de « Conseils » bien plus réglementés.

Nous revenons toujours à ces deux formes antiques, parce que nous ne connaissons rien d’autre. C’est un peu comme la Pédagogie traditionnelle qui se répète , qui se répand à l’infini , que l’on renouvelle ou reproduit de générations en générations pour le même genre de raison : l’omniprésence, la simplicité apparente, le manque d’imagination d’autre chose, font le succès de ces modes d’organisation sociale.

En Pédagogie sociale, nous commençons toujours par tenter d’utiliser ces deux outils. Puis nous nous rendons compte qu’ils ne sont satisfaisants ni l’un, ni l’autre. Il manque autre chose ; il manque une autre forme d’organisation dans laquelle il y aurait la possibilité de s’organiser de l’intérieur, de s’instituer de l’intérieur, de prendre des décisions ensemble , tout en parlant au nom de soi, de son expérience personnelle et en tenant compte de l’ensemble de ce que l’on est, et son expérience de vie. Un endroit où l’on pourrait parler de tout, tout en restant soi et au nom de soi. Un endroit où être ensemble sans bornes a priori de ce que l’on peut dire ou décider.

Comprenons bien ce que cela change : dans une réunion normale, je suis en général présent parce qu’assigné à une place précise ; mais toujours, au fond, comme l’expérience des réunions le montrera, je suis au final porté à défendre mes seuls et propres intérêts, car tout me ramène à cette place qu’on m’assigne. Dans une assemblée sociale, tout au contraire, je suis présent en tant que moi même dans toutes mes dimensions et par cette seule raison, je peux être aussi « pour les autres ».

Cette troisième forme d’organisation sociale, groupale et collective , qui relève de la Pédagogie sociale , a un nom : c’est l’Assemblée.

A la pratique, tout en tâtonnant, avec le temps et l’expérience dans nos organisations, sur nos terrains d’intervention, là où le Social est en friche, là où les institutions sont défaillantes , c’est bien cette forme là de regroupement que nous expérimentons et améliorons au fil du temps.

Petit à petit nous abandonnons le nom que nous donnions à nos regroupements. Que devient par exemple une réunion des stagiaires, si nous en faisons… une assemblée ? Alors la bonne parole ne viendra plus des permanents, de l’animateur ou du formateur ; alors le contenu de ce regroupement recommence à susciter de l’intérêt, car du neuf, de l’inédit, du non dit, pourrait bien en sortir (pour une fois).

Ainsi il nous apparaît que le terme de Conseil nous renvoie toujours au registre de l’assignation (de la convocation), et que celui de réunion relève du domaine de la gestion (de l’invitation).

L’assemblée, comme terme va toujours plus loin. Elle est toujours de l’ordre de la transformation.

Que devient une réunion d’équipe, si elle devient une assemblée d’équipe ? Ce n’est même pas un problème de distribution du pouvoir, mais bien plutôt de statut des membres et des participants. Ceux ci passent d’une présence purement formelle, routinière , à une présence affirmée. Dans une assemblée , on est là comme auteurs.

Et nous pouvons continuer et nous demander aussi ce que seraient une assemblée de service , une assemblée de synthèse, une assemblée institutionnelle.
Dans le secteur privé, nous pouvons aussi imaginer une assemblée d’entreprise et réfléchir à ce que les mots transportent de sens, et donc, ce que les changements de mots permettent comme transformations sociales
— 
Laurent Ott, Centre Social / Espace Vie sociale Intermèdes-Robinson Chilly Longjumeau et Nord Essonne Site, blog et bien plus encore : http://www.intermedes-robinson.org

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