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Questions de classe(s)

Littérature jeunesse. Entretien avec Gabriel Lucas "La mare aux mots"

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Entretien avec Gabriel Lucas du blog La mare aux mots dédié à la littérature jeunesse.

Questions de classes - Peux-tu nous présenter la Mare aux mots, son projet, son équipe et son mode de fonctionnement ?

Gabriel Lucas - La mare aux mots est née il y a 10 ans, au départ c’était un forum. J’étais père au foyer, j’avais été vendeur culturel, et mon but était d’échanger sur la culture jeunesse (je voyais peu de lieux d’échange sur les livres pour enfants). Un forum me semblait l’idéal pour échanger, ne pas être « moi je vous dis que », mais où chacun·e était à égalité. Malheureusement les forums étaient en train de mourir et ça n’a pas fonctionné. Tout le monde m’a conseillé de faire un blog, c’est ce que j’ai rapidement fait, mais j’ai toujours voulu être entouré. Donc nous sommes une équipe (actue
llement de 5 personnes). Les profils sont divers, mais si je dois parler de l’actuelle, nous avons une professeure, une bibliothécaire, une libraire et la dernière passe en ce moment l’agrégation ! Quant à moi, je suis principalement attaché de presse pour des maisons d’éditions essentiellement jeunesse.
Le fonctionnement est assez simple, on reçoit les communiqués de presse des maisons d’éditions jeunesse, chacun·e regarde ce qu’il a envie de chroniquer, on les demande et si ça nous plait on en parle.
 
QdC - Tu es attaché de presse d’éditeur jeunesse, peux-tu nous en parler ?

GL - Comme je le disais plus haut j’ai été vendeur culturel (pendant plus de 10 ans), quand ma fille aînée est née j’ai démissionné. Comme j’avais La mare aux mots qui fonctionnait bien, et que donc je connaissais du monde dans ce milieu, on m’a conseillé de chercher de travail dans l’édition… sauf que je n’avais aucune autre expérience que mon site dans ce domaine et aucun diplôme ! J’ai envoyé un mail à tout mon fichier en disant (en gros) « je ne sais pas ce que je peux faire pour vous, mais si vous avez du boulot pour moi… » Les éditions Clochette m’ont proposé d’être leur attaché de presse, je n’avais jamais fait ça et ça m’a fait peur, mais aidé par des confrères et avec la confiance totale de l’éditrice (qu’elle en soit toute sa vie remerciée) je me suis lancé… petit à petit j’ai trouvé d’autres maisons pour qui travailler, et c’est ainsi qu’au moment où j’écris ces lignes je travaille pour cinq maisons en tant qu’attaché de presse !

QdC - La Mare aux mots propose parfois des recensions thématiques comme celle sur l’anti-sexisme ("les livres qui luttent contre les clichés sexistes"). En quoi ce te semble t-il important ?

GL - Je crois que l’engagement est dans l’ADN de La mare aux mots. On donne 10 % de l’argent des abonnements à une asso qui aide les jeunes migrant·e·s par exemple. Depuis le départ, on a voulu combattre le sexisme, l’homophobie et bien sûr le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme… Tout simplement parce que nous avons ces convictions nous-mêmes. Sarah a fait un stage au Centre Audiovisuel Simone de Beauvoir, Anaïs a eu une formation sur la littérature antisexiste , une partie de l’équipe est LGBTQI+… bref forcément les combats du site nous ressemblent, tout simplement. Ça passe donc par des sélections antisexiste (comme notre webzine à télécharger gratuitement qui cartonne) ou des sélections sur l’homosexualité et l’homoparentalité (l’article le plus lu du site, et on prépare aussi un webzine spécial LGBTQI+ à télécharger gratuitement ), mais aussi par l’écriture inclusive que l’on utilise depuis 5 ans déjà.

Bref, tout ça pour dire que pour nous c’est « naturel » et en aucun cas un calcul (l’antisexisme est un peu à la mode !). Mais pour répondre à « pourquoi c’est important », tout simplement, car je pense que les livres jeunesse font avancer les mentalités. Que s’il y avait plus de livres non sexistes, les enfants arrêteraient de trouver normal que les filles ont moins de place dans la cour de récréation et que les garçons n’ont pas le droit de pleurer. Tout comme si Petit Ours Brun avait un copain qui a deux papas ou si le cousin de Tchoupi était homosexuel, l’homophobie reculerait. C’est ma conviction.

QdC - Cet engagement ne vous a pas posé de problème ?

GL - Alors, soyons honnêtes, ça nous a apporté plus de lecteurs et lectrices que d’insultes… mais il y en a eu. J’ai reçu un appel très étrange suite à un article sur les LGBTQI+, le lien de notre article sur l’homosexualité et l’homoparentalité dans la littérature jeunesse a été donné sur un site anti mariage pour tous pour montrer comment on « pervertissait notre jeunesse »… mais ce genre de choses nous font plutôt sourire ! Les attaques les plus violentes ont été sur l’écriture inclusive (alors qu’on l’utilisait déjà depuis plusieurs années), c’est dire si nos « ennemi·e·s » ont des combats essentiels…
 
Propos recueillis par François Spinner,
Luttes et ratures, un blog de Questions de classes

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