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Questions de classe(s)

Les neurosciences dans la classe : pas simple !

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23 févr. 2018 Par Nestor Romero.

Nestor Romero commente sur son blog et sur Questions de Classe(s) le débat qui agite en Espagne (et en Catalogne) les spécialistes sur l’apport des neurosciences dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement. Il relaye les doutes d’une chercheuse barcelonaise sur la pertinence de ses recettes appliquées à la pédagogie. Cette relativisation toute scientifique pourrait relancer un débat qui semble ici, sous les frimas, plus figé que la glace. Elle éclaire par contraste le caractère très idéologique de son instrumentalisation par le ministère de l’éducation :
S’agirait-il de vendre ici comme en Espagne, sous une nouvelle apparence et avec un vernis scientifique, le même truc depuis des siècles, la compétition ?

Stanislas Dehaene serait-il en train d’en rabattre un petit peu et, avec lui Jean-Michel Blanquer, ministre , comme nul ne peut plus l’ignorer ?

https://youtu.be/dazDFoK1cOE
Anna Carballo en CICLIP | El aprendizaje de la lectura desde la neuroeducación © Supertics

Stanislas Dehaene serait-il en train d’en rabattre un petit peu et avec lui Jean-Michel Blanquer, ministre, comme nul ne peut plus l’ignorer ? Il semblerait bien si l’on en croit cette déclaration que l’on trouve en incipit de l’article intitulé « Les sciences cognitives à l’épreuve de la classe » (Nathaniel Herzberg, David Larousserie et Hervé Morin, Le Monde du 21/02/2018).

Que dit en effet le Professeur au Collège de France le 1° février ? Ceci :

On se frotte à la complexité : passer du laboratoire à la salle de classe est une épreuve absolument redoutable pour le chercheur.

Ce qui n’est pas une découverte. Il suffit pour s’en convaincre de sauter d’un clic par-dessus les Pyrénées : Anna Carballo est une jeune (Barcelone 1982) Docteure en neurosciences de l’Université autonome de Barcelone, spécialiste des difficultés d’apprentissages et chercheuse en neurosciences appliquées à l’éducation, question qu’elle traite dans un livre à sortir aux éditions Graó.

Elle est interrogée dans « El País » du 19 février par Ana Torres Menárgues. A la question concernant le débat entre neuroscientifiques et pédagogues qui se développe depuis quelque temps déjà en Espagne, elle répond :

Je constate une intrusion « bestiale » (un intrusismo bestial) des neuroscientifiques. Les neurosciences peuvent nous fournir des fondements théoriques en ce qui concerne les processus d’apprentissage mais elles ne doivent pas déborder dans le champ de la didactique car nous ne sommes pas pédagogues de sorte que nous ne pouvons pas dire ce qu’il faut faire dans les classes. Les idées qui viennent du champ neuroscientifique consolident des théories pédagogiques qui existent depuis plus de cent ans, par exemple la pédagogie du projet qui est présentée comme innovante mais qui ne l’est nullement. Tout a déjà été inventé. Les neurosciences peuvent aider à favoriser le changement dans le domaine de l’éducation mais elles ne disposent pas de la recette pour régler les problèmes posés dans le champ de l’éducation.

Anna Carballo passe en revue les questions qui se posent dans le système éducatif, comme par exemple l’opposition pour les tout-petits entre affectivité et confrontation à des matériels dits pédagogiques (Montessori), pour souligner l’importance de l’affectivité qui concerne ce que pour ma part je définis comme « mode de vie dans l’école ». Tous les enfants devraient passer la première année de leur vie avec leurs parents, insiste-t-elle mais elle insiste aussi sur le manque de formation des enseignants prêts à se saisir de n’importe quelle méthode miraculeuse à la mode pour tenter de résoudre les problèmes qui se posent à eux quotidiennement dans leur classe. Elle donne en exemple cette mode dont je me souviens qu’elle fit fureur voici pas mal d’années déjà qui partageait le cerveau en deux hémisphères, l’un « créatif », l’autre « logique ».

Enfin répondant à la question de la contradiction qu’il y aurait entre une pédagogie (c’est-à-dire un mode de vie) de type coopératif et le monde hautement compétitif dans lequel devra vivre l’enfant devenu adulte, elle répond ceci :

La question est donc de savoir si nous devons reproduire dans l’école la compétition parce que c’est ce qu’ils trouveront dans leur vie ou si nous leur montrons que l’on peut construire une société plus tolérante et plus solidaire.

En effet, telle est la question et cette neuroscientifique invoquant la plasticité du cerveau favorisée par la multiplicité des échanges prend le parti du mode de vie coopératif.

Il ne nous reste plus qu’à espérer, de ce côté-ci des Pyrénées, que nos neuroscientifiques et autres membres du Conseil scientifique de l’éducation nationale, après avoir pris conscience que les expériences de laboratoire pour instructives qu’elles soient ne sont pas transposables dans une classe où se déploient des relations affectives et où se jouent parfois des drames affectifs trop souvent désignés par un lexique répressif, qu’ils prennent conscience, donc, que les enfants ne sont pas seulement des images de cerveaux mais des êtres complexes, des êtres désirant.

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