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Questions de classe(s)

Les adultes oublient

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Le futur des enfants et des jeunes est bien sombre. Il y a le dérèglement climatique qui les touche dès à présent et qu’ils devront subir dans les décennies à venir, mais il y a également les adultes qui oublient.
Le passé n’est pas simple certes, mais il engage le présent et le futur.

Toujours soupçonnés, accusés d’être, de faire et de ne pas faire, les jeunes seraient incapables de penser, de s’engager, de militer… ils seraient des délinquants en puissance ou des « crétins » tout juste bons à consommer et à regarder des émissions stupides à la télé.

Les adultes oublient que ce sont eux qui les ont mis devant la télé, qui leur ont programmé des émissions où les images banalisent la mort et la violence, où le divertissement abêtit, où les jeux écrasent le perdant, où la publicité encadre et coupe les émissions, les dessins animés…
Des publicités d’ailleurs qui offrent des images de familles françaises le plus souvent « de souche » avec des maisons ou appartements bourgeois super-équipés, des enfants gâtés, des repas équilibrés… Que peuvent penser les enfants qui n’y reconnaissent ni leurs parents ni leur quotidien ? Ne se sentent-ils pas étrangers et exclus de la société ?

Des quartiers entiers sont délaissés, les immeubles sont dégradés, les jeunes occupent les cages d’escalier, les dealers y font la loi, les femmes n’osent plus circuler seules.
Les adultes oublient que ce sont leurs parents qui ont utilisé des travailleurs immigrés pour des emplois ingrats et salissants et les ont installés dans des tours et cités aux périphéries loin de leurs quartiers. Aujourd’hui, peu d’entre eux s’offusquent face à l’injustice, à l’humiliation avec les contrôles aux faciès que subissent ces jeunes, que ce soit dans les transports, dans la rue…

Les médias se régalent des comportements agressifs de certains jeunes, des incidents violents dans les établissements scolaires des quartiers sensibles. Ils flattent l’opinion qui est en attente de réponses punitives et répressives.
Les adultes oublient que c’est le ministère de l’Éducation nationale qui établit les cartes scolaires, qui place la performance et la compétition au cœur de l’école avec la pression des évaluations, la peur de l’échec et l’orientation non choisie qui en résulte. Quelques-uns perturbent les cours, d’autres réagissent violemment et certains, sans faire de bruit décrochent, pour eux commence alors l’errance.

Les enfants de plus en plus jeunes ont des téléphones portables, des vêtements de marque, des ordinateurs connectés aux réseaux sociaux dans leurs chambres…
Les adultes oublient que ce sont leurs parents et leurs grands-parents qui ont placé la consommation à un tel niveau en créant de nouveaux besoins et que ce sont eux qui leur offrent ces objets pour être reconnus par leurs pairs.

Et parallèlement à cette consommation souvent indécente, la pauvreté se développe, le chômage explose, les prix de l’alimentation, des loyers et des carburants s’envolent…
Les adultes oublient que ce sont eux qui aujourd’hui participent au déclin de l’industrie avec la délocalisation, la fermeture d’entreprises et le démantèlement des services publics pour recevoir davantage de produits financiers, de dividendes. Tant pis pour le niveau de vie qui se dégrade avec un accès de plus en plus réduit à la santé, au logement, aux produits alimentaires et aux ressources énergétiques.

Les jeunes migrants ne sont pas bienvenus, beaucoup dorment dans la rue, ils risquent d’être reconduits à la frontière si leur minorité n’est pas prouvée.
Les adultes oublient que leurs parents, leurs grands-parents, leurs aïeux ont fui un jour leur pays, leur région pour être en sécurité, pour vivre mieux, pour avoir un futur.

Les jeunes sont indifférents aux propos politiques, se détournent des urnes et préfèrent les réseaux sociaux.  
Les adultes oublient que ce sont les élus et les ténors des partis qui ont dévoyé la politique en l’instrumentalisant pour s’enrichir de pouvoirs et d’euros et, sans complexes se blanchir de leurs actes délinquants.

Les adultes ont été façonnés par une éducation imprégnée de compétition, de réussite individuelle, de savoirs figés et aujourd’hui ils reproduisent ce qu’ils ont vécu. Arrêtons cette boucle infernale !
Il est encore temps de penser une autre éducation pour que les enfants aient un futur. 
 
Alors, messieurs dames les adultes laissez vos enfants et petits-enfants imaginer, inventer, créer, aimer et construire. Il y a de quoi faire avec tout ce qui a été détruit et oublié !
L’expression « création d’emplois » prendrait tout son sens si vous permettiez effectivement à tous les jeunes de créer et donc de travailler pour un futur proche porteur d’espoir et de transformation.
Et ceux d’entre-vous qui décidez, légiférez, conseillez, programmez… INVESTISSEZ dans la jeunesse : alimentation, santé, habitat, environnement, éducation, culture, ressources naturelles… tous ces biens appartenant à l’humanité et non pas au capital financier.

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