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Questions de classe(s)

Les Migrants de l’intérieur

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Nous sommes tellement impressionnés par les « migrants » (de l’extérieur) , que nous ne pouvons pas appréhender nos propres exils.

Les « migrants extérieurs » sont dehors, alors que nous sommes enfermés à l’intérieur. Ils sont nombreux, ; on dirait , une troupe, une invasion, une hémorragie. Tandis que nous sommes et restons tout seuls.

La fascination des migrants

Nous ne comprenons pas les motivations des migrants, ce qui les pousse à appréhender une vie si difficile parmi nous. Ils sont tributaires de conditions qui nous semblent tellement exorbitantes , que tous les délires sont permis pour imaginer des bénéfices occultes et des sales affaires dont ils se repaîtraient.

Si leur misère nous aveugle, nous affole, nous indigne ; à l’inverse, nous ne sommes pas préparés à affronter notre propre dénuement. Nous nous imaginons, installés, tranquilles, alors que chaque minute , chaque jour c’est notre propre vie ou celle de nos enfants qui devient de plus en plus difficile.

Nous croyons être dans la bonne part du monde , alors que nous ne croyons même plus en l’avenir , et même plus au notre. Quand avons nous perdu la foi en nous mêmes, au point de ne plus être en mesure de sortir de nos petites vies, de nos petits refuges, de ne tenter aucune expérience , aucune aventure et d’avoir peur de tout ?

Le nomade moderne

Nous , nous ne sommes pas des migrants, pas des visiteurs, pas des explorateurs, pas des voyageurs. Nous avons été exilés d’un autre exil, retirés du monde, enfermés à double tour.

Nous ne sommes pas des nomades, mais nous ne possédons plus, au fond, que ce que nous transportons dans nos poches : notre smartphone, une carte de crédit, et ça roule…

Nous ne sommes pas des nomades, mais nous ne sommes pas davantage des résidents, des sédentaires ou des habitants. Nous n’habitons plus au sens fort, les espaces qui ne nous ouvrent plus sur le monde. Ceux ci, dorénavant nous enferment. Ces espaces que nous n’habitons plus, nous voici seulement autorisés à les occuper. Nous ne possédons plus vraiment nos propres affaires. Nous sommes les locataires de leur petit usage.

Nous ne marquons plus rien de notre empreinte : ni objet, ni terre, ni maison, ni héritage. Nous ne laissons plus de traces que sur Internet.

Nous n’avons plus de métier, plus de carrière ; mais seulement des emplois, des missions, des jobs. Nous ne possédons plus rien ce qui constituait notre identité ; et de ce fait même , nous ne savons plus rien transmettre, ni plus rien donner à no proches, nos lointains ou même nos enfants.

Cela explique que nous avons le coeur sec !

Petit à petit c’est la précarité qui nous a rongés. Nous ne sommes plus de notre terre, nous n’avons plus de racines, plus d’emprise, ni de maîtrise sur l’environnement qu’on contrôle pour nous et qui nous échappe.

Nous sommes des exilés de l’intérieur, des migrants sans destination, sans espoir et sans chance.

L’exil émotionnel

Petit à petit, nous serons exilés de nos propres émotions, coupés de notre capacité à ressentir. Déjà nous avons perdu l’empathie, cette capacité à exister chez l’autre. Nous nous attendions à être plus tranquilles, moins dérangés, moins sollicités. Nous serons simplement un peu plus vides.

Celui qui s’éloigne se soi, se risque chez l’autre, celui là a quelques chances d’apprendre à se connaître et à devenir lui même. Seul celui qui se perd un peu, racines comprises, a quelque chance de se retrouver. En enfermant l’étrangeté chez les étrangers, nous ne comprendrons plus rien à nous mêmes ni à ce qui nous entoure, et encore moins à nos enfants.

C’est un peu l’histoire de ces élus, de ces fonctionnaires et de ceux qui les suivent, qui croient qu’il suffirait d’éloigner les migrants et les étrangers pour retrouver une vie sociale et institutionnelle praticables.

Ceux là n’ont pas vu que juste à côté d’eux, là où ils ne regardent plus, et dans ce qu’ils considèrent comme familier, la situation est encore pire…

Laurent Ott,

Intermères Robinson - Espace de Vie Sociale/ CENTRE SOCIAL
Longjumeau- Chilly- Massy et Nord Essonne
Site, blog et bien plus encore : http://www.intermedes-robinson.org
Laurent Ott, Centre Social / Espace Vie sociale Intermèdes-Robinson Chilly Longjumeau et Nord Essonne Site, blog et bien plus encore : http://www.intermedes-robinson.org

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