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Questions de classe(s)

Le monde indisponible jusqu’à nouvel ordre

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Et soudain, que des mots terribles pour parler du quotidien : la guerre, confinement général, distanciation sociale. Nous sommes privé-es les un-es des autres et le monde devient comme indisponible pour une durée non déterminée. Et les flics partout dans les rues pour nous surveiller, nous contrôler, nous séparer et vider l’espace public. Ce covid 19, il semble s’ajouter aux politiques de répression pour rendre l’état d’exception encore mieux établi. On vérifie à présent l’intuition des écologistes radicaux : plus la crise écologique s’aggrave et plus les États renforcent le contrôle des populations. Répression sociale et crise écologique redoublent de cruauté contre nos libertés. Car même si nous ne savons pas grand chose pour le moment du coronavirus, des scientifiques dénoncent un productivisme qui, en détruisant les forêts, obligent à animaux sauvages à fuir, provoquant au passage la dissémination de microbes qui finissent par nous atteindre (1).


L’illusion de la maîtrise

Avec nos illusions de maîtrise totale de la nature, nous avons oublié-es que nous en faisons et que nous sommes bien vulnérables face à son dérèglement. Les dégâts du progrès techno-économique sont bien là, avec leurs conséquences cruelles sur la vie collective. Si seulement ce qui nous arrive nous aidait à trouver le frein d’urgence avant la prochaine catastrophe.

Macron avait presque l’air sincère dans son discours en défendant un modèle social... qu’il s’emploie à mettre en pièces. Mais il ne s’agit pas simplement du macronisme. Voilà des années que l’hôpital public subit des cures d’austérité qui le laisse exsangue. On meurt du coronavirus par manque de lits, de personnels soignants et de matériel médical. Le collectif inter urgences n’a cessé d’intervenir et tenter de faire entendre raison à des dirigeant.es politiques aveuglé.es par l’idéologie de la bonne gouvernance. Les grands médias se sont interrogés sur le manque de masques, un rempart efficace contre la propagation du virus. Il y a peu, les établissements de santé en possédaient en nombre mais la déréglementation et le retrait des pouvoirs publics en ont décidé autrement et ils font défaut. Le cauchemar derrière nous, les politiques devront rendre des comptes sur l’abandon du bien commun.

A quoi ressemblera le jour d’après ?

Pour l’instant, il faut faire face et éviter le chaos. Mais puisque l’histoire nous joue un sale tour, autant en prendre la mesure. Le moment venu, c’est le règne de l’argent qu’il faudra mettre en cause et la soumission du travail à la loi du profit. Ne nous y trompons pas, quand on écoute bien le gouvernement, il ne s’agit pas seulement de protéger la population mais aussi l’appareil productif. Le problème est sérieux. En cas de désorganisation du système productif ou d’effondrement de la société à la suite d’une peur panique, nous serions véritablement face à une catastrophe sans précédent, le reste du monde étant lui même touché par la pandémie. Mais après, faudra-t-il se contenter de relancer l’économie ou de s’interroger sur ses fondements ? Que produit-on, comment et à quelles fins ? Quel type d’espaces et de formes de vie produit le capitalisme ? On parle beaucoup du programme national de la Résistance, mais on sait moins que des comités d’usine s’étaient constitués et que la question de l’autogestion était en débat. Le choix de société à fonder sur les ruines du capitalisme s’est ainsi posé. Vu la situation, il n’est pas incongru d’y réfléchir et de se préparer.

Dans une enquête sur les lycéens datant de 1972, Gérard Vincent rapporte les propos de l’un d’eux : « Nous avons besoin d’un sacré, d’un fantasme agissant, d’une utopie matérialisée. Il nous faut un mouvement philosophique de masse. » (2). On peut être critique sur le choix des mots. Toutefois, si l’on remplace "sacré" par mythe mobilisateur et "fantasme agissant" par agir collectif, ou imagination sociale radicale active, cette parole qui fut prononcée il y a 47 ans demeure une force de proposition valable. Car nous n’en finissons pas de butter sur les problèmes provoqués par la modernité, ou plutôt la modernisation folle, incontrôlable, dévastatrice. Le jour d’après, ce sont les mots de ce lycéen, où qu’il soit et quoi qu’il soit devenu, qui me hanteront.

Le livre contient aussi une citation de G. Mendel qui montre à quel point nous nous illusionnons parfois avec le progrès. Il écrit que nous avons peut-être vaincu les grandes épidémies microbiennes mais que les épidémies psychiques ont pris le relais. Nous savons maintenant que nous allons sans doute faire face aux deux : les virus et l’aliénation consumériste qui ravage la planète. Nous nous humaniserons en arrêtant d’opposer la culture à la nature et en prenant conscience que le capitalisme nous conduit tout droit à la dé-civilisation. En attendant, notre besoin d’une sensibilité nouvelle est pressant.

Jérôme


(1) Voir Sonia Shah, Contre les pandémies, l’écologie, Le Monde diplomatique de mars 2020.

(2) Gérard Vincent, Le peuple lycéen. Enquête sur les élèves de l’enseignement secondaire, Gallimard, 1974.

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