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Questions de classe(s)

La Joie du dehors, nouveau titre de la collection "N’Autre école"

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Le nouveau titre de la collection "N’Autre école" (éditions Libertalia), La Joie du dehors, essai de pédagogie sociale de Guillaume Sabin et des Groupes de pédagogie et d’animation sociale sera disponible en librairie le 22 aout prochain...
Il est déjà en pré-commande sur notre site

Tout au long de l’été nous vous en proposons quelques extraits...

Se passer des murs

En 1976 paraît La Mystification pédagogique, Bernard Charlot y critique les étranges similarités entre la pédagogie traditionnelle et les pédagogies nouvelles, notamment ce besoin de constituer un milieu artificiel séparé de la société globale, cette recherche d’un univers parfaitement clos et cohérent ; dans le dernier chapitre il esquisse ce que pourrait être une pédagogie non-idéologique, c’est-à-dire qui ne masquerait pas la réalité sociale, cette pédagogie qu’il appelle de ses vœux il la nomme pédagogie sociale (1). Au tout début des années 1980, des animateurs se saisissent de l’ouvrage, et dans une démarche de recherche-action décident de mettre en œuvre concrètement cette tentative pédagogique que B. Charlot esquissait de manière toute théorique. Il s’agit alors de refuser la logique du programme préétabli et des normes s’imposant du haut, et pour cela un moyen extrêmement concret et peu onéreux est retenu : se passer de tout usage de locaux pour agir directement sur les espaces publics, l’idée n’est plus d’accueillir un public dans les murs mais de sans cesse aller chez les autres (2).

La pédagogie sociale semble ainsi partir d’une résolution initiale : chasser la peur qui fait considérer la société, et donc les femmes et les hommes y vivant, comme dangereuse, mauvaise ou malveillante à l’égard de l’éducation. Elle semble ensuite reposer sur un pari : faire confiance a priori aux personnes et aux milieux rencontrés. Dès lors, toutes les personnes croisées en chemin deviennent d’éventuels co-éducateurs et tous les espaces sociaux fréquentés des lieux possibles d’éducation. L’énergie est radicalement placée ailleurs que dans la construction d’un milieu purifié, d’une institution idoine. Pour quoi faire ?

Chasser la peur et faire confiance ouvrent des terrains d’aventures pédagogiques et des chemins à parcourir illimités : puisqu’il s’agit d’assumer la vie, alors assumons que tout ce qu’il y a alentour est disponible pour produire de l’éducation, que l’acte pédagogique est de l’ordre du terre-à-terre, du « sur le tas », au plus près des gens et de leur vie. Ce n’est plus l’homogénéité du milieu éducatif qui est recherché, c’est l’hétérogénéité du monde social, afin d’agrandir les espaces vécus, de constater la diversité du monde social et de se forger une opinion sur cette relativité des mœurs.

Ne pas agir en milieu purifié

Cette résolution pédagogique de chasser la peur et ce pari de faire confiance fondent en quelque sorte la pédagogie sociale et autorisent ses pratiques. N’ayant plus de murs à construire ou de grands périples à entreprendre pour se protéger du dehors, les pédagogues de la pédagogie sociale peuvent dès lors voyager léger, l’équipement se résume au strict minimum : une bonne paire de chaussures, un vêtement imperméable, un petit carnet de notes et un crayon, un téléphone portable, un sac-à-dos dans lequel on trouvera un peu d’eau, quelques pommes, un petit appareil photo et une trousse de premiers secours. Tout l’arsenal est là, il est suffisant pour s’offrir la joie du dehors et éduquer dans le monde.

Aux côtés du ou de la pédagogue de rue, 3 ou 4 enfants ou adolescents, pas plus, il ne s’agit pas de délocaliser un groupe, ses habitudes, il s’agit d’offrir les conditions les plus favorables à la découverte et aux changements qu’elle peut induire. Point de départ : la sortie de l’école, la maison ou l’appartement familial, les lieux quotidiens qui permettent de discuter avec les parents, les frères, les sœurs, les voisins. Moyens de transport ? À pied, à vélo, et tous les transports en commun disponibles, bus, tramway, métro, co-voiturage, parfois le train. La pédagogie sociale ne commence pas à l’arrivée à destination puisque ce qui défile derrière la vitre est déjà le monde à découvrir et le déclencheur d’interrogations : à deux arrêts de Tramway de chez lui, un enfant demande : « Et là, on est encore à Brest ? » Destinations ? Elles sont des plus variées, et ce n’est pas qu’un slogan d’agence de voyage : à proximité, la rue, les places, les halls d’immeuble, les terrains de sport ; à portée de bus, de métro ou de tramway, les marchés, expositions, festivals, commerces, lieux de travail. Le monde social regorge de diversité, il faut pouvoir la sentir, la percevoir et les multiples rencontres sur ces lieux qui ne se ressemblent pas permettent de s’accoutumer à l’hétérogénéité des pratiques sociales et aux personnes qui les incarnent.

Tout cela paraît simple, c’est ignorer cependant les vieilles histoires qui perdurent et cette solide évidence pédagogique de l’enfermement-éloignement qui agissent dans tous les espaces à la manière de particules fines se dispersant dans tous les corps et tous les esprits, même les plus éloignés des questions pédagogiques ou du conformisme en matière d’éducation. Ainsi, des parents dont les enfants pratiquent des activités de pédagogie sociale se plaignent du manque de reconnaissance par les institutions de ce travail réalisé au jour le jour : « Quoi, avec tout ce qu’ils font, ils n’ont même pas de local ! » Le choix du hors-les-murs n’a rien d’évident ! Plus pratiquement encore, provoquer sans cesse des rencontres dans l’espace public n’a rien de simple dans une société qui ne cultive guère ces interactions quotidiennes, cela demande donc par conséquent une énergie, un culot et un volontarisme de tous les instants. Qu’on soit enfermé entre les murs ou bien situé à l’air libre, les particules fines du penser et du faire majoritaires continuent à agir, et les pédagogues de rue n’y échappent pas. Comment d’ailleurs vouloir se protéger de ce qui irrigue tout ou partie de la société, alors qu’on souhaite justement ne pas s’en séparer pour pouvoir contribuer à une éducation au milieu du monde, in medias res ? Comment alors ne pas succomber totalement au fait majoritaire pédagogique qui inviterait « tout naturellement » à retourner gentiment entre les murs, à reconstruire bon an, mal an, et par un biais ou un autre, un milieu éducatif artificiel ?

(1) Bernard Charlot, La Mystification pédagogique, Réalités sociales et processus idéologiques dans la théorie de l’éducation, Payot, 1976, p. 63, 139, 168 et 193.

(2) Revue Pédagogie sociale, Varsovie, 1995-1999, n°1, p. 5 ; n°4, p. 40 et n°5 p. 4-5.

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