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Journée de la laïcité à l’ESPE de Paris : blanc seing pour les racistes

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Depuis une semaine, le petit monde paisible de l’ESPE de Paris s’agite. L’annonce du programme de la journée de la laïcité, lundi 11 décembre prochain, en avait choqué plus d’un.e. La matinée est occupée par deux conférences, l’une de Georges Bensoussan, l’autre de Philippe Val, ayant pour principal point commun l’islamophobie assumée de leurs déclarations publics. Quelques remous tout de même arrive à faire publier un premier communiqué intersyndical (CFDT, CGT, FO, FSU) signé par les syndicats de formateurs.rices de l’ESPE pendant le week-end. Ce communiqué regrette le manque de diversité de point de vue des invités, et le peu de légitimité qu’ont ces personnalités médiatiques pour s’exprimer au sein de l’université. Le lundi, ce communiqué parait, tandis qu’un autre communiqué se prépare. Lundi soir, alors que des rumeurs courent sur le fait que « même au ministère », ils/elles n’assumeraient pas, et qu’il se pourrait que la journée soit annulée. Effectivement, le lundi soir, le programme de la journée de la laïcité n’est pas plus visible sur le site internet de l’ESPE.

Mardi soir, la rumeur est confirmée par le directeur de l’ESPE lui-même qui informe les formateurs/rices sa décision d’annuler la journée faisant « le constat que les conditions ne sont pas réunies cette année pour que cette journée se déroule dans un climat apaisé ». Au même moment, un autre communiqué intersyndical (CGT, Sgen-CFDT, Sud Education, ne signe pas la FSU et FO) parait dénonçant explicitement le racisme des intervenants.

Alors qu’on se félicite d’avoir fait flancher l’administration et qu’on constate avec satisfaction la disparition des affiches appelant à la journée, la saga continue : après discussion avec le rectorat, l’annulation est annulée par la direction « en considérant l’importance et les enjeux de la laïcité » pour la formation des enseignant.e.s et des CPE. La journée et les interventions de Bensoussan et Val sont donc maintenus. Toutefois, pour organiser un « large débat croisant des analyses complémentaires » : Abdennour Bidar, philosophe-IGEN, fera une conférence pour conclure la matinée.
Voilà pour les faits.

On se demande tout d’abord ce qui a bien pu pousser le philosophe, spécialiste de l’Islam, a accepté d’être la caution « analyse complémentaire » : être invité à tenir une conférence quatre jours à l’avance après deux affreux, il faut vraiment être le philosophe officiel de l’Educ nat’ pour accepter. Si je n’ai rien contre Abdennour Bidar et qu’il pourra peut-être expliquer à Val et Bensoussan que l’Islam n’est pas « par essence » antisémite et contraire avec la République, on peut toutefois douter qu’il soit la meilleur réponse aux thèses qui seront énoncées avant lui, la spiritualité dont il est le spécialiste ne semblant que très peu lui offrir des concepts politiques permettant un réel combat antiraciste. A voir.

Les difficultés à nommer le racisme comme tel dans certains syndicats de l’Éducation nationale, ont rendu le premier communiqué intersyndical très insuffisant par rapport à l’enjeu. Cette insuffisance, c’était offrir la solution à la direction de l’ESPE pour s’en sortir la tête haute, en invitant in extremis un invité plus consensuel, permettant de présenter une once de pluralisme dans le programme. Cette pirouette de l’ESPE devrait nous servir de leçon : on ne combat pas le racisme en demandant plus de débat, en réclamant des experts, mais bien en le nommant le racisme là où il est, et en refusant radicalement sa présence.

2 Messages

  • On est quand même curieux de savoir qui est à l’origine de l’annulation de l’annulation...

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    • Selon la direction de l’ESPE, ce serait "après une discussion avec le rectorat".
      Il est possible comme pas mal de monde semble le supposer que le ministère y ait mis son nez, mais ce n’est pas forcément le cas.
      La direction de l’ESPE devait aussi gérer le scandale potentiel d’une médiatisation de l’annulation. Un article de Marianne titrait déjà que en substances "les islamistes du CCIF" imposaient leur loi à l’ESPE. Elle ne se sentait probablement pas le courage politique s’assumer l’annulation... ce qui suffit à annuler l’annulation, sans forcément chercher à expliquer une intervention très haut placée... A mon humble avis.

      repondre message

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