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Questions de classe(s)

Freinet, Ferrer et les maîtres d’école aragonais

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Interview avec Víctor Juan directeur du Musée pédagogique d’Aragon

Un projet Erasmus+ sur l’apprentissage des langues étrangères et l’interculturalité m’a menée à Caspe en Aragon en janvier 2019. J’ai eu alors la surprise d’assister à une pièce de théâtre « La niña azul » du collectif Zazurca, qui raconte l’histoire d’un maître libertaire Ramón Acín. Victor Juan, directeur du musée pédagogique d’Aragon et de Huesca et spécialiste de Ramón Acín, était présent et j’ai eu la chance de pouvoir échanger avec lui.

Peux-tu nous parler de ta fonction de directeur du Musée Pédagogique de l’Aragon à Huesca ?

Le musée pédagogique de l’Aragon a ouvert ses portes en mai 2006. Je le dirige depuis cette date grâce à un accord entre le gouvernement aragonais qui possède le musée et l’Université. Je me suis chargé d’orienter le projet du musée grâce à la mise en place d’activités, d’ateliers, d’une exposition permanente et de publications…

¿Puedes contarnos tu labor como director del Museo Pedagógico de Aragón en Huesca ?

El Museo Pedagógico de Aragón abrió sus puertas en mayo de 2006. Desde entonces, gracias a un convenio del Gobierno de Aragón (titular del Museo) y de la Universidad, lo dirijo. Me he encargado de orientar el sentido de este proyecto (actividades, talleres, exposición permanente, línea de publicaciones…)

Comment as-tu commencé à t’intéresser aux maîtres Freinet de la seconde République ?

Cela fait très longtemps que cette histoire m’intéresse. Ces maîtres ont assumé leur engagement envers l’école, envers la société et en ont payé le prix fort. Certains furent assassinés, d’autres durent s’exiler ou bien furent bannis et exclus de l’enseignement. Mon intérêt est né plus précisément à partir du moment où nous avons publié le premier ouvrage du musée pédagogique « le livre des élèves de Plasencia del Monte », un livre composé par les enfants de ce petit village de la province de Huesca en juillet 1936, quelques jours avant le début de la guerre civile.

¿Cómo empezaste a interesarte a los maestros freinetianos de la segunda república ?

Me interesa esta historia desde hace muchos años. Aquellos maestros asumieron un compromiso con la escuela, con la sociedad y pagaron un precio muy alto por ello. Algunos fueron asesinados, otros sufrieron el exilio o fueron depurados y expulsados del magisterio. Mi interés más concreto nace del momento en el que publicamos el primer título del Museo Pedagógico de Aragón El libro de los escolares de Plasencia del Monte, un libro compuesto por los niños de este pueblecito oscense en julio de 1936, unos días antes de que comenzara la Guerra Civil.

Comment s’est diffusée la pédagogie Freinet en Aragon ?

Un des plus grands promoteurs de l’imprimerie Freinet en Espagne fut l’inspecteur Herminio Almendros. Pendant l’année 1931-1931 il fut muté à Huesca. Là-bas il fit la connaissance de Ramón Acín, professeur de dessin à l’école normale d’instituteurs. Ils réussirent grâce à leur enthousiasme à rallier un groupe d’instituteurs autour de l’imprimerie à l’école.

¿Cómo se difundió la pedagogía Freinet en Aragón ?

Uno de los grandes impulsores de la imprenta Freinet en España fue el inspector Herminio Almendros. En el curso 1931-1932 lo destinaron a Huesca. Aquí encontró la colaboración de Ramón Acín, profesor de Dibujo en la Escuela Normal de Maestros. Juntos contagiaron su entusiasmo por la imprenta a un grupo de maestros.


Conchita Monrás et Ramón Acín

Quels sont les autres courants pédagogiques qui ont inspiré les maîtres de l’époque ?

À partir de 1907 est mis en place un « plan pour l’extension des études et recherches scientifiques » dont le président est Santiago Ramón y Cajal. Ce plan permit d’envoyer à l’étranger des centaines de maîtres d’écoles, d’inspecteurs, de professeurs du secondaire et des écoles normales. Ces enseignants découvrirent au cours de leurs voyages l’Education Nouvelle (Montessori, Decroly, Freinet…) et tentèrent à leur retour en Espagne de réaliser des choses semblables à ce qu’ils avaient pu voir pendant leurs voyages. Il y a aussi une tradition de pédagogie libertaire, anarchiste, basée sur les postulats de l’Ecole Moderne de Ferrer i Guardia, qui a une grande influence à l’époque.

En parallèle de ces deux courants, il existe la pédagogie promue par l’institution libre de l’enseignement (la ILE) fondée par Francisco Giner de los Ríos en 1876.

¿Qué otras corrientes pedagógicas inspiraban a los maestros de la época ?

Desde 1907 funciona la Junta para Ampliación de Estudios e Investigaciones Científicas, presidida por Santiago Ramón y Cajal, que envió al extranjero a centenares de maestros, inspectores, profesores de instituto y de Escuelas Normales. Aquellos docentes conocieron en sus viajes la Escuela Nueva (Montessori, Decroly, Freinet…) y trataban de hacer a su vuelta cosas parecidas a lo que habían visto durante sus viajes.

Además, hay una tradición de pedagogía libertaria, anarquista, basada en los postulados de la Escuela Moderna de Ferrer i Guardia, muy influyente en el momento.
Y junto a estas dos corrientes, la pedagogía enmanada desde la Institución Libre de Enseñanza (ILE), fundada por Francisco Giner de los Ríos en 1876.

Quelles étaient les relations entre les maîtres Freinet et les maîtres de l’école moderne de Ferrer i Guardia ?

Les instituteurs espagnols comprirent que l’écriture, l’imprimerie étaient un instrument d’émancipation qui en plus permettait de transformer la réalité. Ramón Acín était militant de la CNT et défenseur de l’imprimerie à l’école, de même que Félix Carrasquer, un autre éducateur libertaire né à Albalate de Cinca (Huesca).

¿Qué contacto hubo entre los maestros Freinet y los maestros de la escuela moderna de Ferrer i Guardia ?

Los maestros españoles entendieron que la escritura, la imprenta, era un instrumento de liberación que permitía, además, transformar la realidad. Ramón Acín era militante de la CNT y defensor de la imprenta. Igual que Félix Carrasquer, otro educador libertario, nacido en Albalate de Cinca (Huesca).

Les relations entre les maîtres Freinétistes et les maîtres libertaires étaient donc bonnes ?

Les maîtres des athénées libertaires avaient une formation inégale. On les a parfois accusés d’avoir créé une sorte d’église autour de la figure de Ferrer i Guardia, qui avait été assassiné en 1909 soit presque 20 ans avant que n’arrivent en Espagne les premiers échos de ce que Célestin Freinet mettait en place dans son école. Ces maîtres libertaires défendaient l’idée qu’ils trouvaient déjà tout ce dont ils avaient besoin dans la pédagogie de Ferrer. Freinet apporte le texte libre et l’imprimerie. Freinet transforme la parole en instrument de transformation de la réalité. La pédagogie Freinet est une pédagogie qui nait dans les écoles rurales, avec la coopération et le contact avec la nature. Les athénées libertaires qui soutenaient certaines écoles étaient quant à eux un produit de la ville.

Quand Félix Carrasquer annonce à certains des plus prestigieux maîtres libertaires de Barcelone qu’il va ouvrir une école, ceux-ci se méfient lorsqu’il leur dit qu’en plus de la pédagogie de Ferrer i Guardia il compte introduire les idées de l’Education Nouvelle (une pédagogie scientifique selon Carrasquer) et l’imprimerie Freinet.

Je crois que certains maîtres qui militaient à la CNT (parmi ceux qui travaillaient dans des écoles publiques) décidèrent de travailler avec l’imprimerie à cause de ce qu’elle impliquait comme engagement social. Ce n’est pas une question technique mais éthique. À Huesca on trouve de nombreux maîtres militant à la CNT pendant la seconde République. Je suis persuadé que c’est grâce à l’influence de Ramón Acín qui fut professeur à l’école des maîtres à partir de 1906 jusqu’à sa mort en 1936. En effet à Saragosse ou Teruel le nombre de militants libertaires est moins important.

¿Las relaciones entre los maestros Freinetistas y los maestros libertarios eran buenas ?

Los maestros de los ateneos libertarios tenían una formación desigual. Algunas veces les acusaron de formar una suerte de "iglesia" alrededor de la figura de Ferrer i Guardia, que había sido asesinado en 1909, casi veinte años antes de que llegaran a España las primeras referencias de lo que estaba haciendo en su escuela Celestin Freinet. Defendían que en la pedagogía de Ferrer ya encontraban todo lo necesario. Freinet aporta el texto libre y la imprenta. Freinet convierte la palabra en un instrumento de transformación de la realidad. La de Freinet es una pedagogía que nace en la escuela rural, al cooperación, el contacto con la naturaleza. Los ateneos libertarios que sostenían escuelas eran un producto urbano.

Cuando Félix Carrasquer les comunica a algunos de los más prestigiosos maestros libertarios de Barcelona que va a abrir una escuela, estos desconfían cuando les dice que además de la pedagogía de Ferrer i Guardia va a introducir las ideas de la Escuela Nueva (una pedagogía científica —defendía Carrasquer—) y la imprenta Freinet.

Yo creo que algunos maestros de los que militaban en la CNT (de los que trabajaban en escuelas públicas) trabajaron con la imprenta por ese compromiso con la sociedad. No es una cuestión técnica, sino ética. En Huesca encontramos muchos maestros militantes durante la II República en la CNT. Estoy convencido que es por la influencia de Ramón Acín, profesor de la Normal de Maestros desde 1916 hasta que lo asesinaron en 1936. En Zaragoza y en Teruel el número de militantes libertarios es menor.

Quel fut le rôle des maîtres Freinet pendant la révolution libertaire aragonaise ?

Certains furent les protagonistes de cette révolution et de l’établissement des collectivités car en plus de travailler dans leurs écoles selon les principes de Freinet, ils étaient anarchistes, militants de la CNT.

¿Cuál fue el papel de los maestros freinetianos durante la revolución libertaria aragonesa ?

Algunos de ellos fueron protagonistas de la revolución, del establecimiento de las colectividades porque, además de trabajar en sus escuelas según los principios de Freinet, eran anarquistas, militantes de la CNT.

Combien de ces maîtres furent assassinés quand arrivèrent les troupes franquistes ?

J’ai l’habitude de dire qu’un seul serait déjà trop. Le 6 août 1936 ils assassinèrent à Huesca Ramón Acín et le 23 août ce fut le tour de son épouse Conchita Monrás et de 97 autres personnes. Simeón Omella, maître de Plasencia del Monte mourut en France en 1950. José Carrasquer, un autre maître freinétiste mourut au combat. En Aragon ce sont plus de 300 instituteurs qui furent assassinés. Comme l’écrit Manuel Rivas dans « la lengua de las mariposas » (« la langue des papillons ») : « les maîtres furent les lumières de la République » et ceux qui voulaient l’obscurité firent tout pour détruire cette lumière.

¿Cuántos de estos maestros fueron asesinados cuando llegaron las tropas franquistas ?

Suelo decir que uno ya sería demasiado. El 6 de agosto de 1936 asesinaron en Huesca Ramón Acín y a su esposa, Conchita Monrás el 23 de agosto, junto a otras 97 personas. Simeón Omella, maestro de Plasencia del Monte, murió en Francia en 1950. José Carrasquer, otro maestro freinetista murió en combate… En Aragón fueron asesinados más de 300 maestros. Como escribe Manuel Rivas en La lengua de las mariposas, « Los maestros fueron las luces de la República » y quienes pretendían la oscuridad hicieron lo posible por destruir esa luz.

Conchita Monrás et Ramón Acín

A la fin de la guerre civile quel fut le sort des maîtres qui avaient survécu ? Durent-ils s’exiler ? Purent-ils continuer à enseigner ?

Le régime du général Franco s’acharna à gommer les noms de toutes ces personnes et à faire en sorte que tombe dans l’oubli cette pédagogie qui avait cherché à transformer les sujets d’une monarchie en citoyens éclairés d’une république. Tous les maîtres furent jugés lors de ce qu’on appelle la « Depuración », pendant leur procès ils durent prouver qu’ils n’avaient pas collaborer avec la République. Beaucoup avaient déjà entamé un douloureux exil, d’autres avaient été assassinés, d’autres moururent sur le champ de bataille et la majorité furent exclus de l’enseignement de façon temporaire ou définitive.

La pédagogie qui n’avait pas pu se développer en Espagne s’exila en même temps que les instituteurs. C’est pour cela qu’il y a un important mouvement Freinet au Mexique par exemple.

Al terminar la guerra civil ¿qué pasó con los maestros que habían sobrevivido ? ¿se exiliaron ? ¿pudieron seguir enseñando ?

El régimen del general Franco puso un empeño especial en borrar los nombres de las personas, en que se extendiera el olvido sobre esta pedagogía que pretendió convertir a los súbditos de una monarquía en ciudadanos conscientes de la República. Todos los maestros se enfrentaron a un juicio (la Depuración) en el que tuvieron que demostrar que no habían colaborado con la República. Muchos ya habían iniciado un doloroso exilio, otros habían sido asesinados, otros murieron en el frente de batalla y la mayoría fueron expulsados del magisterio, temporal o definitivamente.

La pedagogía que no pudo ser en España los maestros la llevaron consigo en el exilio. Por eso hay un importante movimiento Freinet en México, por ejemplo.

Pourquoi penses-tu qu’il est important aujourd’hui de faire connaître l’histoire de ces maîtres ?

Parce que nous sommes ce que nous avons été, car le passé n’est pas devant nous mais face à nous, car nous avons une dette envers ces éducateurs qui rêvèrent d’un monde meilleur, plus juste, plus libre et qui payèrent très cher leur audace et leur rêve.

Le plus important dans le travail avec l’imprimerie n’est pas la technique, il ne s’agit pas d’élaborer des textes en se servant de l’imprimerie, il ne s’agit pas d’imprimer de beaux dessins à la linogravure. Ce qui est fondamental c’est la dimension éthique, morale dans la manière de concevoir l’école. On n’a pas assassiné les maîtres parce qu’ils utilisaient l’imprimerie o la pédagogie de projet ou parce qu’ils organisaient des sorties avec leurs élèves. On les a tués à cause de leur engagement pour la liberté et l’émancipation des individus. Ils représentaient les lumières de la République, ils étaient chargés de diffuser un message de citoyenneté, de laïcité et de liberté aux peuples.

¿Por qué crees que es importante hoy dar a conocer la historia de estos maestros ?

Porque somos lo que fuimos, porque el pasado no está delante de nosotros sino ante nosotros, porque tenemos una deuda pendiente con aquellos educadores que soñaron un país mejor, más justo, más libre y que pagaron un precio muy alto por atreverse a soñar.

Lo más importante del trabajo con la imprenta no es la técnica, no se trata de elaborar unos textos sirviéndose de la imprenta, no se trata de estampar hermosos dibujos. Lo esencial es dimensión ética, moral en la manera de entender la escuela. A los maestros no les asesinaron por trabajar con la imprenta o con el método de proyectos o por sacar la escuela fuera del edificio escolar. Los mataron por su compromiso con la libertad y la emancipación del individuo. Ellos fueron « las luces de la República », los encargados de llevar el mensaje de ciudadanía, laicidad y libertad a los pueblos.

Cécile Morzadec, professeur d’espagnol dans le Val d’Oise

Liens :
http://www.museopedagogicodearagon.com/educacion.php
http://zazurca.eu/la-nina-azul/

**********

En complément, un article paru dans le n°11 de N’autre école (première série) :
Ramon Acín. Pédagogue, journaliste et artiste libertaire

ou en ligne ici (pp.50-51) : https://fr.calameo.com/read/004841011027bd3a8fda4

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