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Questions de classe(s)

Entretien : les Atsem, les oubliées de la classe ?

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A l’occasion de la lecture du livre Enfances de classe, coordonné par Bernard Lahire, l’invisibilité des Atsem nous a particulièrement frappé... En partageant cette impression sur les réseaux sociaux, nous avons échangé avec des Atsem dont Mélodie Jacques qui a bien voulu répondre à nos questions...

40 ans, mariée avec un enfant, Mélodie exerce le métier d’Atsem depuis 20 ans.

Questions de classe(s) - Peux-tu nous présenter ton parcours professionnel ?

Mélodie Jacques - J’ai débuté en tant qu’emploi-jeune par pur hasard car j’étais partie sur des études plus générales. Je me suis renseignée sur ce métier et j’ai appris qu’il fallait un CAP et le concours. J’ai commencé par passer mon CAP Petite Enfance en prenant des cours par correspondance et je l’ai passé en candidat libre et obtenu. J’ai changé de statut en devenant aide-éducatrice mais toujours emploi précaire. Puis en 2009 j’ai postulé à un poste d’Atsem dans une petite municipalité et le deal était clair j’avais 3 ans pour obtenir mon concours. Sachant que le concours était niveau 3ème, j’y suis allée la première fois en dilettante et forcément, recalée !!! La 2nde fois fut la bonne mais en travaillant le concours ; je suis toujours dans la même municipalité où il n’y a qu’une maternelle donc je suis l’unique Atsem.

Q2C - En quoi consiste le métier d’Atsem ? Quel est le statut, le salaire, la formation, etc. ?

M. J. - Atsem donc pour Agent territorial spécialisé en école maternelle, nous dépendons du ministère Actions et Comptes Publics. Le statut a été modifié en mars 2018 en remplacement d’un ancien décret de 1992 :« Art. 2.-Les Agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles sont chargés de l’assistance au personnel enseignant pour l’accueil et l’hygiène des enfants des classes maternelles ou enfantines ainsi que de la préparation et la mise en état de propreté des locaux et du matériel servant directement à ces enfants.

« Les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles appartiennent à la communauté éducative. Ils peuvent participer à la mise en œuvre des activités pédagogiques prévues par les enseignants et sous la responsabilité de ces derniers. Ils peuvent également assister les enseignants dans les classes ou établissements accueillant des enfants à besoins éducatifs particuliers.

« En outre, ils peuvent être chargés de la surveillance des enfants des classes maternelles ou enfantines dans les lieux de restauration scolaire. Ils peuvent également être chargés, en journée, des missions prévues au premier alinéa et de l’animation dans le temps périscolaire ou lors des accueils de loisirs en dehors du domicile parental de ces enfants. »

Des nuances ont été rajoutées notamment sur l’appartenance à la communauté éducative ; néanmoins nous ne sommes absolument pas satisfaites de ce décret car il nous rajoute des missions (remplacement AVS) et pas d’évolution dans notre filière médico-sociale ; il nous faudrait basculer dans la filière animation.

Nous sommes annexées sur la grille d’indice de la fonction publique territoriale catégorie C ; certaines communes offrent des primes (13ème mois, prime zep…).

La formation : obtention d’un CAP AEPE (Aide à la Petite Enfance) qui remplace le CAP Petite Enfance puis concours. Le concours est valable 3 ans mais de nombreux candidats le perdent car les postes sont durs à trouver et il a y a beaucoup de faisant fonction de qui sont placés. Il est à souligner que ce nouveau CAP a de nouveaux items très très compliqués car l’élève doit acquérir des notions de psychologie, de médecine etc etc ; on pourrait aisément le requalifier en Bac pro.
Nous avons aussi accès via le CNFPT à des formations totalement axées sur la petite enfance : psychologie, ateliers, jeux et comptines à doigts…

Q2C - On évoque souvent l’invisibilité des Atsem, est-ce une réalité pour vous ? Comment est-elle vécue ?

M. J. - Pour ma part, j’ai la chance de toujours avoir eu des PE (professeur.es des écoles) qui n’hésitaient pas à me « mettre en avant », je participe aux réunions de rentrée, au conseil d’école. En revanche, malheureusement, d’autres collègues sont complètement mises de côté. Des PE peuvent être très dédaigneux en les appelant « dame pipi » ou « dame de la cantine » ; elles ne doivent pas parler aux parents et ne sont jamais associées aux évènements de l’école tels que les kermesses ou autre. C’est très difficile à supporter car elles ont le sentiment d’être méprisées et se sentent rabaissées. Là aussi le collectif indépendant ATSEM de France reçoit énormément des témoignages bouleversants où les Atsem frôlent le burn-out.

Q2C - Le rôle des Atsem est souvent considéré par l’administration comme une fonction de simple exécution. Est-ce ainsi que vous abordez votre métier ou bien mettez-vous en avant votre rôle d’éducatrices, de pédagogues ?

M. J. - Effectivement l’administration nous considère un peu comme des exécutantes ; or il faut savoir que de nombreux PE s’appuient sur les conseils ou les idées des Atsem notamment pour les arts visuels. Lorsque le gouvernement a « imposé » les TAP (Temps d’activités périscolaires), ce sont les Atsem qui se sont vu rajouter des missions supplémentaires : il a fallu créer et animer des projets pédagogiques, faire des commandes, faire des plannings… Durant ces TAP nous avons donc fait le travail d’un agent de catégorie B.

Q2C - Quels sont les rapports avec les enseignant.es ?

M. J. - Certains forment de vrais binômes : les activités sont présentées, discutées voire changées en fonction de l’avis de l’autre. Et pour d’autres c’est la galère : pas de discussions, des paroles sèches… (jalousie). Idem si vous souhaitez des exemples plus concrets je pourrai vous en donner.
Il faut savoir que les PE ne sont pas forcément au courant du rôle de l’Atsem ; les stagiaires ne nous connaissent pas, notre rôle n’est pas évoqué en ESPE (École supérieure du professorat et de l’éducation devenue INSPE Institut national supérieur du professorat et de l’éducation à la rentrée 2019). Mais les mentalités évoluent : de plus en plus de formation en binôme, on commence à réaliser que nos missions ont bien changé et que nous sommes utiles dans la classe.

Q2C - Certaines familles issus des milieux populaires ont souvent un rapport difficile avec l’école. Est-ce que la proximité sociale avec ces familles peut aider et améliorer la scolarisation des enfants ?
M. J. -
Les amplitudes horaires des Atsem pouvant aller de 7h30 à 18h30, nous sommes parfois les interlocuteurs privilégiés des familles car c’est nous qui sommes l’adulte référent de l’enfant qui va au périscolaire. De ce fait les parents nous connaissent et nous posent des questions concernant la journée de leur enfant. C’est aussi à nous qu’ils communiqueront des informations sur l’état de santé ou autre évènement. Ils hésitent moins à nous poser des questions ou à nous demander des conseils car nous sommes plus abordables (pour les PE qui ne reçoivent les parents que sur rdv).

Q2C - Quelles seraient les revendications pour améliorer les conditions de travail ?

M. J. - le collectif indépendant Atsem de France revendique une Atsem par classe, le passage en catégorie B, la création d’une vraie filière de formation via un bac pro, la reconnaissance de la pénibilité de notre travail, la reconnaissance de la maladie professionnelle (troubles psycho-squelettique), une revalorisation financière…

Propos recueillis par Grégory Chambat pour Q2C

illustration par Ouch.pics https://icones8.fr

2 Messages

  • Les atsem sont un lien important.. Dans les relations avec les enfants parents, PE et directeurs du periscolaire... Elles sont oubliés totalement aussi dans ce rôle...
    Nous sommes écartés en ce qui concerne les enfants difficiles où avec des PAI... C’est difficile d avoir des formations car nous ne sommes pas remplacés. Les PE sont remplaces...
    Nous sommes des invisibles...
    Nous subissons les aléas des uns et des autres.. Car notre statut n est pas clair pour beaucoup d entre nous.

    repondre message

  • Bonjour
    Effectivement les Atsems sont invisibles dans le livre de Bernard Lahire, mais cela ne m’a pas choqué car dans de nombreuses maternelles de banlieue au moins (pour les autres endroits, je ne sais pas) il n’y a d’Atsem que dans la classe de TPS et PS. Pour avoir été très longtemps intitutrice de GS et de MS, je me suis toujours débrouillée seule à Montreuil comme à Bobigny. J’avais même émis l’idée que cette situation était pour une part des difficultés scolaires de nos élèves, trop happée par la gestion matérielle de la classe, sans aide pour gérer le pot de peinture tombé au sol, le nez qui coule, les feutres débouchés, l’élève qui vomi ou celui qui veut aller faire pipi et qu’on doit envoyer seul, puis aider à se rhabiller, l’enseignante peine à enseigner, et le niveau des élèves en pâtit. Alors, ont elles été oubliées par Lahire ou par les municipalités dans lesquelles il est allé faire son étude ?

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