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Questions de classe(s)

Et maintenant, on fait quoi ?

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ET MAINTENANT…. QUE FAISONS-NOUS ?

J’ai 44 ans, en retraite de l’enseignement pour invalidité et depuis mercredi 7 janvier, l’émotion et les interrogations me submergent. J’ai mal à ma liberté.
Comment en est-on arrivé là ? Alors qu’autour de nous chacun se gargarise du mouvement républicain sans précédent de dimanche dernier, à travers notre peine, une question se pose : « et maintenant, que faisons-nous ? ».
Aussitôt mes idées m’amènent vers l’Éducation avec un E majuscule, parce que c’est là, « d’où je viens, où je suis encore et toujours ! ». Les enseignants sont là, au premier rang pour servir la République, comme le font les professionnels de la Justice, de la Défense, de la Santé et autres services publics ; chacun œuvrant pour apporter savoir, savoir-faire, savoir-être à l’élève, de l’école maternelle au lycée et plus loin encore !
Alors comment se fait-il que toutes ces motivations ne suffisent pas pour enrayer l’illettrisme (environ 7% de la population) ? Pourquoi les fondamentaux « lire, écrire, compter » ne sont pas maîtrisés par tous les élèves avant l’arrivée au collège ? Les enseignants font leur possible, et plus encore mais ça reste un échec. Comment s’étonner des difficultés à savoir interpréter toutes ces informations qui circulent, ensuite, quand, jeune adolescent, il est difficile de lire ou d’écrire et donc d’être à même de comprendre, analyser, se forger une opinion et accepter les points de vue différents ?
Notre ascenseur social est en panne et que comprendre de notre belle devise « Liberté, Égalité, Fraternité » quand une porte puis deux voire trois, etc, se ferment devant nos jeunes ? 122 000 d’entre eux quittent, chaque année en moyenne, la formation initiale sans diplôme (site du Ministère de l’Éducation Nationale) ; les plus « chanceux » sont titulaires du Diplôme National du Brevet, en fin de 3ème, quel bagage !
Qui, dans sa carrière d’enseignant, n’a pas eu entre les mains un nouveau référentiel, un rapport émanant de commissions paritaires, de « spécialistes » à même d’apporter LA solution miraculeuse, qui permettrait par le biais de méthodes et de projets toujours plus novateurs d’améliorer la scolarité des écoliers, collégiens, lycéens ? Bienveillant, l’enseignant s’adapte, conscient toujours que l’élève reste au cœur du système (pendant que d’autres ont placé l’élève au cœur du système … financier !) mais le nombre d’élèves décrocheurs lui, ne décroche pas !
Arrêtons de chercher le miracle, de se retrancher derrière les coûts ! Je suis certaine que quelque chose est possible simplement, que la base est prête à se remonter les manches… Alors on commence quand ?
Deux pistes de réflexion me préoccupent depuis longtemps :
1/ Apprendre aux élèves à s’exprimer, à se forger une opinion, à se cultiver (et oui !)… J’entends déjà des voix qui s’élèvent…. Et pourtant ce n’est pas si difficile !
Il suffirait d’insérer dans l’emploi du temps, un temps d’expression (une heure/semaine ?). Un moment d’échange, d’analyse, de l’école au lycée, pendant lequel les enseignants initieraient l’élève au décryptage de l’actualité à partir d’articles, dessins, photos, vidéos et autres supports sur lesquels chacun pourrait réagir, s’exprimer, défendre ses opinions et surtout écouter et partager celle de ses camarades : une ouverture de l’esprit à la citoyenneté. Un moment préparé, judicieusement disposé dans l’emploi du temps, où chacun pourrait réagir, partager son histoire, ses richesses, ses ressentis, pour apprendre la tolérance « au compte-goutte ». On est riche de ce que l’on donne… et de ce que l’on reçoit ! Communiquer, s’écouter, pour comprendre mieux, encore ! 
Certains souriront à cette idée, d’autres penseront que ce n’est, logistiquement et financièrement pas possible … Et pourtant, je vous assure, ça l’est ! J’ai enseigné en Communication/Bureautique et initiation économique & juridique en lycée professionnel pendant près de 20 ans… Donner la parole, prendre le temps d’écouter les idées de chacun, de demander d’aller voir le point de vue sur la colline d’en face, ça aide à forger un caractère critique, à faire comprendre que l’essentiel n’est pas de partager la même idée mais de comprendre qu’avoir des points de vue différents c’est naturel et… important de le respecter ! Ah… Pas d’intitulé de « matière » barbare, de morale, d’éducation civique, de coefficient, pas d’évaluation, mais juste de la communication judicieusement préparée autour de l’actualité retranscrite sous toutes ses formes pour que se dessinent des esprits ouverts et critiques ! J’ai testé pour vous… « Communiquer, ça fait avancer »… Me tromperai-je ?
2/ Prendre le temps et se donner les moyens d’orienter nos collégiens… Vaste programme pensent déjà certains ! Oh que oui ! Combien d’échecs pour des néo-lycéens en classe de Seconde « générale » ; combien de ressentis négatifs pour d’autres élèves orientés « là où ce sera possible ». Pourtant les conseillers d’orientation font leur maximum. Là encore, affaire de temps, de moyens, de volontés et de réflexions communes… En voilà une de réflexion qui n’engage que moi, certes, mais que j’ai pu tester avec d’anciens élèves de 3ème à vocation professionnelle et qui serait applicable dès la 4ème, dans tous les collèges :
Donner le temps de l’information à l’orientation à chaque collégien ! Comment ? Là encore, une question d’emploi du temps et de moyens (on n’a rien sans rien, n’est-ce pas ?) et de volontés d’ouverture pour l’enseignant (et croyez-moi, ils sont prêts !) parce que ça veut dire « sortir de sa matière », « faire différemment » : de bons souvenirs, je vous l’assure… et une ouverture vers « l’autre », des rencontres, une richesse incalculable, au-delà des attentes et objectifs pédagogiques !
Deux heures par semaine pour découvrir notre environnement professionnel. Ah c’est plus facile pour un collégien qui caracole avec 15 de moyenne générale et qui sait déjà qu’il souhaite devenir vétérinaire ou ébéniste. Moins évident pour d’autres, à la peine, que le système écrème gentiment de classe en classe et qui entendent trop souvent « mais qu’est-ce qu’on va faire de toi ? » (Quelle horreur !).
Et si on se donnait les moyens d’offrir à chacun le choix, à tous, une fois encore d’ouvrir son esprit pour s’intéresser à autre chose que la voie à laquelle ils se préparent ? Pas de magie ici… pas de voie royale par avance tracée pour chacun, non… une réflexion, une vraie. 2h par semaine en classe de 4ème et 3ème pour faire découvrir les domaines professionnels, les métiers qui s’y rapportent et surtout les tâches effectuées pour chaque poste, les compétences et qualités requises, les formations, les débouchés ; le tout agrémenté quand c’est possible (et croyez-moi, ça l’a été en milieu rural… juste une question de volonté, et sur le terrain, elle demeure !), de visites d’entreprises, de rencontres avec des professionnels (et beaucoup sont désireux et fiers, à juste titre, de faire découvrir leur beau métier), voire d’un ou deux stages de découverte (lieux d’accueil choisis avec intelligence et connaissance)… Le tout permettant, en milieu de 3ème, d’offrir à chaque élève selon ses résultats, ses motivations, le choix, en partenariat avec l’équipe pédagogique et sa famille, d’une voie, non plus de garage, mais SA voie ; une voie lui permettant d’ouvrir SES portes, de se sentir inséré et d’éviter isolement et rébellion.
Ces deux propositions ne sont pas miraculeuses, et je ne suis pas la seule à les avoir eues, c’est certain ! D’autres en auront des différentes qui permettraient encore de débloquer notre ascenseur éducatif et d’offrir à tous les mêmes chances. Et il tient à chacun de partager pour envisager une réelle avancée.
Nous ne vivons pas dans le monde fabuleux des Bisounours et ce ne sont là pas des miracles mais des pistes de réflexions qui ne demandent pas de révolution d’enseignement, juste une volonté de repérer des solutions pour que chacun trouve sa place et s’y sente bien.
Et des volontés, sur le terrain, dans tous nos secteurs publics, il y en a. Les exemples de réussite sont nombreux. La base plie mais ne rompt pas ! C’est pourquoi le système fonctionne encore et toujours. Au quotidien, devant le toujours plus de contraintes, de mesures draconiennes, « la base » râle, gronde, grogne, dans l’espoir toujours de permettre le meilleur pour les élèves, les administrés, les malades, les justiciables, pour le citoyen dans notre République laïque, une et indivisible… Et c’est pourquoi je suis persuadée que les bonnes idées de chacun doivent remonter pour être entendues, écoutées, coordonnées et permettre une société égalitaire où chacun peut trouver sa place.
Quand cessera-t-on de répondre à une urgence par un texte d’urgence sans prendre le temps de consulter les premiers intéressés, en première ligne, sur tous nos terrains ? Quand commencera-t-on à prendre en compte la parole des gens qui s’activent sur tous les fronts, au quotidien ? Je veux croire que c’est possible ! « I have a dream »… Et vous ?
Éducation Santé, Social, Justice, Défense… chaque domaine se heurte aux ascenseurs qui n’avancent plus alors que des solutions sont possibles : ENSEMBLE, tout devient envisageable. Nous pouvons et nous devons changer les choses.
Plus que jamais « Liberté, Égalité, Fraternité... Laïcité » pour offrir à chacun un avenir meilleur, solidaire et non solitaire. C’est réalisable ! Il suffit de le vouloir. Comme l’ont souligné Patrick PELLOUX et Martin SCHULZ lundi 12 janvier dernier lors d’une interview, « il faut investir dans l’éducation, dans la culture ; il faut lever l’étreinte du dogme tout économique ».
Vaste programme ! Alors… On commence quand ? Et surtout, alors que les bonnes volontés semblent vouloir se mobiliser, on continue « comment » ? Qui saura entendre, et mieux écouter les bonnes volontés ?
Virginie CINGAL, atterrée mais pas à terre

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