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Questions de classe(s)

Une tribune collective contre l’école des réac-publicains : "La pédagogie est un combat social"

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Lancement d’une association de parents d’élèves par Farida Belghoul, initiatrice de la Journée de retrait, hommage appuyé de Jean-Paul Brighelli au programme éducatif du FN, quelques semaines avant la sortie de son nouvel ouvrage, refus par le maire frontiste de Beaucaire d’inscrire des enfants « étrangers » dans les écoles de sa commune, déclarations de Michel Onfray selon lesquelles défendre l’idée « d’apprendre à lire, écrire et compter serait devenu réactionnaire ». Ces dernières semaines, les postures et les propos réactionnaires sur l’école ont fait la une de l’actualité.

Les rentrées scolaires sont une occasion sans cesse renouvelée de se pencher sur l’état de l’école et peut-être aussi, pour beaucoup, une invitation à porter un regard empreint de nostalgie sur son enfance... La rentrée 2014, quant à elle, a surtout été marquée par une multiplication d’attaques et de provocations réactionnaires complaisamment relayées dans les médias. Longtemps considéré comme une insulte, ce terme de « réactionnaire » est aujourd’hui revendiqué et encensé...

L’école se retrouve non seulement au cœur d’une révolution conservatrice mais elle apparaît aussi de plus en plus comme le champ d’intervention privilégié de cette offensive. Jacques Rancière l’avait déjà souligné dans son ouvrage La Haine de la démocratie quand il écrivait : « C’est, de fait, autour de la question de l’éducation que le sens de quelques mots – république, démocratie, égalité, société, a basculé. »

Depuis Socrate, déplorant la perte du sens civique des adolescents athéniens, on sait que le niveau n’en finit pas de baisser... Sauf que ces éternelles lamentations ne trouvent un écho profond que lorsqu’elles entrent en résonance avec un contexte social qui leur est favorable : quand la peur de l’autre (représenté sous les traits du « barbare ») la haine de l’égalité (rebaptisée « égalitarisme »), du progrès et de la démocratie (considérés comme démagogiques) réactivent les tentations d’un retour à l’ordre scolaire ancien, à la ségrégation sociale et à l’éloge des valeurs traditionnelles (religieuses, morales, nationalistes).

L’histoire cette mouvance, adepte de la « pédagogie noire », recoupe celle des grandes crises sociales : l’Ordre Moral bâti sur les ruines de la Commune de Paris ; dans le sillage de l’affaire Dreyfus avec l’antisémite Drumont qui s’acharne contre Paul Robin, précurseur de la mixité scolaire ; en 1909, dans la très catholique Espagne où le pédagogue Francisco Ferrer est assassiné par les fanatiques du sabre et du goupillon ; quand l’Action française, dans les années 30, contraint Célestin Freinet à démissionner ; sous Vichy qui rend responsable l’école de la République et ses instituteurs de la défaite et décide de les remettre au pas, lors de la guerre d’Algérie quand les animateurs des Centres sociaux éducatifs sont assassinés par l’OAS à quelques heures des accords d’Evian, au lendemain de Mai 68 lorsque le pouvoir resserre la vis dans les établissements scolaires, en 1984 avec le passage de Chevènement au ministère de l’Éducation nationale sonnant la fin de « la récréation pédagogique » en parallèle au tournant de la rigueur...

La renaissance et le renforcement du courant « réac-publicain » depuis une vingtaine d’année semble aujourd’hui entrer dans une nouvelle phase. L’overdose éditoriale de pamphlets contre l’école ne suffit plus, il s’agit de passer à l’acte : les Journées de retrait fustigeant l’égalité entre les sexes, l’hommage appuyé au programme éducatif du FN – lui-même directement inspiré de la prose des « anti-pédagogues », les dérapages incontrôlés, comme il y a quelques jours à la radio où les programmes d’histoire sont accusés de « fabriquer » non plus seulement des « crétins » mais des « djihadistes »... Quiconque prend le temps de lire l’un de ces ouvrages y découvre avec effroi le déchaînement de haine, le mépris et la violence des propos qui semblent seuls tenir lieu d’argumentation.

Le FN ne s’y est pas trompé, lançant son collectif Racine, animé par des militants de la droite la plus extrême ou des transfuges du chevènementisme. Son programme est un copier-coller de la prose des réac-publicains, « l’enracinant » dans l’intérêt jamais démenti de l’extrême-droite pour l’école, de Drumont à Le Pen en passant par Maurras ou Pétain. Que nos pamphlétaires jugent bon de saluer ce programme en dit long : s’agit-il, pour « sauver l’école », d’applaudir aux mesures que les nouveaux maires FN prennent comme à Beaucaire ou l’inscription des enfants étrangers a été refusée dans les écoles de la commune afin de protéger les « petits beaucairois de souche » ?

Le « retour aux fondamentaux » (directement importé du « back to basics » des Républicains états-uniens), le rejet de toute réflexion pédagogique, la nostalgie de la ségrégation sociale, le culte élitiste de « l’excellence » sont habilement instrumentalisés par le néolibéralisme. Le précédent quinquennat nous l’a assez démontré : disparition de la formation initiale, attaques contre l’enseignement professionnel scolarisé (au profit de l’alternance, plus soumis aux diktats patronaux), remise en cause de la carte scolaire (favorisant le consumérisme scolaire et la ségrégation), célébration du curé, mise au pas des personnels... sans que le « redressement » du niveau ne soit au rendez-vous ! L’ordre, pour ces gens-là n’est moral (ou compétitif) que lorsqu’il se dresse pour défendre les privilèges et nourrir les fantasmes, leur peur des « barbares ». « La Guerre aux pauvres commence à l’école » observait il y a quelques mois le philosophe Ruwen Ogien.

En face la gauche de gouvernement, après s’être converti au capitalisme néolibéral dans les années 1980, emprunté le virage sécuritaire à la fin des années 1990 semble aujourd’hui abandonner toutes ambition émancipatrice en matière d’éducation. Dès lors les sirènes réactionnaires attirent certains intellectuels de gauche ou même de la gauche de la gauche. Méconnaissance ? Dérapage ? Soumission à l’air du temps ? Finalement en se résignant à ne plus lutter pour changer la société, on en arrive nécessairement à ne plus vouloir non plus changer l’école... On offre alors à ses adversaires leur plus grande victoire : confisquer toute critique des tares du système éducatif à leur seul profit. Face aux réactionnaires, il ne s’agit surtout pas de défendre l’école telle qu’elle est mais bien de poursuivre le combat pour la transformer, de réactiver l’histoire de sa contestation en acte, dans les classes, dans les établissements. Oui, la pédagogie est un sport de combat, contre les inégalités, les injustices et la concurrence de chacun contre tous. Pour paraphraser Freinet rappelant que la démocratie de demain se construit dans les écoles d’aujourd’hui, les tentations totalitaires peuvent aussi s’y enraciner dès maintenant. Il est temps de réaffirmer non seulement l’égalité des intelligences mais le fait qu’il existe deux manières d’éduquer et d’enseigner. La question n’est pas de choisir entre « la pédagogie » et « la non-pédagogie », mais entre deux conceptions de l’éducation. En ce sens, il y a cohérence entre les choix pédagogiques des réac-publicains ou du FN et leur projet social. Cette cohérence, il convient de la mettre à nu et de la présenter à ceux et celles qui pourraient être séduits par un discours nostalgique simpliste qui se répand à mesure que recule l’aspiration à transformer la société et son école. Parallèlement, ce décryptage doit aller de pair avec la recherche d’une mise en cohérence entre notre volonté de changer la société et nos pratiques pédagogiques, ici et maintenant.

Signataires

Grégory Chambat, professeur en collège à Mantes-la-Ville (78), membre du collectif d’animation du site Questions de classe(s), dernier ouvrage paru L’École des barricades, éditions Libertalia, 2014.

Jean-Michel Barreau, professeur d’université à l’université de Lorraine, dernier ouvrage paru Critique des formes réactionnaires, Les éditions du Panthéon, 2013.

Laurence De Cock, professeure d’histoire-géographie, co-auteure de La fabrique scolaire de l’histoire, Agone, 2009.

Choukri Ben Ayed, professeur de sociologie à l’Université de Limoges, dernier ouvrage paru L’école démocratique. Vers un renoncement politique ? Armand Colin, 2010.

Ugo Palheta, maître de conférences en sciences de l’éducation à l’université de Lille-3, La domination scolaire. Sociologie de l’enseignement professionnel et de son public,PUF, « Le lien social », 2012.

Laurent Ott - Intermèdes Robinson, formateur et chercheur en Travail Social.

21 Messages

  • Pour information cette pétition contre le Planning familial et l’Education nationale

    http://petit.io/petition/droit-de-naitre/stop-aux-interventions-du-planning-familial-a-l-ecole

    On n’est pas sorti de « l’étau idéologique des évidences xénophobes, sexistes, homophobes et nationalistes » qui est entrain de se refermer sur nous » (Corcuff P. Les années 30 reviennent et la gauche est dans le brouillard)

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  • Bravo et merci pour cette lutte qui devrait être celle de tout le monde (enseignants ou pas, parents d’élèves ou pas, jeunes ou pas, français ou pas etc.). À ce propos, ne pourrait-on pas associer les jeunes, les premiers concernés, à ce manifeste ?

    Martine Auzou

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  • Bravo et merci pour la lucidité, la pertinence des analyses et le courage du combat ! GP

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  • Aligner dans une même tribune Jean-Paul Brighelli, Michel Onfray, Philippe Pétain et Édouard Drumont, il fallait oser... Attaques personnelles, caricatures grossières, amalgames, procès d’intention, tout y passe dans une rhétorique qui fleure bon un autre siècle, effectivement.

    Le plus saisissant est de s’apercevoir combien, derrière son caractère révolutionnaire ou anarcho-syndicaliste, cette tribune est proche du pédagogisme le plus convenu et le plus institutionnel, promu activement par les syndicats les plus réformistes et les plus proches du Ministère de l’Éducation nationale. "Changer l’école pour changer la société", c’est aussi le slogan du CRAP-Cahiers pédagogiques.

    Défendre une école traditionnelle qui apprend à lire et à écrire, c’est être de gauche, et véritablement de gauche. Et tant pis si cette gauche est "réac’publicaine" à vos yeux.

    Voir en ligne : http://www.laviemoderne.net/forum/l...

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  • Bonjour,

    merci pour votre lecture... Visiblement, il y a "votre gauche" et puis celle du mouvement ouvrier et de son histoire. Le simple fait de parler de "pédagogisme" permet déjà de voir d’où vous parlez.

    Ensuite, un petit regard sur l’histoire de l’école ne serait pas inutile, en particulier sur l’école de Jules Ferry qui entendait "clore l’ère des révolutions".

    G. Chambat

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  • Beaucoup d’amalgames entre des enseignants et des groupes ou des structures d’extrême-droite. Ce n’est pas sérieux.

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    • Excellent article qui résume précisément ce que je tourne et retourne dans ma tête depuis quelques temps déjà. A ce titre, lire de telles prises de position rassérènent sur la cohérence de ses engagements et de ses valeurs : se retrouver en harmonie de pensée avec certains mouvements, certaines signatures que l’on lit et que l’on suit régulièrement, c’est toujours réconfortant. En ces temps de lepénisation et de "brighellisation" des esprits, rien n’est plus roboratif !
      Quant aux réactionnaires qui s’expriment sur cette page, on se demande comment ils ont pu s’égarer sur le site de "Questions de classe"... Comment, quand on est soucieux de l’avenir de l’école républicaine, d’une école pour tous, et qu’on se dit partager des valeurs humanistes et progressistes (pour faire vite...), peut on se reconnaître dans les propos (haineux, conspirationnistes et profondément conservateurs) de Farida Belghoul et Brighelli, "idiot utile" du FN ?...

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      • Ecole pour tous, dites-vous ?
        en tout cas, pas pour les garçons largement majoritaires dans le contingent des élèves en échec scolaire.
        Pas non plus pour les élèves de condition modeste pour lesquels les parents ne peuvent financer des cours particuliers.
        Pourquoi croyez-vous que ces officines privées pullulent désormais ?
        Mère de 4 enfants, j’ai pu constater les dégâts d’un certain pédagogisme sur certain de mes enfants.
        Une méthode globale appliquée non seulement pour l’apprentissage de la lecture, mais aussi des mathématiques, des langues, de la Physique.
        (Heureusement, une partie non négligeable des enseignants font fi des recommandations des pédagogues du ministère, jusqu’à la tenue d’un deuxième cahier clandestin contenant des règles de grammaire anglaise.)
        Des notions livrées en vrac, vrac dans lequel les élèves déjà structurés sont capables de piocher une loi générale.
        Vrac perturbant pour ceux qui sont moins ordonnés.
        L’école est censée aider l’élève à bâtir un squelette de lois générales qu’il pourra par la suite agrémenter de la chair de ses propres apports et découvertes. Et non leur balancer un sac d’os.

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  • Je devrais peut-être porter plainte, après le dernier message (de Pascal Le Bert) que vous hébergez sur votre site. Mais enfin, il est à l’unisson de votre tribune (vous vous êtes vraiment mis à plusieurs pour écrire ça ? Bravo). Vous êtes sûrs que certains, parmi vous, sont profs d’Histoire ? Avec vos élèves aussi vous pratiquez l’amalgame ? Et d’autres enseignent en université ? Mais en sciences de l’éducation, il est vrai…
    Chevènement a été l’honneur de la Gauche, en 2002, pendant que Jospin bafouait tout ce qui venait de Jaurès, tout comme Hollande aujourd’hui. Et je préfère vous le dire : si Marine Le Pen arrive au pouvoir, vous en serez totalement responsables, dans votre aveuglement et vos convictions arides. La réaction — la vraie — n’est jamais que le contrecoup d’une action : quarante ans de pédagogisme auront engendré le jusqu’auboutisme exaspéré de tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans les mesures qui ont privé les pauvres, tous les pauvres, de la possibilité d’aller au plus haut de leurs capacités. La République a toujours promu des élites nouvelles, et la démocratie molle que vous représentez n’a jamais engendré que des médiocres. Mais bon, avant que vous le compreniez…

    Voir en ligne : http://www.lepoint.fr/invites-du-po...

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    • Le pédagogisme n’existe pas. Toute façon de transmettre est une pédagogie dès qu’elle se pose la question de l’apprenant. L’excellence est le but de toute transmission de savoirs ou de compétences. Quand l’artisan montre son geste, il veut que l’apprenti le répète, mais il n’oublie jamais de dire que selon la morphologie le geste peut varier. Les pédagogues, les enseignants qui cherchent à adapter leurs modes de transmissions aux élèves, sont des artisans respectables, des adultes responsables, et non ceux qui par leur déploration systématique fabriquent le désespoir du monde et la haine de la jeunesse et de ceux qui ont comme difficile et très noble tâche d’éduquer et d’enseigner.

      Monsieur Brighelli, j’ai lu votre livre "la fabrique des crétins" j’ai été écoeurée de votre haine de l’humanité, et de vos amalgames faciles.
      Vos apparences dissimulent mal vos rancoeurs. Moi qui suis fille de professeurs de mathématiques, purs produits de l’école républicaine, je décèle dans votre prose, les carences intellectuelles de vos raisonnements lapidaires, où le recours à la république vient perpétuellement dissimuler que vous ne savez pas ou ne voulez pas tenir un raisonnement, et que seules les conclusions toutes faites vous intéressent.
      Alain essayait d’être juste, vous ne vous embarrassez pas de sa rigueur et de sa modestie.
      Mauvais boulot aurait dit mon père, ce fils de petit employé, qui est devenu prof de fac, "n’importe quoi" dirait ma mère, pour qui enseigner c’est déjà "aimer ça", qui a formé des élèves en lycée, des profs de profs, des chercheurs, avec exigence et respect de l’autre.
      Soyez satisfaits de vivre dans une démocratie molle, car seule la mollesse des auditeurs vous permet de publier si largement des billets qui satisfont la vanité de ceux qui n’ont pas de cerveau parce qu’ils savent juste lire, écrire, compter, et ni raisonner, ni comprendre, et que ça leur suffit même si leur bêtise les conduit à la haine des autres, n’y voyant là aucune contradiction fondamentale.
      Comment peut-on prôner le savoir et se résoudre à tant de haine, de pessimisme ontologique, à quoi vous sert de dénoncer si ce n’est pour vous mettre au travail ?

      Et enfin puisque vous osez avec tant de cuistrerie vous réclamer de Buisson qui demanda à un anarchiste de l’aider dans sa rédaction de ses Dictionnaires de la Pédagogie, je vous renvoie à son hommage à James Guillaume que vous trouverez ici http://michel.delord.free.fr/fb-james.pdf

      et je vous offre des extraits du Nouveau Dictionnaire de Pédagogie publié en 1911 sous sa direction, citations à étudier et commenter sur un des médias qui vous accueillent si largement

      Chaque article de cette encyclopédie est un régal pour ceux qui se posent des questions et ne se contentent pas de vendre des réponses médiatiques.
      Version intégrale
      http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/

      sur la pédagogie

      "C’est pourquoi, s’il est vrai, comme nous le disions en commençant, que la pédagogie n’apparaît dans l’histoire que d’une manière intermittente, il faut cependant ajouter qu’elle tend de plus en plus à devenir une fonction continue de la vie sociale. Le moyen âge n’en avait pas besoin. C’était une époque de conformisme où tout le monde pensait et sentait de la même manière, où tous les esprits étaient comme coulés dans le même moule, où les dissidences individuelles étaient rares, et d’ailleurs proscrites. Aussi l’éducation était-elle impersonnelle ; le maître, dans les écoles médiévales, s’adressait collectivement à tous ses élèves sans qu’il eût l’idée d’approprier son action à la nature de chacun. En même temps, l’immutabilité des croyances fondamentales s’opposait à ce que le système éducatif évoluât très rapidement. Pour ces deux raisons, il avait donc moins besoin d’être guidé par la pensée pédagogique. Mais, à la Renaissance, tout change : les personnalités individuelles se dégagent de la masse sociale où elles étaient, jusque-là, absorbées et confondues ; les esprits se diversifient ; en même temps le développement historique s’accélère ; une nouvelle civilisation se constitue. Pour répondre à tous ces changements, la réflexion pédagogique s’éveille, et, bien qu’elle n’ait pas toujours brillé d’un même éclat, cependant, elle ne devait plus s’éteindre complètement."

      sur la laïcité
      « Sa [l’instituteur] mission est donc bien délimitée : elle consiste à fortifier, à enraciner dans l’âme de ses élèves, pour toute leur vie, en les faisant passer dans la pratique quotidienne, ces notions essentielles de moralité humaine, communes à toutes les doctrines et nécessaires à tous les hommes civilisés. Il peut remplir celte mission sans avoir à faire personnellement ni adhésion, ni opposition à aucune des diverses croyances confessionnelles auxquelles ses élèves associent et mêlent les principes généraux de la morale. Il prend ces enfants tels qu’ils lui viennent, avec leurs idées et leur langage, avec les croyances qu’ils tiennent de la famille, et il n’a d’autre souci que de leur apprendre à en tirer ce qu’elles contiennent de plus précieux au point de vue social, c’est-à-dire les préceptes d’une haute moralité. Plus tard, devenus citoyen, ils seront peut-être séparés par des opinions dogmatiques, mais du moins ils seront d’accord dans la pratique pour placer le but de la vie aussi haut que possible, pour avoir la même horreur de tout ce qui est bas et vil, la même admiration de ce qui e« t noble et généreux, la même délicatesse dans l’appréciation du devoir. »

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      • Bien sûr que si, le "pédagogisme" signifie quelque chose. Mais peut-être pas ce que les bretteurs patentés qui volnet bien haut au-dessus de nous-autres attribuent de sens au terme ! Il y a même, sans doute, dans la recrudescence idéologique catastrophique du moment, avec les vieux qui s’accrochent, et font des petits, un "néo-pédagogisme".

        Nous sommes ici au niveau du discours : le pédagogisme est certes un slogan, mais c’est aussi l’idéologie illusoire de la pédagogie.

        Celui-ci est d’essence éminemment néolibérale et n’existe que par opposition, d’une part aux tenants d’une fausse tradition, rétrograde, trop contents pendant trop d’années d’avoir pu entretenir un faux-débat avec leurs supposés adversaires, eux trop contents de se faire ainsi faire valoir,

        - et d’autre part aux héritiers de la tradition pédagogique réelle, laquelle est bien peu représentée. Ceux qui se sont attachés à agir sont ainsi humiliés. De ce fait, la pédagogie est sans voix.

        Un début de réunion de notes de travail ici : http://www.aléasphilosophiques.fr/neopedagogisme-a100055634

        Merci qui ?

        JA

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  • Vous avez oublié le principal, que le rôle premier de l’Ecole c’est d’apprendre à lire, écrire et compter comme l’écrivait Péguy, l’inventeur des "Hussards noirs de la République" , fils du peuple par excellence et exemple-type de la promotion par l’école, mais une école qui était exigeante et qui ne se nourrissait pas du pédagogisme le plus obtus qui a oublié les fondamentaux indispensables qui rendent libres, libres de comprendre ce que l’on lit et même votre prose, c’est vous dire la qualité de l’enseignement à l’ancienne !

    Quant à l’égalité des intelligences que vous invoquez, pour parodier De Gaulle, je vous répondrai, vaste programme et il suffit de regarder Cédric Villani jouer au football pour s’en apercevoir.

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  • J’ai lu attentivement l’article et m’étonne, au fond, en réponse à une argumentation raisonnée et construite, on a le droit de ne pas y souscrire, les auteurs opposent des allusions vaguement diffamatoires, un rien injurieuses et pas de réflexion réelle, juste l’énoncé de leurs convictions. Il me semble que l’on apprend à argumenter autrement à l’école, au collège, au lycée.

    Voir en ligne : http://mesterressaintes.hautetfort.com

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    • @Amaury Watremez - Je suis allée jeter un oeil sur votre site. Vos diatribes anti bourgeoises, anti libertaires, anti soixante-huit, sont nauséabondes on comprendra mieux en lisant quelques extraits de vos articles :

      "Le bonheur est toujours en 2014 le problème de la plupart des primates s’imaginant être évolués, souvent lamentables, qui errent sur cette planète à la recherche d’un point d’eau pour s’y abreuver encore un peu."

      "Le bonheur libéral libertaire, tel celui du porc aussi, c’est aussi de vivre à fond les trois « B » : Boire, Baiser, Bouffer ; sans se poser de questions. « S’éclater » les jours où il faut s’éclater, une « éclate » docile de bêtes de somme"

      "Il faut dire qu’il [Marcel Aymé] n’a pas l’aura scandaleuse, on ne peut pas prendre le genre politiquement voyou avec lui, comme avec Céline, dont il sera l’ami jusqu’au bout, et il n’était même pas homosexuel, ce qui à notre époque est presque un handicap lorsqu’on prétend être auteur ou âârtiste."

      ça suffit je pense, éduquer s’accommode mal de cette haine de l’humanité, de cette amertume érigée en doctrine, de ce mépris du principe de plaisir et des futilités propres à toute génération. La fête, le goût du monde tel qu’il est font partie de nos adaptations au réel. Votre critique du monde tel qu’il est me fait penser à cette blague "la restauration est un beau métier, dommage qu’il y ait les clients". Dommage qu’il y ait des profs qui aiment se poser des questions, dommage qu’il y ait des jeunes qui aiment les portables.. Ma nature compassionnelle me laisse à penser que c’est dans la douleur ou dans la solitude que vous avez appris à lire, écrire, compter.

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  • Quand en ESPE, l’on constate l’incapacité de certains étudiants à se concentrer plus de dix minutes, tapotant leurs tablettes et autres smartefônes qui pour jouer à "Candycrush", qui pour actualiser son "fècebouque", on se pose des questions sur la capacité de ces enseignants à transmettre des connaissances et de la culture. C’est certainement "réac-publicain" ça aussi...

    Mettons nous la tête dans le sable et injurions ceux qui s’inquiètent de l’état des lieux de l’école, c’est plus confortable.

    Voir en ligne : http://mesterressaintes.hautetfort.com

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    • Très chouette votre blog http://mesterressaintes.hautetfort.com
      vraiment faut aller voir, instructif... La tribune évoquait "2 manières d’éduquer", on y est !
      Greg

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    • Je cite Amaury Watremez : "Quand en ESPE, l’on constate l’incapacité de certains étudiants à se concentrer plus de dix minutes, tapotant leurs tablettes et autres smartefônes qui pour jouer à "Candycrush", qui pour actualiser son "fècebouque", on se pose des questions sur la capacité de ces enseignants à transmettre des connaissances et de la culture."

      Témoignage d’étudiants en formation d’instituteurs en ESPE :
      "Malmenés, traités comme des sous-merdes dans des formations qui en plus consistent
      à nous faire apprendre la novlangue de l’Education Nationale et pas à nous donner des clés pour enseigner au mieux"
      (contact chez openclassrooms.com)

      Comment se concentrer plus de dix mn dans les cours des ESPE ? La formation des enseignants en ESPE est une formation inappropriée. Vous devriez plutôt vous poser la question suivante : mais que viennent faire les universitaires dans la formation des instituteurs ?

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  • La Tribune pratiquait aussi l’amalgame entre "réaction" et anxiété légitime.

    Je prends votre compliment avec plaisir, fût-il ironique ou pas

    Voir en ligne : http://mesterressaintes/hautefort.com

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    • Oui, c’est bien ça, la méthode syllabique permet de tout bien déchiffrer les phrases, maintenant l’implicite, l’ironique c’est plus compliqué...
      Bon, les voies du seigneur vont donc rester impénétrables...

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      • Et parmi tous ceux qui s’expriment ici, il y en a combien à se colleter avec des collégiens ou des lycéens illettrés et rebelles ?

        Beaucoup de cuistrerie, d’idéologie et de dogmatisme en matière de pédagogie. Des donneurs de leçons bien planqués loin des élèves difficiles. Des conseilleurs qui ne seront jamais payeurs.

        La vraie pédagogie, c’est du bricolage, de la pratique, des trucs, pas du baratin jargonnant, cette bouillie pour les chats que l’on trouve dans la plupart des pédantesques textes officiels. Si les petits cochons ne les mangent pas, tous ceux qui exercent réellement le métier d’enseignant, pédagos ou antipédagos, finissent par trouver les fameuses ficelles. Pas besoin de grande théorie ni de concepts abscons qui nous ont en partie menés là où nous sommes.

        Il ne faudrait pas oublier non plus que l’enseignement, du moins la sensibilisation au savoir, c’est l’affaire de tous. Le travail des enseignants ne vaut rien s’il n’est pas relayé par l’ensemble de la société. Et malheureusement ce relais est quasiment absent de nos jours.

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