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Questions de classe(s)

Les paradoxes de la culture macho*

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Les études sur la réussite des élèves mettent en avant tous milieux sociaux confondus la meilleure réussite scolaire des filles jusqu’au baccalauréat. C’est en particulier dans les classes populaires immigrées que le décalage est le plus grand. Et c’est dans la communauté portugaise que cette disjonction est la plus marquée.

Espace domestique et société du spectacle

L’analyse qui est souvent donnée pour rendre compte du plus grand investissement des filles immigrés dans la scolarité tient au caractère émancipateur que peut présenter l’accès aux diplômes.
De toutes les communautés immigrées, les Portugais sont ceux qui ont le taux d’activité des femmes le plus important. Néanmoins, il est certain que la forme très patriarcale de l’espace domestique portugais traditionnel constitue une bonne motivation d’effectuer des études lorsque l’on est une fille. Etant enfant, le travail à l’intérieur, synonyme pour moi d’enfermement, s’associait au travail féminin et les travaux extérieurs au masculin. De fait, je ne me souviens pas d’avoir connu de femmes de la communauté portugaise, que nous fréquentions, qui conduisaient une voiture. Je me rappelle également de ce modèle vanté par les parents portugais de l’enfant (je suppose une fille) qui préparait le repas et s’occupait de ses petits frères et sœurs afin que les parents puissent travailler même le soir.

Mais, l’image patriarcale de la communauté portugaise ne me semblait guère contrariée par ce que me donnait à voir la télévision française. Dans les séries ou les films, j’étais toujours frappée par le fait que les femmes ne savaient rien faire si ce n’est se réfugier effrayée dans les bras du héros. L’action et le savoir-faire se trouvait le plus souvent du côté des hommes. Les femmes étaient réduites au rôle de faire valoir passif.

De la culture macho à l’école...

Néanmoins, dans l’école primaire et secondaire, le monde de la classe se trouve bien souvent sous l’autorité d’une enseignante. Certains accusent ainsi la féminisation du corps enseignant d’être un des facteurs de l’échec scolaire des garçons.

Il faudrait peut-être davantage s’interroger sur l’impact d’une culture machiste et viriliste sur la moindre réussite scolaire des garçons ou leur orientation plus précoce en section professionnelle. Il n’est pas toujours facile d’admettre dans une société où les femmes sont en situation d’infériorité sociale, un espace où elles sont dans un rapport de savoir-pouvoir.

Il arrive parfois qu’on associe la meilleure réussite des filles à leur plus grande soumission aux règles scolaires. Mais peut-être est-il plus judicieux de s’interroger sur le rôle de la socialisation masculine dans le rapport à l’école. Ainsi, il peut être plus tentant pour un garçon issu de la communauté portugaise de quitter le système scolaire pour le monde professionnel ouvrier. Il y retrouve un espace de sociabilité masculine et une situation où le fait de gagner de l’argent lui assure une reconnaissance sociale immédiate.

...à l’ambition sociale dans le post-bac

Néanmoins, cette socialisation tournée vers la recherche de la puissance sociale, qui peut être un obstacle à la réussite durant le primaire et le secondaire, peut s’avérer un atout lorsque l’ascension scolaire est plus directement liée au prestige et à l’ascension sociale. A notes égales, les élèves garçons se sentent plus légitimes à demander une filière S ou une classe préparatoire.

Je suis ainsi souvent étonnée de constater, en tant qu’enseignante, que lorsque je fais une remarque positive sur une copie sans en nommer l’auteur, il y a systématiquement un garçon – et jamais une fille – pour s’exclamer tout fier qu’elle lui appartient. Or bien souvent paradoxalement, l’auteure est plutôt une fille...

* Référence à la « langue macho » : http://1libertaire.free.fr/Languemacho.html

1 Message

  • Les paradoxes de la culture macho* 23 avril 2014 17:26, par Irene

    Pour des analyses en continuité avec celles présentées dans cet article, lire :

    Le dossier "Controverse : Allez les garçons", Revue Genre, travail et société, n°31, Printemps 2014.

    repondre message

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