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Questions de classe(s)

La notion de Care en Pédagogie sociale

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Les éducateurs, les animateurs, connaissent bien cette situation où les enfants qui ont joué avec du matériel et petits jeux , ont fini par tout mettre au sol. Dorénavant, chacun piétine des petites pièces qui n’ont plus ni sens , ni valeur. Il ne restera bientôt plus qu’à les prendre pour les jeter, ou les briser. Désormais, l’ennui règne et les enfants désœuvrés n’ont bientôt plus rien d’autre à faire qu’à jeter, briser, voire se jeter à la figure, ce qui n’ a plus de valeur.

L’animateur, l’éducateur sait alors comment le simple fait de relever ce qui était par terre, de rassembler ce qui était épars, redonne de la valeur à ce qui n’en avait plus. Dès ce moment là, ce qui ne faisait plus envie redevient désirable et le jeu reprend.

C’est ainsi que la notion de Care » est au coeur de la Pédagogie sociale et consiste fondamentalement à redonner de la valeur à ce qui avait été négligé, piétiné et ignoré. la Pédagogie sociale se déploie dans les espaces en friche et déconsidérés ; elle se porte au devant des enfants, des familles, et des publics ignorés, invisibilisés et parfois même diabolisés . Elle consiste à donner une place à ceux et ce qui n’en ont peut être jamais eue.

Nourrir, soigner, donner

Dans un premier temps, le Care en Pédagogie sociale consiste en des actions essentielles : soigner, nourrir, donner…. Ce sont des actions du corps, ce sont des actions qui engagent personnellement ceux qui donnent , comme ceux qui reçoivent. Ce sont des actions qui lient et qui créent des dépendances positives. ce sont des actions qui durent. Ce sont des actions essentielles.

D’abord , en Pédagogie sociale, il y a la convivialité ; puis vient le fait de nourrir, les individus, comme les groupes. Les ventres, comme les cœurs et les esprits.

Puis vient le soin, l’action de réparer la peine et la douleur. la prise en compte de ce qui blesse et fait mal. C’est aussi une action d’engagement. Une main visible va guérir ce qu’une autre , invisible, a blessé . La main répare , soigne, et relie encore. Elle humanise.

Puis vient le don ; la main qui a nourri, celle qui a soigné, donne. A ce moment là , elle donne de la liberté, du pouvoir autant que soin ; elle inscrit celui qui reçoit dans un réseau de dettes et de liens, qui l’humanise. Le don instaure une communauté de confiance.

Restaurer, narcissiser

En Pédagogie sociale, nous pratiquons la restauration narcissique , chère à S. Tomkiewicz. Nous réconcilions , le jeune blessé, avec son image. Nous donnons de la valeur, par notre regard, notre attitude, par nos soins au corps, à la vie, à l’histoire de la personne que nous rejoignons ou qui nous rejoint. Nous favorisons l’auto-estime, en donnant de l’estime. Nous instaurons le respect de soi même , en donnant du respect. Nous rendons possible l’amour de soi, en donnant de l’amour.

Cette restauration narcissique est très basique, est très quotidienne. Quel que soit le statut de nos pédagogues sociaux (permanent, volontaire, bénévole, stagiaire), elle est également très « professionnelle » dans le sens où elle est réfléchie, conçue et mise en œuvre en fonction d’une pratique à l’épreuve du réel.

Relever, élever

La Pédagogie sociale est une pédagogie qui élève ; elle l’est d’abord littéralement ; car c’est une pédagogie qui valorise tout ensemble celui qui la déploie et celui qui en bénéficie. Mais c’est aussi une pédagogie qui consiste à redonner de la valeur là où on prétendait qu’il n’y en avait aucune : au territoire relégué, à la famille rejetée des institutions, à l’enfant invisible. Le soin que l’on porte aux choses et aux gens, leur donne tout à coup de l’importance. On regarde avec plus de bienveillance ce que l’on vous présente comme valable, que ce que l’on piétine.

Nous rehaussons, nous éclairons, nous magnifions, nous recentrons. ce sont nos actions les plus simples, mais aussi les plus difficiles à comprendre ou à saisir pour ceux qui se sont lentement laissé dériver par des idéologies inverses , qui stigmatisent, discriminent et qui prétendent séparer sans arrêt les « bons » des « mauvais », les « vrais » des « faux, les « méritants » , des « assistés ».

En commençant par ce qui était le plus bas, en priorisant ce qui était le plus éloigné, en pensant en premier à ce qui était le plus vite oublié, nous ne faisons aucune charité , ni travail social de luxe. Au contraire, nous remettons le social, au centre de la société, nous redonnons du sens au « vivre ensemble », nous créons de la confiance là où gagnait la peur. Nous remettons de la vie dans ce qui se meurt.

On comprendra dès lors , que « notre » Care est collectif autant que personnel. Il s’attache à la fois à ce qu’il y a de plus profond et de plus intime dans l’histoire des gens, tout en portant égale attention aux groupes et collectifs que nous formons.

Car, in fine, ce qui fonctionnera ce sera d’avoir su produire et animer une communauté « de soins », d’attention et de care, dans laquelle , nos pratiques feront partie d’une culture générale et partagée, d’abord parce qu’on en aura bénéficié pour soi même, à un moment ou à un autre.

— 
Laurent Ott, Directeur,
Association Intermèdes-Robinson
Centre Social - Esapce de Vie sociale - MJC
Chilly-Mazarin - Longjumeau - Nord Essonne
Tel 06 61 48 21 98
http://www.intermedes-robinson.org

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