dimanche, 20 septembre 2020|

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Questions de classe(s)

La caserne pour tous : l’Education nationale finalise son projet (SNU)

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Il faut qu’il se sente suffisamment fort, Blanquer, pour faire annoncer par son secrétaire d’Etat Attal (1), en pleine période de contestation, la généralisation du service national universel (SNU) pour les années à venir : après une nouvelle expérimentation avec des volontaires en juin prochain, 100 000 « recrues » (des recrues de 15 ans !) en 2021, puis 200 000 en 2022, avant la généralisation à toute une classe d’âge (800 000 jeunes) en 2024, connaîtront les plaisirs de l’encasernement et de la mise au pas institutionnalisés dans le cadre de leur scolarité obligatoire.

Car s’il faut rappeler la spécificité particulièrement perverse de ce dispositif, c’est bien l’intégration d’une période militarisée de 15 jours dans le cursus éducatif des élèves, à mi-chemin entre les bataillons scolaires et les enfants-soldats : d’un côté, un projet élaboré par un général en chef, artilleur de profession (le général Menaouine), des règles de vie abrutissantes et infantilisantes directement inspirées de la discipline militaire, une finalité liée aux objectifs de recrutement de l’armée. De l’autre, l’imbrication du SNU, dans une éducation dite morale et civique (EMC) à dimension militaire et identitaire, balisée par de très officiels protocoles armée-école, fondant, depuis 1982, une "éducation à la défense" dont l’objectif affiché – outre le recrutement – est l’adhésion forcée à la politique militaire de la France (interventions extérieures, financements exorbitants, commerce des armes, dissuasion nucléaire etc). De longues années de propagande distillée à un public nécessairement captif, un bourrage de crâne commencé à l’école primaire et dont le SNU est considéré comme l’aboutissement logique. En conséquence de quoi, l’Education nationale met à la disposition du SNU et de l’armée ses locaux (plusieurs lycées réquisitionnés pour l’expérimentation de juin 2019), son personnel (car il s’en trouve) et, bien sûr, son argent, le financement du SNU - estimé à 2 ou 3 milliards d’euros par an, en dépit des minorations et des dénégations officielles (2) - étant entièrement à la charge des budgets éducatifs. On rappellera également la participation active (et trouble) d’une partie de la mouvance éducative qui, à l’instar de la Ligue de l’enseignement (cette dernière, il est vrai, dans la continuité de ses origines militaristes), a fait le choix d’un partenariat obscène avec le SNU.

La première expérimentation menée en juin 2019 a confirmé le côté brutal et coercitif d’un dispositif qui, à terme, fonctionnera exclusivement sur l’intimidation et la punition, les éventuels réfractaires se voyant lourdement sanctionnés. L’éducation civique à la française dans toute sa splendeur…

En dépit de quoi, il faut bien reconnaître que la mise en place du SNU, dont les grandes lignes sont connues depuis maintenant deux ans, n’a guère suscité d’opposition ni au cours des mois écoulés ni même au cours des dernières semaines, le sujet étant singulièrement absent de la contestation. Et pourtant : les milliards du SNU n’auraient aucun rapport avec le refus de la revalorisation opposé aux enseignants ou la suppression des postes ? L’internement obligatoire des jeunes de 15-16 ans rien à voir avec la réforme du lycée ? Que des lycéens s’inquiètent à l’avance pour leur retraite dans un demi-siècle implique-t-il qu’on ne voie rien venir de l’encasernement qui vient ou qu’on s’en satisfasse ?

Un silence qui interpelle mais qui explique sans doute pour une part l’arrogance du gouvernement, son obstination à mettre en œuvre un dispositif d’encadrement forcé des jeunes qui jouit d’une certaine popularité dans une opinion publique nostalgique du service militaire. En se contentant d’une dénonciation du bout des lèvres, les milieux éducatifs, les organisation dites représentatives ( ?) s’enferment dans une ambiguïté qui, à la longue, va passer pour de la complaisance.

(1) Attal qui, devant le rédacteur en chef de Ouest France en service commandé, aligne les poncifs et les contrevérités comme des perles.

(2) Du même Attal dans le même article : « le SNU devrait coûter entre 1 et 1, 5 milliard d’euros par an  ». Mais, tient-il à préciser : « il faut voir le SNU comme un investissement, notamment en matière de lutte contre le décrochage scolaire, contre l’illettrisme et pour l’insertion professionnelle des jeunes.  » Le rédacteur en chef en question n’a pas réagi…

2 Messages

  • Voilà une nouvelle façon de supprimer les lois : le Service national ancienne manière a été vigoureusement combattu pendants des années jusqu’à ce qu’un statut d’objecteur de conscience soit obtenu. En 1997, ce service national a été "suspendu".
    Et voilà qu’on nous ressort un SNU dont on nous dit qu’il n’est pas une reprise du service militaire et que donc on ne peut se prévaloir des lois précédentes pour refuser de se retrouver en uniforme devant des militaires gradés.
    Voilà comment agit ce gouvernement : il change l’étiquette poison du flacon toxique pour nous faire croire que le contenu est devenu inoffensif.

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  • Effectivement nous nous sommes battues, n’ayons pas peur des mots, pour exprimer le gâchis de notre jeunesse à devoir faire un Service Militaire Obligatoire d’une année en plein milieu de nos études ou d’arrêter un début de vie active et également de supprimer le "trafique" des passe-droits. Il a fallu attendre 1997 pour qu’enfin nous soyons entendus. Mais ce "service national" n’a pas été supprimé mais remplacé par une journée obligatoire pour toutes et tous.

    Pendant plus de 20 ans la jeunesse française n’a pas eu ce "devoir" à effectuer. Cette génération n’a pas la mémoire de ce temps là et notre génération a peut-être pensé que cet "acquis" était une affaire classée. Grave erreur car en politique rien n’est acquis et tout est affaire de compromis et de rapport de force.

    Lorsque j’en parle autour de moi la réaction est souvent la même : Cela ne peut pas faire de mal. Les arguments de M. Attal sur illettrisme, décrochage scolaire et insertion professionnel sonnent bien à l’oreille de cette génération jeune/adulte. Elle ne réalise pas les conséquences de ce que ce gouvernement est en train d’instaurer pour leurs enfants. Ce SNU est la pierre angulaire d’une politique générale qui avance masquée et qui cache un type de société qui ne dit pas son nom. Cette situation est anxiogène.

    Franck LEPAGE explique magistralement dans son nouveau spectacle "Inculture2 : L’éducation" les déconstructions éducatives mais également sociales de notre société misent en œuvre après mai 1968. Tout est lié

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