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Questions de classe(s)

L’écriture inclusive exclut-elle ?

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Inclure le féminin dans la langue française serait un élément essentiel pour la reconnaissance de l’égalité homme/femme dans la société.
Essentiel, mais insuffisant. L’écriture inclusive n’aura de sens que si la société tient compte des inégalités que subit la femme au quotidien.

L’écriture inclusive, les femmes se sentent-elles concernées ?
Deux situations
Une femme de 35 ans, française depuis plusieurs générations, résidant à Paris (dans un quartier peu populaire), mère de trois enfants, cadre supérieure. Elle aura le temps (femme de ménage, nourrice…) de se questionner sur la place de la femme, l’écriture inclusive et surtout aura les moyens linguistiques de la comprendre.
Une femme de 35 ans, française depuis plusieurs générations résidant à Grigny, mère de trois enfants, peu diplômée, s’occupant de tout à la maison n’aura guère le temps de se questionner sur la place de la femme, l’écriture inclusive et de plus n’aura guère les moyens linguistiques de la comprendre.
Si on change leur origine géographique…
Pour la première femme, même si elle n’est pas d’origine française, son niveau d’études, ses contacts sociaux, son lieu de vie seront toujours déterminants. Elle peut toujours se questionner sur l’égalité homme/femme et s’intéresser à l’écriture inclusive.
Pour la deuxième, la culture d’origine peut rendre encore plus acceptable sa condition de femme au foyer. La place des femmes peut être assez réduite dans le pays de sa famille.
… et si on ajoute une religion
La première femme vivra comme naturelle sa condition inégale de femme au travail, mais elle conservera de son expérience professionnelle la reconnaissance intellectuelle de ses proches.
Pour la deuxième femme, elle vivra sa condition de femme au foyer comme totalement naturelle puisque validée dans les écrits religieux, comme l’est la soumission à l’autorité de son époux.
Ni l’une ni l’autre ne seront en situation de réfléchir à l’égalité homme/femme et encore moins à l’écriture inclusive.

Ce ne sont que deux situations sur les très nombreuses que les femmes vivent et qui renferment des inégalités de toutes sortes. L’écriture sexiste n’est qu’un maillon de la chaîne inégalitaire.

Alors qui se sent concerné par l’écriture inclusive ?
Les femmes ayant une culture politique, issues de milieux sociaux privilégiés, aux métiers reconnus, vivant dans lieux pas trop populaires et n’ayant pas de soucis linguistiques avec le français.
Les hommes des mêmes catégories sociales, mais en retirant ceux qui ne la souhaitent pas pour des raisons idéologiques, de maintien des privilèges…
Mais bien sûr, il faut retirer tous ceux et toutes celles qui craignent pour l’avenir de la langue française…

Une utilisation non sexiste de la langue sans utiliser les excès de l’écriture inclusive est-elle possible ?  
Oui avec ce préalable : avant de réfléchir à une utilisation non sexiste de la langue, il faut que l’école mette en vie l’égalité garçon/fille dans ses programmes éducatifs, dans ses propositions d’orientation avec des politiques éducatives sans concessions – qu’elles soient nationales ou territoriales.
Et surtout ne pas oublier les plus inégaux devant la langue française que ce soient les enfants ou les adultes. Quelques exemples qui exacerbent ces inégalités :
- Apprendre à lire avec des mots coupés par des points. Un mot ne devrait pas se morceler ainsi, même les « syllabistes » n’en font pas autant !
- Le rapport à la mémorisation inconsciente des mots qu’on lit.
- Les marques du pluriel qui ne se voient plus. Ex : « des citoyen.ne.s », on voit en premier « des citoyen » puis « des citoyenne » et enfin « des citoyen.ne.s ».

Alors, évitons le plus possible le point médian et mixons différentes formes de féminisation dans un texte, utilisons entre autres :
- le féminin des noms (métiers, fonctions, grades, titres...) : une députée, une auteure
-  les deux noms : citoyen et citoyenne
- réactualiser la règle de proximité pour l’accord de l’adjectif : le conducteur et la conductrice sont prudentes ou la conductrice et le conducteur sont prudents
- une autre expression : la population française pour les Français et les Françaises

Et continuons de nous mobiliser pour vaincre les inégalités homme/femme qu’elles soient scolaires, professionnelles, domestiques, territoriales, nationales...

3 Messages

  • L’écriture inclusive exclut-elle ? 26 février 18:47, par Zoé

    Ces réflexions sont judicieuses mais ne sont pas contre l’écriture inclusive ! Si certains médias ont cantonné l’écriture inclusive au décrié point médian, elle ne s’y résume pas du tout... Tout ce qui est préconisé dans la fin de ce texte lui appartient, et est défendu de longue date par celles et ceux qui critiquent le sexisme de la langue.

    Quand à dire que certaines discriminations ou situations sociales vécues au quotidien sont plus criantes que l’exclusion linguistique, là encore personne ne le nie, tout comme le fait que de pouvoir réfléchir ainsi sur la langue est souvent le fait d’une position de privilège.
    Combattre les inégalités femmes/hommes à l’école et ailleurs est un vaste chantier, et celles et ceux qui défendent l’écriture inclusive n’ont jamais prétendu l’y réduire ! Ce sont leurs opposants, qui tentent de biaiser ainsi le débat, et il est bien de ne pas trop leur prêter le flanc ni propager leur discours.
    Il ne faut pas d’abord réduire les inégalités sociales puis ensuite s’occuper de la langue : ces combats peuvent et doivent être menés de front !

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  • L’écriture inclusive inclut-elle ? 28 février 16:14, par Yves Colombet

    En accord total avec Catherine Chabrun.
    Juste quatre éléments supplémentaires qui vont dans le même sens :

    - Pourquoi ne pas utiliser un peu plus les outils que la langue offre déjà, comme le pronom "on" avec lequel les adjectifs peuvent s’accorder en genre et en nombre ("on est parti" / "on est partie" / "on est partis" / "on est parties"), le substantif pluriel "personnes" qui est, lui, toujours féminin, le substantif pluriel "gens" qui est, en simplifiant, masculin quand il est suivi d’un adjectif ("des gens ravis") et féminin quand l’adjectif le précède ("les vieilles gens") ? Si je n’avais pas peur de me faire taxer d’hypocrite ou de cynique, je rappellerais que le substantif "l’homme", si décrié, ne signifie pas étymologiquement "le mâle", mais "l’être humain", qu’il soit de sexe masculin ou féminin...

    - L’écriture inclusive, à travers les points médians, offre comme image du féminin celle d’un appendice ajouté au masculin qui reste intact, lui, non tronçonné. C’est contradictoire avec les objectifs légitimement revendiqués.

    - L’écriture inclusive ne peut concerner que des textes documentaires, explicatifs, argumentatifs. On peut "s’amuser" à relire Flaubert ou Camus ou n’importe quel autre écrivain, ou quelle autre écrivaine. Il n’y a pas dix possibilités par roman de recourir aux points médians. La vérité saute aux yeux : l’écriture inclusive, dans son acception rigoriste (avec les points médians) n’est pas un outil littéraire. Que les opposants systématiques se rassurent : il n’est point besoin de récrire Madame Bovary !

    - Un texte écrit en écriture inclusive (en recourant aux points médians) peut, avec un relatif effort, se lire en lecture silencieuse et donc personnelle, voire égoïste, mais une langue est faite pour communiquer, et en particulier à l’oral (c’est le seul mode de communication des gens qui sont exclus de la lecture), et l’écriture inclusive révèle à ce moment ses limites, pour ne pas dire sa vacuité.

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  • L’écriture inclusive exclut-elle ? 9 mars 09:24, par Thierry FLAMMANT

    Texte plein de clarté de Catherine Chabrun.
    Effectivement, à quoi peut bien servir une écriture inclusive dans une société exclusive ? La "grammaire féminine" - bien qu’elle ait des fondements historiques - ne résoudra pas le problème de l’égalité des droits sauf peut-être dans les beaux quartiers (et encore...). Une question : n’y a-t-il pas un "neutre" dans la langue française niché au fond des structures grammaticales ? Même si ça ne résoudrait pas tous les problèmes (voir en Grande-Bretagne), son usage pourrait être bénéfique et éviter une dichotomie particulièrement lourde.

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