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Questions de classe(s)

Compte rendu de l’atelier 15 : L’école du « Ce qu’il me plaît de faire », avec Nestor Romero

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Compte rendu de l’atelier 15, jeudi 30 janvier :

Nestor Romero se présente comme professeur d’espagnol en collège, ayant enseigné en ZEP ainsi qu’à l’école Decroly. Au tout début de l’atelier, cette question fondatrice : Pourquoi tu enseignes ?

Quelques réponses des participants :

- Pour Allumer des feux et non pas remplir des vases.
- Pour que mes élèves comprennent le monde qui les entoure, dans le domaine technique plus spécifiquement.
- J’enseigne en maternelle pour aider les enfants à se découvrir, se connaitre et me connaitre moi aussi....
- Enseigner c’est lutter contre l’ignorance de la société. C’est un combat « contre », l’abrutissement généralisé !
- Parce que j’aime les enfants et ma matière l’histoire géographie.
- Au début j’ai voulu enseigner pour sauver le monde et c’est l’école m’a aussi sauvée.

Nestor Romero avoue se poser la question de façon plus caustique : « j’enseigne pour produire des ressources humaines ou pour essayer de permettre à chaque enfant de prendre conscience de ce qui lui plait de faire ? ».
En tant qu’enseignant on ne peut nier le fait que l’on produit des ressources humaines. Surtout lorsque l’on enseigne en ZEP où l’on collabore plus directement encore à la production de ces « ressources humaines » : concept issu de l’idéologie néolibérale.

Comment peut on subvertir cela, et comment faire en sorte d’avoir des pratiques qui correspondent à ce que sont les enfants, ce qu’ils ont envie de faire et ce qu’ils ont envie d’être ?
La questionne débute par un « comment », levier d’interrogation pédagogique.

Etant conscient du fait que dans toute société il y a des taches ingrates, Aristote parle de « tracas domestique »1 ou de « taches avilissantes ». Edgar Morin « parle de la question du prosaïque », notion opposée au « poétique » terme que l’on retrouve chez Foucault qui prône une « vie éthico poétique ». Il y a donc un jeu sur l’opposition prose et poétique. Pour J. Rancière, c’est la question inaugurale de la philosophie : que distingue ceux qui sont choisis pour toute leur vie assurer des taches prosaïques, et ceux qui accomplissent les taches intellectuelles. Qui opère ce partage des taches ?

Quelles sont nos pratiques pour lutter contre ce déterminisme ?

-laisser plus de place à l’élève, à la construction d’une autre représentation de l’école.
- se demander quelle société on veut, prendre conscience de cette hiérarchisation du savoir, avec les personnes dites manuelles d’une part et les intellectuels d’autre pat.
- Il ne faut pas oublier de remettre en cause nos propres représentations. On peut aussi constater sur le long terme suite un suivi des élèves, certains effectuant des tâches relevant de l’artisanat plus épanouis que des élèves que l’on force à faire des études longues et à qui ça ne convient pas.

Comment faire pour désigner les gens qui fassent ces taches avilissantes en toute justice ?

Il y a d’abord un travail de conceptualisation à faire. Cette autre école que l’on souhaite, répondrait-elle de façon plus satisfaisante à la question initiale ? Il implique donc de re penser l’enfant propose nestor Roméro. Est-ce un adulte en devenir ? Un futur adulte ? On le pense souvent en tant qu’être inachevé, en tant que futur producteur. Il faut avant tout le penser en tant que « personne » au sens kantien. Il doit être considéré comme non plus comme un moyen, mais comme une fin en soi, un individu. Cela implique qu’on doit penser qu’il a le droit de vivre sa vie d’enfant dans un ici et maintenant.

Qu’est ce qu’une école comme lieu de vie ?

-On devrait d’abord consulter les enseignants pour les questions d’urbanisme. Et ainsi repenser l’architecture en pensant l’école comme lieu de vie.
- On souligne l’importance des loisirs. Mais en sortant de l’institution et de toutes les contraintes qu’elle impose. Si on prend l’exemple des centres de loisirs, on remarque depuis des années un rétrécissement des possibilités d’action et une tendance au « sécuritarisme » extrême.
- L’importance est de sortir du cercle des convaincus. Comment arriver à renverser ce colosse qu’est le modèle que l’on a subi ?
- Comment faire pour que les expériences innovantes ne subissent pas une gentrification ? L’école idéale telle qu’on la dessine n’est-elle pas élitiste ?

N.R : Vivre c’est faire : parce qu’apprendre c’est aussi faire. On apprend en faisant. Donc apprendre c’est vivre. L’école est un lieu de vie dans lequel on fait et ce faisant on apprend.
Pourquoi apprendre ? Pour découvrir ce que l’on veut être. Et parvenir à être cela. On peut reprendre la notion de Conatus selon Spinoza : cet effort de l’homme pour persévérer dans son être. Or à l’école apprendre est un supplice et ne permet pas de se réaliser. Or, l’activité cognitive est un sport de combat, ainsi qu’une jouissance.

L’idée de l’école peut être résumée par Decroly : médecin psychologue belge, inventeur de la méthode « globale » de lecture.2 Decroly disait que l’on apprend par la vie dans la vie, que faire c’est construire, c’est reconstruire sans cesse ces lieux de vie. Et donc réaliser des choses. On peut donc jouer sur l’environnement et penser une sorte de pédagogie du projet. Or, on sait que le mot a été récupéré par l’idéologie néolibérale. On peut proposer le mot « dessin » ; on réalisera des « dessins » avec les enfants.

Quelles méthodes pour une "autre" école ?

a) Le « quoi de neuf ce matin ? » Le groupe classe s’exprime, et deux prennent des notes. A partir de là on fixe un dessin. C’est donc une activité de parole et d’écriture. La structure mise en place est là pour « contraindre » à parler bien.
b) Cela peut être, comme le faisait Freinet, mettre en place une correspondance scolaire. On peut aussi instaurer une imprimerie scolaire, pour faire des journaux etc.
c) Pour clôturer une journée, on peut mettre en place « le retour réflexif ». On écrit sous le contrôle des enseignants, pour répondre à la question qu’est ce que j’ai appris aujourd’hui ?
d) L’évaluation. Ce que l’on fait doit être soumis à « l’observation bienveillante » et non à l’évaluation. L’enseignant note ce qui a été appris, ce qui n’a pas été appris, et ce qu’il faut apprendre maintenant. Il note les processus à mettre en place pour une remédiation.
e) Enfin, faire venir les parents dans les classes est une bonne façon d’ouvrir l’école.

Un des outils privilégié des profs, c’est l’improvisation. Il faut guetter ces événements du quotidien qui peuvent devenir des « boulevards pédagogiques ».

Remarque  :

-Comment, au collège, au sein de ma discipline, faire cela ? Travailler avec les collègues ce n’est pas toujours évident. La notion de projet ne me met pas si à l’aise que ça, car je trouve que c’est une notion d’adulte. Les projets qui vont être montés en interdisciplinarité ne sont pas un problème, c’est même encouragé par l’institution. Il faut être honnête : on a un métier en or, on peut très bien ne pas suivre le programme : ne pas remplir le LPC, ne pas faire lire les œuvres complètes pour les élèves en difficultés. Et je le souligne : il ne faut pas craindre l’inspection. (Enseignante en français, dans le secondaire).

N.R : L’improvisation, c’est ce qu’il y a le plus difficile à faire. Tenter de saisir au vol les intérêts des élèves pour construire des apprentissages.

En conclusion, rappelons qu’Edgar Morin demande la multiplication d’expériences pilotes, qu’un maximum d’enseignants travaille sur une école différente, qu’il y ait une expérimentation féconde. Il faudrait donc faire une fédération des expériences innovantes, pour mettre en lien les différents acteurs et mutualiser les pratiques innovantes et subversives. On peut citer l’alliance du « Printemps de l’éducation », dont l’ambition est de créer un réseau d’acteurs qui œuvrent pour un renouveau éducatif, et veulent partager les pratiques pédagogiques innovantes. Il s’agit de créer du lien pour à terme, changer les politiques éducatives à l’aide d’une construction d’une « masse critique ». Le Printemps de l’éducation (http://www.printemps-education.org/ ) cherche à remettre l’enfant au centre de l’éducation afin qu’ils puissent apprendre dans « la joie, la créativité, l’autonomie, le respect, la coopération, la paix ». Une école démocratique, et l’école qu’il faut tendre à créer, c’est donc une école où les enfantssont libres d’aller en cours ou non. C’est un lieu de vie si intéressant que les portes doivent rester ouvertes.

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