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Questions de classe(s)

Il n’a que ce mot à la bouche...

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Il n’a que ce mot à la bouche le ministre de l’Éducation : évaluation ! Et quelques autres, compétition, compétences, performances, modernisation… Qu’est-ce à dire ? Quelle sorte d’école souhaite-t-il construire ainsi ?

Le hasard et l’inattention me conduisent subrepticement sur le site du « Figaro » : un haut-le-cœur ! Je lis : « pragmatique mais avant tout libéral […] le ministre de l’Éducation a donné toute la mesure de son ambition pour l’école et ses professeurs. Évaluation du système, autonomie des chefs d’établissement, contrat d’objectifs, introduction d’une part variable dans le salaire des enseignants de l’éducation prioritaire renforcée. L’heure de la modernisation des ressources humaines (sic), du management et de l’obligation de résultats est-elle venue ? […] JMB rêve d’un système fait de souplesse, où l’évaluation des élèves, des enseignants aura toute sa place... »

Notons d’emblée que dans la langue du prétendu libéralisme, « modernisation » signifie toujours régression, retour à la contrainte. Ainsi cela fait plus d’un demi siècle que les prétendus libéraux rêvent de revenir au temps des « bons points », des « compositions trimestrielles », des classements, du garde-à-vous dans la classe, de la toute puissance du chef d’établissement et des inspections terrorisantes.

Cela de manière à réaliser les « objectifs » en matière d’acquisition de compétences par les enfants et tout cela bien sûr dûment évalué par une évaluation dite « diagnostique » dont le diagnostic permettra de séparer le bon grain de l’ivraie. Mais qu’est-ce donc qu’une compétence dans le jargon de l’institution scolaire ? Ni plus ni moins qu’une structure d’enfermement dans laquelle on cloître chaque enfant avec mission de réaliser des performances. Or la réalisation de performances contrarie nécessairement l’acquisition d’une culture .

En effet, réaliser une performance qui serait le signe de l’acquisition d’une compétence (savoir résoudre une équation de telle manière, à tel moment de l’année, par exemple) enferme l’enfant dans la course à ce seul objectif et le prive de l’ouverture d’esprit nécessaire à l’appréhension de la culture c’est-à-dire de la connaissance du monde qui l’environne. De fait la pédagogie des compétences, des performances, de la compétition et de l’évaluation discriminante favorise évidemment les enfants qui évoluent depuis leur naissance dans un monde culturellement riche mais plus encore ceux qui évoluent dans un monde où est sanctifiée la compétition sans autre préoccupation que la « gagne » comme disent les sportifs professionnels.

Et ce n’est pas par hasard, par inadvertance ou par incompétence que les laudateurs de la compétition dans tous les aspects de la vie sociale travaillent sans cesse à faire de l’école une arène sur le sable de laquelle se livreront des combats dont les vainqueurs, toujours les mêmes, les mieux « coachés » par leur famille, constitueront la future « élite » consciente et fière de son « excellence » tandis que la multitude des vaincus demeurés sur le sable n’aura d’autre ressource que se mettre, se soumettre, au service des « gagnants ».

Ce n’est pas par hasard car, je le disais voici déjà quelques années dans un livre qui rassemblait mes chroniques de la Rue89 (Restez assis les enfants, lulu.com, 2013) :

Il est, dans toute société, des tâches inéluctables que nul ne choisirait d’accomplir... s’il avait le choix. Comment alors sont désignés celles et ceux qui auront, leur vie durant, à assumer ces besognes prosaïques, fort souvent mortifères ?

Par la compétition évidemment, dont on sait d’avance quels sont les vainqueurs. Aux exceptions près et en dépit du trop fameux « ascenseur social » et de la prétendue « égalité des chances » dont le complément « chances » infirme le substantif « égalité ».

Cette école des compétences ( et non de la compétence) dans laquelle on impose aux enfants, de réaliser des performances c’est-à dire de courir dans un couloir les yeux rivés sur le fil d’arrivée de sorte qu’ils sont privés du regard de côté, du regard autour, du regard sur le monde, qu’ils sont privés dans cette course effrénée de la possibilité de penser, cette école est une école insensée.

C’est là toute la différence entre une école des compétences et une école de la compétence c’est-à-dire de l’éducation laquelle se déploie dans l’élaboration et la réalisation d’un « projet ». Et c’est précisément au cours de la réalisation de ce projet que sont acquises les compétences nécessaires à le mener à bien par l’intervention de leçons dispensées, à propos, par le professeur et qui alors sont des leçons « sensées » puisque chacun sait désormais « à quoi ça sert ».

L’école des compétences est celle du réflexe, du conditionnement, de l’évaluation qui incite à la tricherie, de la compétition qui incite à la violence. Elle est celle de l’hybris quand l’école des « incompétences » et de la culture est celle de la tempérance qui incite à penser ? Celle de la pensée.

Mais tout cela a tellement était rabâché depuis des années et des années que l’on, s’interroge sur l’utilité de le dire une fois de plus et que l’on se demande parfois si l’on ne perd pas son temps à ramer ainsi à contre-courant en attendant la catastrophe inéluctable à laquelle nous conduisent les aberrations conceptuelles et mortifères que sont les évaluations de compétences en compétition, non seulement à l’école mais dans la société toute entière.

Nestor Roméro

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