jeudi, 15 novembre 2018|

8 visiteurs en ce moment

 
Questions de classe(s)

...Hantés par nos publics

Version imprimable de cet article Version imprimable Enregistrer au format PDF

Dans la littérature ou le cinéma fantastique, les fantômes constituent un élément majeur de toute intrigue. Les fantômes sont la plupart du temps représentés comme des « revenants » c’est à dire comme des personnages qui reviennent d’entre les morts pour hanter un lieu.

S’ils s’acharnent sur une personne, l’intrigue est là pour nous raconter petit à petit que c’est parce que le fantôme a une histoire , un secret terrible en lien avec cette personne ou ce lieu.

C’est la dialogie de la crypte et du fantôme, théorisée par Nicolas Abraham. Le fantôme est à la fois le gardien et le révélateur d’un lieu caché ou dissimulé qui recèle surtout un horrible secret ; c’est la crypte. Crypte et fantôme constituent ainsi une dyade qui se protègent, se dissimulent et se révèlent mutuellement.

La découverte de l’un, amène à la découverte de l’autre et à la révélation d’une vérité cachée. C’est cette révélation qui en quelque sorte libère le sortilège et met fin aux phénomènes indésirables.

En Pédagogie sociale, on ne choisit pas nos publics, ce sont nos publics qui nous choisissent ; ils nous convoquent et ils nous hantent.

Sans cesse , tels des fantômes, ils reviennent. Nous nous sentons également démunis face à eux. Nous n’avons pas le début d’une solution durable aux problèmes qu’ils nous présentent. Nous n’avons ni pouvoir, ni qualification extraordinaire. Pire , nous n’avons été désignés par personne, mandatés par quiconque pour « traiter », « gérer », le fond et la forme de leurs problématiques. En quelque sorte, nous sommes hantés.

Face à une demande aussi brute, qu’aucune procédure, qu’aucune posture professionnelle ou habitude institutionnelle n’a encore filtré, nous observons sur nous mêmes et sur notre équipe des effets bien connus. On tente de se protéger du public, ou de le fuir ; on aimerait le tenir à distance.

Professionnels et stagiaires ont une tendance naturelle à se concentrer dans les bureaux. Les portes se ferment. D’aucuns les claquent avec rage et énervement. On se met à crier : « Silence ! »

C’est que tout cela est bien difficile. Comment ne pas avoir peur devant des faims de loup, des soifs incommensurables, des plaintes interminables, des attentes éternelles ? Comment ne pas trembler devant des situations insolubles, des cumuls incroyables de difficultés, d’empêchements et de handicaps ?

Nous retrouvons là tout ce qui a constitué la sédimentation des institutions actuelles ; toute cette somme de tentative de mise à distance, de rationalisation réflexes de se défausser, de dire que ce n’est « pas à nous de faire », qu’on n’est « pas là pour ça », pas compétents, pas qualifiés. Que ce n’est pas notre travail.

Le problème c’est que celui qui s’enferme vis à vis du public se retranche également du Monde ; celui-ci ne voit plus comment les choses se jouent, comment les malheurs se produisent et s’articulent.

Il lui échappe qu’il en rajoute à toute la somme des empêchements, des impossibles et des abandons. En s’empêchant d’agir, le professionnel s’empêche de comprendre ; en s’empêchant de comprendre, il se désespère.

De même que les fantômes empêchent la Vérité de se perdre et que ainsi ils contribuent à garder espoir dans le Monde, nos publics empêchent que nous perdions de vue les vérités sociales, économiques, environnementales et politiques de notre temps. On préférerait ne pas voir à travers eux, ne pas savoir. Mais il le faut bien. La capacité d’agir est à ce prix et ce n’est pas cher payé.

Alors notre pédagogie nous conduit à réagir, à sortir du bureau à la porte mal fermée, à aller au devant de celui qui nous intimide ou nous effraie. A nous faire la violence qu’il faut pour aller demander à l’autre ce qu’il veut et ce qui l’amène.

C’est ce qu’apprennent de plus fondamental nos stagiaires , nos services civiques, nos volontaires et nos permanents dans notre organisation. « Porte toi au devant, adresse toi à l’autre, et pose lui les questions qui comptent. »

— 
Laurent Ott,

Intermères Robinson - Espace de Vie Sociale/ CENTRE SOCIAL
Longjumeau- Chilly- Massy et Nord Essonne

Site, blog et bien plus encore : http://www.intermedes-robinson.org

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Lien hypertexte

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)

 
À propos de Questions de classe(s)
Questions de classe(s) Lire, écrire... lutter Acteurs de l’éducation : parents, travailleurs, chercheurs, issus de différents horizons associatifs, pédagogiques, syndicaux, etc., nous pensons que la question scolaire est une question politique. Notre pari est de proposer un espace (...)
En savoir plus »
Fils de nouvelles RSS

Lettre d’info n° 13 / février 2013[tiré de N’Autre école le 17 mars 2013]

Livres jeunesse hiver 2012-2013[tiré de N’Autre école le 17 mars 2013]

0 | 2 | 4 | 6 | 8 | 10 | 12 | 14 | 16 | ... | 1412