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Questions de classe(s)

Évaluations : contrôles ou valorisations ?

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Sans tenir compte du bien être de l’élève, de l’enfant, des évaluations nationales se succèdent en CP et en CE1. Non seulement elles mettent l’enfant en situation de performance stressante, mais elles transforment la classe en usine à exercices, à écrits évalués sans laisser de place à l’expression, l’expérimentation, la recherche… la curiosité sur le monde est très vite étouffée. En effet, en amont des évaluations on s’y prépare, en aval on remédie et le temps laisser à la découverte du monde se rétrécit d’autant.
Une porte ouverte aux écoles privées pour les familles qui auront les moyens de choisir un établissement plus ouvert sur le monde !
Mais c’est pour le bien de l’élève, nous dit-on, pour qu’il progresse… oui, mais dans l’exécution immédiate, pas dans la compréhension, l’appropriation et le réinvestissement.
« L’école de la confiance » portée par le ministre dans tous les médias se méfierait-elle tant des enseignants, voire des élèves pour qu’elle les contrôle, les évalue si souvent ? Que fait-elle de la bienveillance prônée ?
D’ailleurs, pourquoi une évaluation devrait-elle être bienveillante pour les élèves ? Ne faut-il pas mieux habituer l’enfant – surtout des milieux populaires – à la performance, au stress, voire à la souffrance qu’elle entraîne, car une fois adulte, la société, le travail ou sa recherche au quotidien ne lui feront pas de cadeau.
L’enfant, l’adolescent passe le tiers de sa vie à l’école pendant plus de dix ans, ce n’est pas rien, surtout quand son envie de savoir et son désir d’apprendre s’éteignent car il ne s’estime plus en capacité d’apprendre : « je suis nul, ce n’est pas la peine… » et ceci dès le CP !
L’intérêt de l’enfant n’est vraiment pas au centre des préoccupations des décideurs et ce ne sont pas les cérémonies d’anniversaire des trente ans de Convention internationale des droits de l’enfant qui vont changer la situation. Les enfants ont des droits certes, mais également des devoirs rappellent-ils régulièrement !
Certes ce n’est pas nouveau, mais la recherche de l’excellence et la concurrence entre individus s’installent de plus en plus tôt dans la vie de l’enfant pendant qu’elle se développent partout dans la société.
Évaluer, c’est contrôler et estimer une performance. Alors, on la quantifie et on en mesure les écarts ; on recherche une conformité ; on met au point des critères, des dispositifs. On compare, on fait des statistiques : les bons élèves, les bonnes classes, les bons établissements, les bons pays… Et en 2019, cette idée de l’évaluation perdure.
Et paradoxalement, beaucoup d’élèves et de parents attendent les résultats scolaires comme un dû, une rétribution ou une récompense. Il faut dire que l’École depuis la maternelle se charge de leur faire comprendre les règles de cette course au long cours : ceux qui ont les meilleurs notes seront les mieux servis en terme de choix d’orientation, de diplôme et donc de valorisation sociale.

Heureusement, dans des classes, des écoles, des collèges… il n’y a pas de notes : que ce soient des chiffres, des « acquis » ou en « cours d’acquisition », des lettres accompagnées de plus et de moins, de petits bonhommes contents ou mécontents, de points verts ou rouges…
Mais ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de notes qu’il n’y a pas d’appréciation, ni d’évaluation.
En effet, l’enfant, l’adolescent, comme l’adulte d’ailleurs, lorsqu’il crée, qu’il produit, qu’il fournit un travail éprouve le besoin de montrer, de savoir ce que l’on pense de sa création, de sa production, de son travail. Par rapport à lui-même, pour visualiser ses progrès, ses réussites, ses échecs ; pour évaluer ce qu’il a acquis, ce qui lui reste à savoir, et également par rapport au groupe qui aide l’enfant à se situer et à se repérer.
L’évaluation peut revêtir trois formes : l’évaluation de l’élève par lui-même (l’auto-évaluation), par le groupe, la classe et par l’enseignant.
L’interaction de ces trois aspects aboutit à une autre sorte d’évaluation qui profite en premier à l’enfant, à l’adolescent.
Évaluer devient ainsi donner de la valeur, valoriser.
Ce n’est plus un dispositif, mais une démarche, un processus où les cycles sont essentiels, car ils permettent d’accueillir les cheminements singuliers et de respecter les différents temps d’apprentissage, d’appropriation, de réinvestissement de chaque enfant, de chaque adolescent.
Un processus où le couple « s’autoriser » et « créer » lui permet de devenir acteur et de plus en plus auteur.
On est bien loin de la réussite aux dépens des autres.
On est dans une réussite solidaire et non compétitive.
C’est cela aussi la bienveillance !

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