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Questions de classe(s)

#CLIC2018, la mise en orbite.

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Le premier congrès de l’association loi 1901 Inversons La Classe ! avait vu, en 2015, au lycée Montaigne à Paris, le lancement d’une fusée dont certains prédisaient l’explosion en plein vol, et dont les organisateurs eux-mêmes ne pouvaient prévoir la trajectoire.

Le troisième congrès, CLIC2018, qui s’est tenu du 29 juin au premier juillet 2018, à l’université Descartes, a été celui de la mise en orbite d’un satellite qui entend poursuivre sa révolution autour d’un astre peut-être pas si inamovible qu’il y paraît : la planète Éducation nationale.
Quel chemin parcouru en un peu plus de quatre ans par ce collectif de professeurs ! Les 500 congressistes s’en aperçoivent dès l’entrée, lorsque leur est remis le programme papier du CLIC2018 : un livret de 280 pages qui présente les abstracts de plus d’une centaine d’ateliers. À observer chacun éplucher le menu et faire sa sélection, c’est tout de suite une ambiance festival d’été qui s’instaure dans le hall : mini-conférences, retours d’expérience, tables rondes, ateliers participatifs, escape games...

"Où aller ? On voudrait tout voir, tellement tout nous intéresse !
Trop dur de choisir..."

La fac Diderot se transforme en ruche dont chaque atelier constitue une alvéole, et au moment des pauses, le hall bourdonne des échanges de ceux et celles qui élaborent déjà leur propre classe inversée : quels outils choisir ? Pour quels objectifs ? Quel protocole ? Pour quel public ?

À chacun.e de fabriquer son propre miel... car en effet, point de dogme ici ; simplement un désir de partager, d’échanger et de mutualiser ; point d’injonction non plus, mais plutôt une invitation à pousser la porte de la classe inversée. C’est exactement ce que la présidente de l’association, Héloïse Dufour, n’a cessé de répéter durant ces quatre dernières années : « la classe inversée est une porte ouverte sur les pédagogies actives qui peut changer profondément l’école publique ». Certains ont même poussé la porte si fort qu’ils l’ont enlevée de ses gonds : ici, on laisse les élèves visualiser en classe la capsule vidéo (le cours en ligne) et là on leur demande de fabriquer le cours, voire de préparer eux-mêmes l’évaluation ! On est alors bien loin de la définition de départ : « la classe inversée, c’est le cours à la maison et les devoirs en classe ». Et d’ailleurs est-ce toujours de la classe inversée ? Et est-ce vraiment une innovation ?

Marcel Lebrun, professeur en technologies de l’éducation à l’Université Catholique de Louvain, Docteur en Sciences physiques et auteur de plusieurs publications sur les classes inversées, répond à ces questions :
- À tous ceux qui me disent : la classe inversée, ce n’est même pas une innovation !... J’ai envie de leur répondre : « Je m’en fous ! »
La classe inversée est protéiforme, elle se décline au pluriel, souvent hybride, jamais exclusive : « il y a autant de classes inversées que de professeurs inverseurs » , scande Marie Soulié.

Quels points communs, alors ? Et pourquoi cet engouement ? Et pour quel message ? Certains observateurs s’y perdent et les Cassandres du net ont beau jeu de prédire la récupération de ce mouvement par les entreprises du numérique ou le ministère de l’Éducation nationale... Si parmi les sponsors et partenaires dont le logo orne la couverture du programme, ils ne retiennent que la présence de Microsoft, il faut savoir que l’association a restreint leur pouvoir d’influence en limitant leur aide financière. Ainsi pour un budget total de 60355 euros, la subvention de la DNE est de 25000 € après un dossier qui leur a été adressé ; la vente des espaces sur le CLIC aux partenaires a produit une recette de 20300 € ; la facture à Éducation et Territoires qui portait Microsoft est de 4000 € ; la recette des participants est de 15055 €.

Quant à l’invitation de représentants de l’institution, comme Franck Ramus, membre du conseil scientifique de l’Education nationale, et Cedric Villani, elle semble naturelle aux membres d’une association qui entend changer l’école publique depuis la base, en cherchant le soutien des instances de l’Education nationale. Déjà, en 2015, Catherine Becchetti Bizzot, directrice de la DNE, ou Florence Robine, DGESCO, en 2016, étaient intervenues. C’est que l’association se bat au cœur du système, parfois contre lui, afin de ne pas laisser l’apanage des pédagogies alternatives au privé.

Cependant Inversons la classe ! joue les équilibristes, il est vrai, entre le besoin de subvention et l’esprit d’indépendance ; entre la recherche du soutien de l’institution et la volonté d’autogestion ; le besoin de locaux, de personnel, lors de ses congrès et le désir de tendre vers la gratuité des inscriptions.
De par ses interventions diverses autour d’un thème commun : " le changement de posture pour apprendre ", ce congrès a été celui de l’agrégation autour de l’association de pratiques et de mouvements prônant la pédagogie active. En effet, l’inversion marque un basculement des rapports entre les trois constituants du triangle pédagogique : l’élève, le maître et le savoir. C’est en cela que l’inversion ouvre bien des perspectives.

L’assemblée générale de l’association aura permis de souligner combien elle a pesé dans la propagation de l’inversion dans les pratiques enseignantes, et combien ses ambitions se heurtent au manque d’argent. Au terme de ses quatre années à la tête de Inversons la classe !, Héloïse Dufour passe le relais à un.e autre président.e, au nom de la rotation des mandats. Que souhaiter pour la suite à la nouvelle équipe ? Confirmer le lien noué lors de cette édition avec les mouvements pédagogiques de type Freinet ou pédagogie institutionnelle, étendre la dimension nationale voire internationale de l’association (lors des CLiSE par exemple, semaine où se multiplient des événements autour de la classe inversée), faire une plus grande part au logiciel libre et surtout continuer à conquérir cet univers vacant mais ouvert aux professeurs : pas celui du pédagogisme, non, mais celui de la pédagogie.

Jean-Marie Le Jeune

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