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Questions de classe(s)

ALIGNER LES ÉTOILES

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Les 1ère KroniKs de l’année 2018 ont publiées.

Nous sommes en difficulté, en Pédagogie sociale pour coordonner cette exigence d’inconditionnalité que nous avons avec la nécessaire temporalité des grands projets et apprentissages. Comment à la fois , chaque jour, fonder notre travail sur l’accueil de l’événement, l’accident, l’inattendu et l’impondérable comme marque de réalités, et les exigences de projets ambitieux et de programmes ?

Faut il s’en passer et faire de l’atelier de rue , l’unique modèle en quelque sorte du type de travail que nous réalisons ? Il en constitue en tout cas la source principale. Pour autant, nous revenons toujours vers ce besoin de dépasser l’instant et le « déjà là » et de bâtir des œuvres plus ambitieuses : notre troupe de danse, « Aven savore ! » , en est un exemple, et il y en a beaucoup d’autres. Ce dépassement est à la fois un besoin qui vient de l’interne de notre groupe, comme une volonté de montrer quelque chose de grand, d’étonnant , de marquant ; mais c’est aussi un besoin, pour le collectif lui-même, de reconnaissance institutionnelle , sociale et collective dont on aurait du mal à se passer.

Comment dès lors intégrer une haute ambition à notre pédagogie de l’acceptation ? Nous avons sur ce sujet le secours d’un pédagogue social dont on parle peu car son nom reste lié aux vestiges d’une guerre froide enterrée, ou à des vieux noms d’écoles primaires, dans de vieilles cités communistes. Sa réputation semble liée à l’évocation même d’un système bureaucratique , vis à vis duquel pourtant il a été toute sa vie critique : Anton Makarenko.

Makarenko est le penseur de l’hétérogénéité par excellence et presque paradoxalement (vis à vis de l’idéologie auquel on l’associe) très « anti système », « anti programme »‘.
Son « Poème pédagogique » est rempli du rejet violent de toutes les « méthodes toutes faites », et des principes intangibles. Pour lui les événements ont un cours imprévisibles et cela implique de ne pas enfermer la pédagogie dans un carcan réducteur. Il s’interdit à lui même d’enfermer sa pensée dans un domaine définitif. Est il libéral ou autoritaire ? Novateur ou rénovateur ? Démocrate ou tyrannique ? Il est difficile d’en juger tant son récit de la vie, ses peintures des réalités sociales sont riches et variées, comme la pensée qui les accompagne.

Pour autant , Makarenko retire de son expérience quelques vérités fermes dont nous pouvons nous inspirer ; et l’une qui me paraît la plus importante apparaît chez lui comme une simple observation : l’Enfant a besoin, dit-il, de trois horizons, en même temps, concomitants pour avancer et progresser à la fois comme individu et au sein d’un groupe : du court terme, du moyen terme, et du long terme.

Cette triple nécessité (qu’il réunit sous l’énoncé : « L’enfant a besoin que demain soit plus beau qu’aujourd’hui », peut nous causer bien du trouble.
En effet , ne sommes nous pas dans une période où nous sommes tous et tout le temps certains du contraire ? A savoir, que l’avenir sera pire que le présent ? Que le destin des enfants sera plus difficile que le nôtre ? Que pour tous, comme pour chacun, l’avenir nous se présente comme une menace plutôt qu’une promesse ?

Il y a donc quelque chose de révolutionnaire à croire au jour quand il fait nuit et à espérer toujours et encore un peu de bon dans tout ce qui change et advient. Et cette espérance, nous devons non seulement l’avoir mais la rendre tangible, pour chaque enfant , pour trois niveaux d’avenir :

Les 3 niveaux d’avenir :

Il faut d’abord prendre le conseil de Makarenko à la lettre. dans nos actions, nos propositions vis à vis de nos publics hétérogènes. Nous prenons en compte les enfants avec qui nous travaillons dans toute l’étendue de leur condition, dans leur propre niveau de vie, et avant d’imaginer avec eux le moindre projet, la moindre aventure, il faut pouvoir leur promettre triplement de l’avenir.

D’abord, dans un premier temps, les enfants , les participants ont besoin d’une finalité immédiate à l’échelle du moment, sur le temps même de l’atelier. Tout atelier doit aboutir, à une réalisation, une œuvre, même sociale. C’est à dire un instant où nous pourrons nous dire que nous ne nous sommes pas réunis pour rien.

Puis, dans un second temps, vient le moyen terme ; il est de l’ordre de quelques séances, quelques semaines. C’est quelque chose de plus grand , qui découle logiquement de notre travail actuel. C’est un avenir à notre portée, réaliste , qui ne nous met pas en échec , même si nous vivons dans des conditions précaires. Il y a dans cet avenir à « mi chemin », comme une notion de petite victoire sur le temps , celle d’avoir réussi à construire quelque chose ensemble sur une certaine durée. Il faudra le fêter, le célébrer.

Enfin, dans un troisième et dernier temps, vient le long terme, c’est à dire la dimension du sens. Ce long terme correspond au chantier où nous construisons nous-mêmes et où nous transformons notre environnement. Bien sûr ce n’est ni gagné , ni pour demain, mais ce qui compte c’est d’avoir un tel cap, un horizon, d’être sûr d’aller quelque part , de ne pas tourner en rond.

Alignement des étoiles

Chacun de ces trois niveaux d’échéance est comme une étoile. Il importe que chacune scintille, qu’elle ait sa place. A trois, elles forment une boussole. Séparément, elles n’ont pas vraiment de sens. Mais en pédagogie sociale, la question de ces « trois avenirs » va plus loin encore.

Dans nos pratiques, dans nos ateliers, ce qui compte, c’est l’alignement et la cohérence de ces trois avenirs entre eux.

C’est chaque jour, à chaque séance , que nous devons mettre en correspondance , de montrer la cohérence de ce que nous réalisons à l’instant, sur une plus longue durée et à long terme. Il doit s’agir de la même cohérence, du même sens

C’est quand nous y parvenons que nous levons la difficulté de passer du simple travail éducatif de rue, à une pédagogie plus ambitieuse ; quand nous pouvons assurer la disponibilité, l’accueil de l’événement, l’inscription dans ce qui arrive, et à la fois, réaliser des œuvres ambitieuses.

Nous aurons ainsi, sur les mêmes lieux et les mêmes temps des enfants ou des adultes qui travaillent ensemble mais pas pour les mêmes temporalités.
Et pourtant , leur travail sera compatible, coordonné et bien que chacun avance à son rythme, tous feront groupe dans une même conscience.

Laurent Ott,

Intermères Robinson - Espace de Vie Sociale/ CENTRE SOCIAL
Longjumeau- Chilly- Massy et Nord Essonne

Site, blog et bien plus encore : http://www.intermedes-robinson.org

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