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Les toilettes des écoles, état des lieux

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Extrait de l’entrée sur La cour de récré et les toilettes du Dictionnaire des pédagogies critiques.

Il en va souvent de même sur la question du désintérêt des équipes pour la question des toilettes. Cette terre d’asile pour les filles-proies est finalement bien peu accueillante. Et là encore, lorsque la question des toilettes est posée par les parents délégués les équipes pédagogiques haussent les sourcils en regrettant que les thèmes abordés ne soient pas davantage d’ordre scolaire. Alors que les parents mettent le doigt exactement là où l’école n’est pas à la hauteur. La cour de récréation et les toilettes restent des impensés du programme scolaire alors qu’ils influencent énormément le bien-être des élèves à l’école.

En 2023 un article du Ouest France pointait le mauvais état des sanitaires à l’école : « Le diagnostic des toilettes scolaires est pourtant connu et identifié. Il est encore revenu sur le devant de la scène de manière criante avec la dernière crise sanitaire puisque, par exemple, 24 % des écoles n’avaient même pas un nombre de points d’eau suffisant pour répondre à l’exigence du lavage des mains. « En cinquante ans la situation a peu évolué, faute d’intérêt et d’engagement collectif », constatait un an plus tôt Marc Sanchez, soulignant qu’aucun « adulte ne serait prêt à endurer cette situation dans son milieu de travail », avec en conclusion un appel à agir rapidement pour le bien-être de nos enfants. Les toilettes sont non seulement un analyseur de l’institution scolaire du corps, mais aussi du rapport que l’adulte entretient avec le sujet enfant à l’école, réduit par une contrainte par corps à un sujet apprenant qui intéresse au regard de ses seules capacités et développement cognitifs. »

En Belgique le programme de promotion de la santé à l’école Ne tournons pas autour du pot né en 2015 soutient les écoles dans la mise en place d’amélioration des espaces sanitaires. Il rappelle que « la conception panoptique, c’est-à-dire le souci de surveiller, de contrôler absolument tout ce qui se passe dans les WC, a guidé la conception architecturale des lieux ». Cette conception panoptique est à son paroxysme dans les toilettes des écoles maternelles où les cabines ne sont pas présentes et où l’on a simplement alignés des cuvettes de toilettes en faisant fi de toute intimité des élèves. Comme si entre trois et six ans on se moquait de son intimité. J’ai pour ma part des souvenirs de m’être retenue d’aller aux toilettes dès le plus jeune âge pour éviter de faire devant tous mes camarades. L’école maternelle doit participer à la construction de l’intime chez les enfants ce qui peut entres autres les protéger des violences sexuelles. Comment expliquer à un enfant que son corps lui appartient si vous lui demander de faire ses besoins en public ?

Ne tournons pas autour du pot explique également qu’à partir du XIXème siècle les toilettes étaient conçus pour être les moins accueillants possibles afin que les élèves y séjournent un minimum de temps à cause notamment de la hantise « des pratiques sexuelles ». Aujourd’hui les toilettes scolaires n’ont pas tellement évolués et l’objectif pour la surveillance reste le même : minimiser le temps passer par les élèves dedans. Les lieux sont souvent vétustes, on y déplore un manque de papier toilettes, de savon, de poubelles et les normes légales en matière de nombre de WC par élève ne sont fréquemment pas respectées par les collectivités.

Quid de la question des toilettes (et des vestiaires) pour les élèves trans, non-binaires ou en questionnement ? Les toilettes mixtes sont parfois évoquées comme une solution, mais ne serait-ce pas jeter les filles dans la cage aux lions ? L’une des solutions serait peut-être de proposer trois espaces : garçon, mixte, fille, chacun.e pouvant ainsi aller là où iel se sentirait le plus en sécurité.

La question des toilettes et de la cour de récréation doit être reconsidérée par les équipes pédagogiques et les collectivités et doit faire l’objet d’une véritable réflexion. Pourquoi ne pas, par exemple, en faire un point obligatoire dans les conseils d’école dans le premier degré et dans les réunions pédagogiques dans le second degré ?

Margaux Leconte

La Cour de récré et ses toilettes, Dictionnaire des pédagogies critiques

Image illustrant l’article : https://netournonspasautourdupot.be/

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