En luttePédagogie

Face au mépris de classe, une ouverture de classe !

– Communiqué des enseignant·es de l’école Colette Magny (Paris, 19) –

Nous sommes enseignant·es de l’école Colette Magny A, une école du 19ème arrondissement de Paris, au cœur d’une cité HLM. Nous sommes au bord de la rupture. Notre école craque. L’ouverture de classe que nous réclamions depuis le mois de mars a été refusée.  La dernière instance académique a rendu ses « arbitrages »… mais selon quelles règles ?

Certaines écoles non REP obtiennent des annulations de fermeture de classe. Elles pourront donc rester à 18 élèves par classe, même parfois moins.

Par exemple : – une école du 5ème arrondissement (non-REP) ayant 140 d’indice de positionnement social (IPS) a obtenu l’annulation de sa fermeture. Ils resteront donc à 19 élèves par classe en moyenne ( 15,7 élèves par classe en CM1 et CM2).


– une école du 18ème arrondissement (dans un secteur favorisé) ayant 131 d’IPS a obtenu l’annulation de sa fermeture. Ils garderont donc 18,6 élèves par classe en moyenne (16,4 en cycle 3).

Dans notre école en éducation prioritaire (IPS de 92), nous aurons 26 élèves de plus à la rentrée. Il y aura entre 21 et 25 élèves par classe. Cette différence de traitement nous sidère. Il nous est incompréhensible qu’une école REP soit moins bien considérée qu’une école des beaux quartiers.

Notre école n’accueille que des élèves du CE2 au CM2, ce qui implique l’absence de classes dédoublées et le plus faible taux d’encadrement enseignant dans une école REP à Paris.

Cette année, les difficultés se sont accumulées, elle aura été la pire depuis une décennie au moins. Face aux difficultés sociales et psychiques croissantes des enfants qui nous sont confié·es, nous avons tenu bon au mépris de notre propre santé physique et mentale. Toutes et tous les enseignant·es craquent. Les arrêts de travail se multiplient et les quelques rares remplaçant·es, même expérimenté·es, partent au bout de quelques semaines et ne veulent plus revenir. Alors que notre équipe était stable depuis des années, un tiers de notre équipe décide de partir. Certain·es passent à temps partiel, ou démissionnent ou changent de poste. Trop dur : il ne se passe plus deux jours sans qu’un·e collègue ne pleure en salle des professeurs. Les plaintes et signalements d’accidents de services se multiplient comme jamais.

Dans notre cité populaire parisienne, la baisse démographique n’existe pas, et pourtant les injonctions budgétaires et ministérielles se fondant sur cet argument, nous touchent de plein fouet. Dans cette cité HLM, chaque logement social qui se libère est repris par une autre famille. Nos effectifs ne diminuent pas, ils augmentent ! 26 élèves de plus à la prochaine rentrée ! Il y a 3 ans, pour quelques élèves en moins, nous avons perdu une classe, aujourd’hui avec 26 élèves en plus, nous n’avons pas d’ouverture de classe. Quel algorithme de tableau excel peut conclure à ce résultat ?

La situation sociale s’aggrave dans notre quartier d’année en année, les familles et leurs enfants doivent attendre des mois ou plus souvent des années pour être suivies ou avoir des places en ITEP, IME, SESSAD, CAPP, orthophonie, psychologue, psychomotricien.ne etc. La mairie le sait bien.

Notre école labellisée « Arts du spectacle » à notre demande est au bord du naufrage, équipe enseignante, directrice et enfants. Comment mener à bien nos enseignements et les projets artistiques avec des classes surchargées et intenables ?

Nous avons demandé plusieurs fois des audiences aux responsables académiques, sans réponse, nous avons fait grève, nous sommes mobilisé.es, avons lancé une pétition qui a recueilli près de 600 signatures, alerté les parents, les élu.e.s de la mairie du 19ème, tout cela sans résultat. Le 12 mai, jour de la dernière instance académique, notre délégation d’équipe a été reçue au rectorat dans un bout de couloir d’1m50 de large entre les toilettes hommes et femmes sur des chaises pliantes. La honte et le mépris !

Et nous en sommes là.

Notre revendication est claire : afin de limiter la souffrance au travail, nous voulons une ouverture de classe, un peu plus d’adultes pour accueillir décemment ces enfants des classes populaires devenu·es des chiffres de tableau comptable.

Nous n’avons plus grand-chose à perdre, même plus la santé qui pour beaucoup a été atteinte cette année. L’éducation nationale nous rend l’enseignement impossible, nous ne lâcherons plus rien. Dès lundi 18 mai, nous organisons une réunion à 18h pour coordonner non seulement la grève mais aussi la mobilisation de toute notre cité.

Lien vers la pétition :

https://www.change.org/p/pour-une-ouverture-de-classe-suppl%C3%A9mentaire-%C3%A0-colette-magny-a-75-019?recruited_by_id=152d8d10-29cc-11f1-9f95-2b114e4d1317&utm_source=share_petition&utm_campaign=psf_promote_or_share&utm_term=psf_promote_or_share&utm_medium=whatsapp&share_id=KdtpvXSq9m

Lien vers la caisse de grève :

https://www.onparticipe.fr/c/7N3Cttff

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