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La fête de fin d’année au Collège Coopératif et Polytechnique d’Aubervilliers : coorganiser la restitution du travail d’une année.

Le Collectif Questions de classe(s) relaie les chroniques de l’Association pour un Collège Coopératif et Polytechnique à Aubervilliers (A2CPA), à raison d’une chronique par semaine. Voici la quatrième ! Iels ont travaillé pendant 10 ans, entre 2010 et 2020, à élaborer puis mettre en œuvre un projet de Collège Coopératif et Polytechnique dans un des collèges publics d’Aubervilliers (93). Toutes les chroniques peuvent être retrouvées ici.

Chroniques de l’A2CPA (7) – 17/04/2024

Le Collège Coopératif et Polytechnique d’Aubervilliers a ouvert ses portes en septembre 2018 après huit ans de gestation. Un collectif de professionnel·le·s de l’éducation l’avait méticuleusement conçu comme un collège différent où horizontalité des rapports se conjuguait avec diversité des apprentissages, au sein d’un établissement public de quartier populaire. Il a eu deux ans de fonctionnement, avant que le collège Gisèle-Halimi redevienne un établissement “classique” de l’Éducation Nationale.

Par Matthieu Pierrot-Beck*

*Les signatures sont individuelles mais le travail et la relecture sont collectives.

Juin 2019 – C’est le jour de la fête de fin d’année. En début d’après-midi, les parents commencent à arriver. Ils et elles sont accueilli·e·s par des élèves, des adultes du collège et des parents d’élèves qui se sont investi·e·s dans l’organisation. Parent ou élève, chacun·e a son métier, comme pendant les Conseils : certain·e·s servent des rafraîchissements, d’autres expliquent les stands dans la cour et les expositions dans les salles, d’autres encore présentent aussi le programme du spectacle à 16h. D’autres enfin sont pris en charge par des élèves, les huileurs/huileuses, qui les amènent à leur destination.

Là, d’autres élèves sont chargé·e·s, soit d’animer les stands en proposant des jeux, soit de présenter les expositions réalisées lors des différents temps d’enseignement du collège : en classe, en co-enseignement, en atelier, en temps de Travail Individualisé ou en Semaine Interdisciplinaire. Les petits frères et petites sœurs préfèrent rester dans la cour et tester les stands. Les parents sont ravi·e·s de découvrir le travail accompli durant l’année par leur progéniture.

Vers 15h, deux filles de 6e montent sur des chaises. Elles se lancent dans une série de mouvements coordonnés avec les mains, les bras. Elles sont immédiatement suivies par leurs camarades proches, et le mouvement se propage, de proche en proche, jusqu’à irriguer toute la cour. C’est le flashmob qui a été répété depuis plusieurs mois par la professeure de musique. Les parents et certain·e·s professeur·e·s, un peu dépassé·e·s, essayent de s’y mettre et de suivre. Puis, aussi soudainement qu’il a commencé, le mouvement s’arrête et chacun·e reprend ses activités.

L’organisation de la fête a eu lieu, pour une part, en Conseil d’Adultes. Il y a eu des débats, la direction estimant par exemple que la sécurité n’était pas optimale au vue de la jauge envisagée. Des invitations avaient donc été communiquées aux parents d’élèves avec demande d’inscription pour estimer le nombre de participant·e·s. Pour une deuxième part, plusieurs réunions le mercredi après-midi avaient permis à certain·e·s parents d’élèves de s’impliquer fortement. Enfin, les Conseils d’Élèves avaient permis aux élèves de soumettre leurs propositions de stands, d’ateliers et d’expositions et de se porter volontaires pour les différents métiers. Tous ces moments de réunions ont bénéficié des habitudes de coopération prises pendant l’année.

Mais revenons à ce samedi après-midi. Il y a une bousculade à l’entrée de la salle où doit avoir lieu le spectacle. L’atmosphère est surchauffée et il n’y a pas de place pour tout le monde. Le système de tickets mis en place est débordé devant l’affluence. Il faut intervenir pour faire accepter que certain·e·s ne pourront pas voir le spectacle. Il y a des mouvements d’humeur, puis tout rentre dans l’ordre, et les petits sketchs et présentations de danse s’enchaînent, pour le plus grand plaisir des familles.

Dans les salles, les présentations d’exposés se succèdent. Dans la cour, les enfants courent d’un stand à l’autre. Certains sont désertés, certains sont pris d’assaut. La buvette notamment, avec ses bouteilles d’Oasis et ses gâteaux maison est presque dépassée par son succès.

A partir de 17 heures, il commence à y avoir des départs. Une mère d’élève me remercie pour l’après-midi. La petite soeur, qu’elle tient par la main, lui demande : “Maman, quand est-ce que je viens dans ce collège ?”

La fête du collège a été un moment important, l’aboutissement d’une année de travail. Elle s’inscrivait notamment dans une réflexion sur les échanges avec les parents et les restitutions des travaux de leurs enfants. Nous avions aussi eu l’idée de restitutions hebdomadaires le vendredi après-midi et de la mise en place de cahiers de réussites dans lesquels étaient rassemblés les travaux aboutis des élèves. Toutes ces initiatives avaient pour objectif de porter à la connaissance des parents le labeur fait en classe et d’apporter une alternative à l’évaluation notée.

Ces idées n’ont pas toutes abouti. Les vendredi après-midi n’ont été mis en place que rarement, et les cahiers de réussite ont été un demi-succès, notamment car ils n’ont pas été investis par toute l’équipe pédagogique. Mais la fête du collège a été une franche réussite de l’aveu des parents comme des élèves (et de leurs frères et sœurs).

Alors vive les fêtes coorganisées !

collegenouveau.wordpress.com

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