Jusqu’où tiendrons-nous ?
Nous, enseignant.es de l’école Colette Magny A, dans le 19ème sommes au bord de la rupture. Notre école craque. L’ouverture de classe que nous réclamions a été refusée. La dernière instance académique a rendu ses « arbitrages »… mais selon quelles règles ?
Certaines écoles non REP obtiennent des annulations de fermeture de classe, elles pourront donc rester à 18 élèves par classe, même parfois moins.
Nous en REP, 12 classes, 240 élèves, ET 26 élèves de plus à la prochaine rentrée, nous serons entre 21 à 25 par classe. Une école du CE2 au CM2, ce qui implique l’absence de petits pour apaiser le climat scolaire et l’impossibilité de suivre pédagogiquement les élèves du CP au CM2 comme dans toutes les écoles de France.
L’autre école de notre groupe scolaire qui n’a que des classes de CP et CE1 (toutes dédoublées) devait avoir une fermeture et passer à 14 élèves par classe mais, finalement, celle-ci a été annulée, les classes resteront à 12 élèves…
Notre équipe était stable depuis des années (aucun mouvement de professeurs), mais 2026 et le Rectorat de Paris nous donnent le coup de grâce : un quart de notre équipe s’en va. Certain.es passent à temps partiel, ou démissionnent ou changent de poste, trop dur. Il ne se passe plus 2 jours sans qu’un.e collègue ne pleure en salle des professeurs, les plaintes et signalements d’accidents de services se multiplient comme jamais.
Dans notre cité populaire parisienne la baisse démographique n’existe pas, et pourtant les injonctions budgétaires et ministérielles se fondant sur cet argument, nous touchent de plein fouet.
Au milieu de notre cité de tours HLM, chaque logement social qui se libère est repris par une autre famille. Nos effectifs ne diminuent pas, ils augmentent ! 26 élèves de plus à la prochaine rentrée !
Il y a 3 ans, pour quelques élèves en moins, nous avons perdu une classe, aujourd’hui avec 26 élèves en plus, nous n’avons pas d’ouverture de classe. Quel algorithme de tableau excel peut conclure à ce résultat ?
La situation sociale s’aggrave dans notre quartier d’année en année, les familles et leurs enfants doivent attendre des mois ou plus souvent des années pour être suivies ou avoir des places en ITEP, IME, SESSAD, CAPP, orthophonie, psychologue, psychomotricien.ne etc. La mairie le sait bien.
Cette année scolaire aura été la pire depuis une décennie au moins, toutes et tous les enseignant.es craquent et pleurent de panique pour l’année prochaine. Les arrêts de travail se multiplient et les quelques remplaçant.es, (rares), même expérimenté.es, partent au bout de quelques semaines et ne veulent plus revenir.
Notre école labellisée « Arts du spectacle » à notre demande est au bord du naufrage, équipe enseignante, directrice et enfants. Comment mener à bien nos enseignements et les projets artistiques avec des classes surchargées et intenables ?
Nous avons demandé plusieurs fois des audiences aux responsables académiques, sans réponse, nous avons fait grève, nous sommes mobilisé.es, avons lancé une pétition qui a recueilli près de 600 signatures, alerté les parents, les élu.e.s de la mairie du 19ème, tout cela sans résultat.
Le 12 mai, jour de la dernière instance académique notre délégation d’équipe a été reçue au rectorat dans un bout de couloir d’1m50 de large entre les toilettes hommes et femmes sur des chaises pliantes, « La honte et le mépris ! »
Et nous en sommes là.
Aidez- nous, permettez-nous de pas devenir maltraitant.es, en souffrance au travail, et offrez-nous l’air que nous demandons : une ouverture de classe, un peu plus d’adultes pour accueillir décemment ces enfants des classes populaires devenu.es des chiffres de tableau comptable.
Nous n’avons plus grand-chose à perdre, même plus la santé qui pour beaucoup a été atteinte cette année. Alors nous ne lâcherons plus rien, vous nous rendez l’enseignement impossible, nous arrêterons tout !
Lien vers la pétition :
