Classe(s) en questions... les entretiens de Q2C

Collectif Nuées : « la bataille des imaginaires »

C’est au congrès de l’Icem-Pédagogie Freinet, en août dernier, que nous avons croisé la route du collectif Nuées… Tout de suite le courant est passé entre nos deux collectifs, et nous vous proposons aujourd’hui cet entretien sur le travail de Nuées.

Pouvez-vous présenter le collectif Nuées, son histoire et les personnes qui l’animent ?

Nuées est né de l’intuition qu’en revisitant des objets classiques de notre quotidien on peut créer du rêve et rassembler les gens sur des valeurs humanistes par delà les clivages. Ça faisait des années qu’on se disait : mais c’est pas possible de mettre dans les mains des enfants des jeux de 54 cartes royalistes alors qu’on s’enorgueillit d’être en République. Et puis avec le retour de l’autoritarisme et du masculinisme on s’est dit allez, on revisite l’ensemble du jeu pour imaginer une version où ce n’est plus le roi qui bat la dame… mais l’union qui fait la force. Dans l’équipe y’a une personne qui est le moteur, et qui a été voir une foule d’ami.es qui jouent aux cartes, des spécialistes des animaux et un dessinateur pour défricher toutes les possibilités et tenter de créer un objet porteur de sens et qui soit à la fois beau, pédagogique et malicieux. Maintenant on est plusieurs à s’occuper de la diffusion des projets, de la logistique, avec notamment Anna et Loïs.

Ça faisait des années qu’on se disait : mais c’est pas possible de mettre dans les mains des enfants des jeux de 54 cartes royalistes alors qu’on s’enorgueillit d’être en République. Et puis avec le retour de l’autoritarisme et du masculinisme on s’est dit allez, on revisite l’ensemble du jeu pour imaginer une version où ce n’est plus le roi qui bat la dame… mais l’union qui fait la force.

Et comme une fois sorti le jeu, les gens disaient : Ah mais j’avais jamais tilté que ce jeu était royaliste et patriarcal, et qu’il nous ont remerciés et encouragés, on s’est dit qu’il fallait continuer…

L’une de vos créations, le Planisphère carré, nous a été présenté lors du dernier congrès de l’Icem. De quoi s’agit-il et en quoi ce projet nous invite à « changer de vision du monde » ?

On avait depuis longtemps un rêve qui était de créer un planisphère qui soit juste, qui n’exagère plus les pays du Nord, mais aussi qui parle des humains et des langues, et pas juste des États. Mais on n’est pas cartographes, on n’avait aucun moyen de le faire. C’est le déclic qu’on a vu avec le jeu de cartes qui nous a poussé à y croire. On a commencé à en reparler, et là une amie nous a mis en lien avec un linguiste, Marc Allassonnière-Tang. On lui a écrit, il a tout de suite été chaud. Ça a allumé la flamme : c’est faisable. En faisant des recherches en cartographie on tombe sur le site de Nicolas Lambert, on lui écrit, et surprise : lui aussi embarque ! Avec deux chercheurs du CNRS dans le bateau, ça y est le projet était tangible. Jojo s’est mis a fond, a exploré plein de pistes auprès d’ami·es, auprès d’enfants et de profs… et d’un coup une des formes de cartes sur lequel on ne misait pas grand-chose s’est imposée de manière unanime : la projection carrée de Peirce ! Parce qu’elle a plein de propriétés incroyables en plus d’être belle.

Cette carte aide à changer de vision du monde parce qu’on s’est toujours vus au centre du monde, or la moitié de l’humanité vit dans une petite région d’Asie, où les cartes sont centrées sur le Pacifique. On se croit, sinon supérieurs, au-dessus de l’hémisphère Sud, or une planète n’a ni haut ni bas, et dans les manuels scolaires australiens il y a des cartes où c’est le Sud en haut. Et sans en avoir on conscience on se croit plus importants, car on a été biberonnés avec la carte Mercator qui double presque la taille relative de l’Europe sur la carte, alors que l’Afrique, elle, est représentée 2x plus petite qu’elle n’est en proportion des terres émergées.

Cette carte aide à changer de vision du monde parce qu’on s’est toujours vus au centre du monde, or la moitié de l’humanité vit dans une petite région d’Asie, où les cartes sont centrées sur le Pacifique. On se croit, sinon supérieurs, au-dessus de l’hémisphère Sud, or une planète n’a ni haut ni bas, et dans les manuels scolaires australiens il y a des cartes où c’est le Sud en haut.

Dans les planisphères on dit souvent qu’ils ont soit les bonnes formes de pays, soit les bonnes tailles de pays, et donc que les cartes sont par nature imparfaites, et qu’on ne peut pas tout avoir. Et bien ce planisphère carré est celui qui offre le meilleur compromis entre les deux, avec une excellente fidélité sur les formes, et une bonne fidélité sur les tailles des terres. Mais au-delà de ça, ce planisphère ne met aucun pays au centre : il met au centre les pôles (Nord et Sud) pour enfin donner à voir au grand public ces zones si essentielles et si menacées.

Plus largement, Nuées entend mener « la bataille des imaginaires », mais contre qui ou contre quoi ?

Contre la résignation et les clivages auxquels nous pousse l’époque ! On a envie d’ouvrir des endroits de désir et de rencontre. Le fond de notre démarche est engagé, mais on veut rassembler via la poésie, l’émerveillement, le jeu…

Outre la création d’objets « poétiques et politiques », quelles sont les autres activités du collectif ?

Le cœur du projet c’est la création d’objets graphiques, mais on commence à développer des animations d’ateliers, réalisées soit par un membre de l’association, soit par une personne extérieure en lui proposant un tutoriel vidéo et un échange. En juin on ira offrir des planisphères aux ambassades, on va faire des animations avec la carte en format géant de 3x3mètres au sol, où les gens vont redécouvrir le monde en chaussettes, etc. L’idée c’est de toucher des publics variés, et d’inviter tout un chacun à s’emparer de ces outils pour ouvrir de belles discussions avec son entourage…

Est-ce que vous avez de nouveaux projets dont vous pourriez nous parler ?

Actuellement Marc, un membre de l’asso est en train de programmer une version du jeux de cartes en ligne « le solitaire » avec les cartes du jeu Nuées : ça sera donc « le solidaire » ! On voudrait imaginer un défi collectif, où si on atteint 1000 réussites l’association offrira des jeux de cartes à des enfants qui ne partent pas en vacances.

Et pour avoir un impact, face au rouleau compresseur du système, on se donne pour objectif de diffuser à grande échelle. Par exemple, sans aucun réseau de diffusion pro, on a déjà diffusé 5000 planisphères en 5 mois, et plusieurs journaux ont reproduit la carte. Pour vraiment peser, notre objectif c’est de diffuser 100.000 exemplaires d’ici 3 ans. Pour cela on est en discussion avec des institutions, et une campagne pour Appeler à changer de vision du monde : les profs, les universitaires, mais aussi les journalistes et les personnalités !

On aura besoin de vous : venez vous inscrire à notre newsletter pour être tenus au courant de cette campagne et de la sortie d’un site internet dédié à la question des visions du monde, qui proposera plein de contenu pédagogique téléchargeable pour décentrer notre regard.

Site du collectif Nuées : https://nuees.net/

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