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Accompagner le projet de Collège Coopératif et Polytechnique d’Aubervilliers : être dedans, être autour, être avec…

Le Collectif Questions de classe(s) relaie les chroniques de l’Association pour un Collège Coopératif et Polytechnique à Aubervilliers (A2CPA), à raison d’une chronique par semaine. Voici la première ! Iels ont travaillé pendant 10 ans, entre 2010 et 2020, à élaborer puis mettre en œuvre un projet de Collège Coopératif et Polytechnique dans un des collèges publics d’Aubervilliers (93). 

Chroniques de l’A2CPA (3) – 20/03/2026

Le Collège Coopératif et Polytechnique d’Aubervilliers a ouvert ses portes en septembre 2018 après huit ans de gestation. Un collectif de professionnel·le·s de l’éducation l’avait méticuleusement conçu comme un collège différent où horizontalité des rapports se conjuguait avec diversité des apprentissages, au sein d’un établissement public de quartier populaire. Il a eu deux ans de fonctionnement, avant que le collège Gisèle-Halimi  redevienne un établissement “classique” de l’Éducation Nationale.

Par Zoé Mesnil*

*Les signatures sont individuelles mais le travail et la relecture sont collectives.

Juin 2012 – Récemment entrée dans le monde de la recherche en didactique des mathématiques, après 10 ans comme enseignante-éducatrice à l’École de la Neuville, je demande lors d’un colloque à un collègue que je sais partie prenante du réseau de la Pédagogie Institutionnelle, s’il connaît des établissements secondaires qui fonctionnent en pédagogie alternative. Il me dit : “à Aubervilliers, il y a un collectif qui a un projet de collège coopératif et polytechnique ». Je cherche un peu… Ah oui, il y a un site. Mais aucun moyen de contact ! Il faut aller à une réunion… Et Aubervilliers, c’est loin de chez moi… Bref, ça reste dans un coin de ma tête, mais la rencontre ne se fait pas, en tout cas pas encore.

Car en septembre 2012, je discute cette fois-ci avec un collègue doctorant dont j’apprends qu’il habite à Aubervilliers, qu’il est parent d’élève là-bas. Je demande à tout hasard s’il a entendu parler du projet de collège coopératif et polytechnique. Ben oui, il est à la FCPE avec une enseignante qui y participe ! Et voilà, il me donne un numéro de téléphone, ou un mail, je ne sais plus, en tout cas je prends (et je garde !) contact.

Je vais à ma première réunion en octobre 2012. Enthousiaste, et un peu égocentrée, dès le lendemain ou presque, je me questionne, et questionne déjà le Collectif, sur les possibilités de faire partie de l’équipe. Durant l’année 2012-2013, j’essaie de suivre les réunions, mais je sens bien que je ne suis pas complètement « dedans », dedans l’Éducation Nationale, dedans Aubervilliers ou même un peu plus largement dedans le 93, dedans le militantisme syndical… Et puis il y a du changement dans ma vie, peut-être ne faut-il pas tout changer en même temps.

Alors quand en juin 2013 est créée l’Association pour un Collège Coopératif et Polytechnique à Aubervilliers (A2CPA), cela me semble une bonne place pour accompagner, et j’en deviens – et je le suis toujours – trésorière (inévitable place de la prof de maths ?).

Le projet de création de l’A2CPA est né de la volonté et du besoin de donner une « existence juridique » au Collectif, ainsi que se nomme le groupe de travail sur le projet, pour des questions pratiques de réservations de locaux plus neutres que les logements des un·e·s et des autres, pour des réunions ou des évènements publics, pour des questions d’assurance lors de ces évènements… Le Collectif a aussi besoin de pouvoir donner de la visibilité à son travail, de promouvoir le projet sur le territoire, et donc d’être bien identifié et soutenu dans ses moyens d’action, notamment par la ville d’Aubervilliers. L’association permettra d’avoir autour des membres actifs et actives du Collectif des personnes qui ont envie qu’un tel collège existe, par exemple des personnes qui sont passées à des réunions du Collectif, qui nous ont rencontré·e·s lors de réunions de présentation du projet. Ces soutiens multiples pourraient peut-être peser dans les négociations…

On ratisse large pour l’appel à adhésion : familles, ami·e·s, camarades des mouvements pédagogiques, de nos syndicats, des associations d’Aubervilliers. Et on contacte quelques personnalités à qui on propose d’être membres d’honneur (mais bon, ça n’a pas vraiment pris…). Et même si on ne sera jamais plus qu’une dizaine lors de nos Assemblées Générales, ce sont 160 personnes qui sont membres de l’A2CPA au moment de l’ouverture du collège Gisèle Halimi, c’est-à-dire 160 personnes qui ont croisé le projet de Collège Coopératif et Polytechnique, et qui ont signifié à travers leur adhésion qu’elles le soutenaient. Et 160 personnes qui seront informées de la décision de mettre fin au projet en juin 2020. Elles seront nombreuses à se manifester de nouveau à ce moment-là ou à souhaiter témoigner lorsqu’on évoquera l’idée de raconter l’aventure.

Alors bien sûr, je me sentais toute anecdotique dans l’élaboration du projet à me contenter de participer à l’organisation des ateliers de rue, ou de présenter les comptes de l’association lors de l’AG. Rien à voir de mon point de vue avec l’engagement de celles et ceux qui prenaient contact, rédigeaient les courriers, préparaient, vivaient, rendaient compte des diverses audiences (qui bien sûr pouvaient le faire chacun·e à son envie et selon sa disponibilité). Mais ça a été une force de ce Collectif au travail que de penser une place pour d’autres qui souhaitaient l’accompagner. Accompagnement qui, bien que varié et pas toujours évident, était la plupart du temps un enrichissement réciproque, comme le montrent les quelques exemples qui suivent.

Tout d’abord, plusieurs enseignant·e·s ont participé à des réunions du Collectif, pendant un temps plus ou moins long. La réflexion pédagogique y trouvait toute sa place, notamment lors des séminaires quand les réunions duraient plusieurs jours, plus d’ailleurs que lors des réunions bimensuelles pendant lesquelles on pouvait vite, étant légèrement à l’extérieur, se sentir dépassé·e par les nombreux noms évoqués dans les démarches à faire. Et ainsi beaucoup témoignent de ce que cette réflexion leur a apporté par rapport à leurs propres pratiques pédagogiques, et à leur mise en œuvre de la coopération.

Le point de vue des parents, et de leurs enfants, nous importait également beaucoup. Et si finalement seule une mère d’élève a réellement investi le Collectif et l’association, ielles ont été plus nombreux·euses à montrer de l’intérêt lors des évènements publics (ateliers de rue, débats, réunions d’informations, projections de films…) ou à adhérer à l’association. Leurs idées et leurs avis ont ainsi été pris en compte dans la construction du projet. Cela a perduré à travers des réunions régulières lors des deux années de mise en œuvre grâce à la volonté commune de l’équipe et de la section FCPE locale.

Une partie du collage réalisé lors de l’atelier de rue d’avril 2016, en collaboration avec Les Grandes Personnes, et la Villa Mais d’Ici.

Enfin, dès le début, le Collectif a aussi noué des liens avec des institutions de recherche. Il a été accompagné par André Sirota, chercheur en psychologie et anthropologie. Et le Collectif a été l’objet d’étude d’une de ses doctorante, Diane Prisca Moussavou, dont la thèse s’intitule “Le travail collaboratif d’un collectif de professeur·e·s confronté·e·s aux exigences de deux versants de l’Idéal du moi au cours de l’activité créatrice d’un projet de collège coopératif et polytechnique de l’Éducation Nationale.” Il y a eu aussi un étudiant de master venu faire son mémoire sur les pédagogies de l’autonomie au collège Gisèle-Halimi. On a aussi eu l’idée que la recherche accompagne l’ouverture du collège, à travers la formalisation d’une recherche-action, ou la création d’un Lieu d’Éducation Associé, mais cela n’a malheureusement pas eu le temps de se concrétiser.

Bref, c’est compliqué : ce sont des personnes qui n’ont pas toutes été présentes pour le mettre en œuvre qui ont élaboré le projet de Collège Coopératif et Polytechnique d’Aubervilliers. Et à l’inverse, les personnes qui l’ont mis en œuvre au sein du collège Gisèle Halimi n’avaient pas toutes participé à l’élaborer. Tant qu’il s’agissait de construire le projet, il y avait de multiples façons d’en être, et deux entités dans lesquelles s’inscrire : le Collectif et l’association. Bien sûr, il y avait un noyau restreint, plus engagé, plus inscrit dans la durée de l’aventure, mais donc aussi ces nombreuses personnes qui accompagnaient.

Au sein de l’A2CPA, nous avions à cœur de maintenir à travers l’association ces diverses façons de soutenir le projet également dans sa mise en œuvre au collège Gisèle-Halimi. Nous avons donc essayé de formaliser cet accompagnement à travers l’élaboration d’une convention pour encadrer des interventions pour des ateliers, la domiciliation administrative de l’asso au collège… Finalement, l’association a bien continué d’accompagner, mais en signant un communiqué lors de la non-reconduction du projet, ou en portant le projet de récits.

Alors vive les participations et les engagements divers qui, pierre à pierre, permettent de construire un projet !

collegenouveau.wordpress.com

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