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Les Chroniques de Véronique Decker (16) : La grève reconductible

Les chroniques de Véronique Decker “Enseigner dans la 93”

La grève reconductible

J’ai commencé ma carrière à une époque où tous les instits étaient syndiqués, adhérent au SNI (ou au SGEN), sociétaire à la MAIF, mutualiste à la MGEN, client à la CAMIF même si déjà la plupart d’entre nous ne partaient plus en camping avec le GCU. La profession d’instit était mal payée, mais encadrée de droits (droit à trois années d’études rémunérées, droit à un logement de fonction ou un logement social, droit de faire des cantines ou des études pour améliorer l’ordinaire, droit à le retraite à 55 ans …) J’ai commencé ma carrière par faire une longue grève contre le projet de transformer les directeurs d’école en supérieurs hiérarchiques : « les maîtres directeurs ». Pour la première fois, la grève échappait au syndicat majoritaire, peu habitué à de telles fantaisies. Nous faisions des AG, comme à la fac, et les délégués syndicaux ramaient pour reprendre le dessus. Nous voulions élire en AG les délégués qui rencontreraient le rectorat et le gouvernement, et le syndicat proposait que ce soient les délégués syndicaux. Nous voulions une grève reconductible, votée chaque jour en AG, le syndicat et ses délégués voulaient « gagner par une grève longue et dure ». « Courte et reconductible » criaient les jeunes de la salle, «longue et dure », répondaient les militants du Parti Communiste, et leurs amis ultra majoritaires à cette époque. L’empoignade verbale dura quelques minutes, jusqu’à ce qu’un fou rire traverse la salle : un directeur qui le premier avait compris le double sens des adjectifs utilisés. Le rire fut communicatif, et la grève reconduite. De toutes les façons pour être longue, il fallait qu’elle dure…

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