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Questions de classe(s)

L’Arbre et le requin blanc... un film (et un blog !) sur la Freie Schule de Berlin

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Pour accompagner l’ouverture du blog Autour de la Freie Schule in Berlin (lié à Q2C) et lancer la campagne pour la diffusion du film L’Arbre et le requin blanc sur la Freie Schule de Berlin, sa réalisatrice, Rafaèle Layani a accepté de répondre aux questions de Q2C...

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Questions de classe(s) : Comment as-tu découvert la Freie Schule de Berlin ?

Rafaèle Layani - Je vivais à Berlin depuis un an et j’étais intéressée par les nombreuses écoles alternatives de la ville. J’ai donc profité des soirées d’information destinées aux parents pour en visiter un certain nombre. Un jour une amie m’a indiqué la Freie Schule Tempelhof en me disant que si je voulais de l’alternatif, là bas, j’en aurai. J’y suis allé, je n’en ai plus visité d’autre. J’avais trouvé.

Q2C - Pourquoi te lancer dans le tournage de ce documentaire ? Comment est née l’idée ?

Rafaèle Layani - Je voulais filmer l’enfance mais je n’arrivais à trouver un cadre pour le faire. Filmer l’enfant en famille ou à l’école revient toujours à filmer la famille ou l’école. À la Freie Schule, j’ai découvert des enfants évoluant en liberté, non pendant un intermède de vacances ou de récréation mais, au quotidien. Une liberté qui n’était plus un temps de défoulement ou de récupération mais une façon de vivre. L’idée de faire un film a été immédiate sans que je sache au départ la forme qu’il pourrait avoir.

Q2C - Comment s’est déroulé le tournage ? Comment ta présence a-t-elle été vécue ?

Rafaèle Layani - L´équipe de l´école a immédiatement accepté que je fasse un film. Quand j’ai dit que j’avais besoin de temps pour faire des repérages, il m’a été répondu que si on acceptait une réalisatrice on ne voulait pas de touriste. Tu veux filmer, alors filme… Je suis donc arrivé avec ma caméra dès le premier jour ce qui c’est avéré payant. Les enfants se sont très vite habitués à la présence quotidienne de la française qui fait un film au point de l’oublier souvent. Il faut dire que les enfants de l’école ne sont pas habitués à percevoir l’adulte comme quelqu’un qui surveille ou prescrit, quelqu’un devant lequel on a un rôle à jouer. Sans repérages et sans préparation, j’ai commencé à filmer un monde que je ne comprenais pas, un monde auquel je ne me suis acclimatée que très progressivement, un monde qui continuait à me surprendre à la fin de mon année de tournage. J’ai cherché à garder quelque chose de cette découverte progressive dans mon film en plongeant directement le spectateur dans la vie des enfants.

Q2C - Pas de voix-off, une succession de scènes entrecoupées par un échange entre un élève qui se pose beaucoup de questions sur sa présence à l’école et un animateur, lui-même ancien élève à la FSB... comment s’est imposé ce montage ?

Rafaèle Layani - Je n’ai jamais voulu faire de film qui expliquent, je ne justifie pas, je ne théorise pas. Ce qui m’intéressait ici c´était de montrer la vie des enfants. Une vie tellement improbable pour nous qu’elle se passe de commentaires. Plus encore, la voix-off crée une distance, un surplomb que je cherche à abolir en invitant le spectateur à vivre avec les enfants comme je l’ai fait moi même. Durant le tournage, il m’est souvent arrivé de me sentir réellement enfant. Avec ma caméra, je devenais un élément du jeux que je filmais.
L’idée de l’entretien entre Zion et Niko est venue plus tard lorsque je me suis rendu compte que l’absence de tout discours sur l’école pouvait générer des contresens rassurants : je ne filmai que les récréations ou les périodes de vacance... Il fallait préciser certains points sous peine de faire perdre à mon film une partie de sa force, une partie de sa capacité à déstabiliser. Comment faire sans revenir à l’explication, sans avoir recours à la parole adulte ? J’ai fait de nombreux essais avant de trouver, grâce à la complicité entre cet enfant de douze ans et ce jeune de dix-neuf, la possibilité de filmer une vrais discussion sur l’école, celle-ci et celle des autres. Une longue conversation au cours de laquelle les protagonistes ont, non seulement, oublié le dispositif de tournage mais aussi, l’enfant n’hésitant pas à critiquer ce qu’il voyait d’immature dans les propos du jeune adulte, leur place respectives.

Q2C - En quoi cette expérience éclaire ta vision de l’éducation et de la pédagogie ? Quelles sont, selon toi, les enseignements à en tirer ?

Rafaèle Layani - De retour à Paris, j’ai mis mes deux filles à la maternelle où l’on m’a expliqué qu’on allait leur apprendre le « devenir élève ». Ce devenir élève, c’est à dire l’acquisition de normes comportementales rendant l’enfant compatible avec le système scolaire, est, peut être, ce qui permet de mieux saisir l’opposition fondamentale entre nos école et la Freie Schule de l’être enfant.
Classes, récréations, notes, sanctions, emploi du temps… La Freie Schule fait table rase. Par sa radicalité elle nous oblige à nous interroger sur la signification même de l’acte éducatif, de notre relation à l’enfance. Elle ouvre le champs des possibles et peut obliger ses adversaires mêmes à justifier des choix fondamentaux qui ne vont jamais de soi.

Q2C - Je sais que des extraits du film ont déjà été présentés, quelles ont été les réactions ? Quelles sont celles qui t’ont surprise ?

Rafaèle Layani - Les réactions ? Le film génère toujours beaucoup de débats, beaucoup de discussions. Au delà de la spécificité de chaque positionnement pour ou contre j’ai été surprise par la façon dont il pousse chacun à clarifier sa vision de l’éducation. Le film agit comme un révélateur, révélateur de la radicalité ou/et des limites des contestataires mais aussi des angoisses et du malaise profond qui peut se cacher derrière certains conformismes. Le film secoue, certains aiment ça. Pas tous. Les réactions qui m’ont le plus surpris et le plus touché, sont celles des enfants. J’ai rencontré chez ceux auxquels j’ai montré des images ou même, quelque fois, juste parlé du film et de l’école, une attention, une intelligence dans le questionnement… Je regrette souvent l’obstacle que représente le sous titrage pour les plus jeunes tant il me semble que ce film s’adresse à eux et, plus particulièrement, aux enfants confronté à un système éducatif particulièrement autoritaire comme le notre. Le rêve ? Un bon doublage mais… Nous n’en sommes pas là...

Q2C - Quand pourra-t-on visionner ce documentaire ? Comment aider concrètement à sa diffusion ?

Rafaèle Layani - Comme tous bons films pour la famille, il devrait sortir pour les fêtes. Je plaisante mais, la période souhaitée correspond à peu prêt. Encore faut-il qu’il soit fini d’ici là. Le film a été entièrement réalisé en auto-production. La plus grande partie du travail à été réalisé grâce à mon investissement personnel (en temps de travail) et celui de quelques proches. La phase finale de réalisation, dite de post-production (étalonnage, mixage, sous titrage sortie DCP et DVD ..), demande l’intervention de techniciens spécialisés travaillant sur des outils professionnels ce qui représente un coût difficilement compressible. Camarades ! Collègues ! Ami(e)s ! Vous l’avez compris… Je vais vous taper cent balles… Vous taper en vous proposant de préacheter le DVD du film (12 € ou 20 en tarif soutien, voir ………) et , bien évidemment, d’en parler autour de vous. Pour la diffusion, j’aimerai que le film joue pleinement son rôle d’outil de débat et de réflexion, que des collectifs se l’approprient pour animer leurs rencontres, qu’ils m’invitent pour en parler ou se passent de ma présence… L’Arbre et le requin blanc est un film militant. Un film utile ? À vous de voir...

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