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Questions de classe(s)

Anarchisme, éducation et pédagogie- le texte...

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Anarchisme, éducation et pédagogie

Le texte ci-dessous est l’introduction à une série de séminaires de l’Université de pédagogie militante du Centre de recherche-action libertaire (CIAL) de Bogota (Colombie) qui ont eu lieu en 2012. Il constitue un exemple de la réflexion sur la pédagogie critique dans les milieux anarchistes latino-américain. On y reconnaît les thématiques qui sont celles de la pédagogie critique à savoir l’école comme espace de reproduction des inégalités économiques, mais également comme lieu de construction d’une hégémonie culturelle. L’enseignant critique y est présenté comme mettant en œuvre un processus de subversion de cette logique pour constituer une tranchée de résistance au sein de la lutte des classes. (NB : les citations qui émaillent le textes sont celles d’universitaires qui s’inscrivent dans le courant de la pédagogie critique).

La pédagogie critique est née comme une réponse à l’exploitation et à l’oppression dont souffrent les classes les moins favorisées du système capitaliste. Ce monstre appelé capitalisme se sert de son grand ami l’État pour faire croître la lutte des classes dans la salle de classe, en effet seul quelqu’uns ont le privilège d’avoir une éducation digne et scientifique tandis que la majorité doit supporter une éducation acritique, mercantile et autoritaire. Les intérêts particuliers d’une série d’individus friqués transforment ces grands centres de savoir, que devraient être les écoles, en des centres commerciaux où l’on fabrique et où l’on vend des marchandises pour les grandes multinationales qui emploient des milliers d’ouvriers qui seront dans la chaîne économique de soumission avec un salaire de misère qui ne suffira pas pour survivre dans ce monde d’inégalités et de tristesse.

Tel est l’image de l’école moderne qui a été implantée dans les formations sociales dépendantes et dans les métropoles impérialistes. Dans ces dernières, le coût du néolibéralisme a du être supporté par les masses dépossédées qui n’ont pas l’argent pour se payer une école de riches car l’accumulation capitaliste de quelqu’uns leur a ôté le droit à une bonne éducation. Cette éducation qui devrait être réflexive s’est transformée en une éducation au service de l’oligarchie et du capital. Il n’y a qu’à réaliser une analyse profonde des théories de la reproduction pour prouver la subordination de l’école à l’argent et au pouvoir.

« Ces théories, a dit Henry Giroux, centrent leurs analyses sur comment les écoles utilisent leurs ressources matérielles et idéologiques pour reproduire les rapports sociaux et les attitudes nécessaires pour soutenir les divisions sociales du travail qui sont nécessaire pour l’existence de rapports de production ». L’éducation imposée aux jeunes et aux enfants des classes populaires s’appuie sur un enseignement technique qui leur montre comment se comporter et agir devant le maître des moyens de production qui les exploitera quand l’école leur donnera leur accréditation comme membres de la société de consommation et de gaspillage. De la même manière, les écoles imposeront une série de discours aux étudiants sur les bénéfices du système actuel d’exploitation et sur le caractère non-viable d’une transformation radicale de ces structures socio-économiques, politiques et culturelles qui continuent à dominer la majorité misérable qui vit dans les grandes villes et les espaces ruraux. A ce sujet McLaren affirme que « les écoles reproduisent les structures de la vie sociale par la colonisation (socialisation) des subjectivités de l’étudiant et en établissant des pratiques sociales caractéristiques de la société ».

Cependant, l’école traditionnelle ne reproduit pas seulement l’idéologie dominante de passivité devant le système, mais également la reproduction d’une idéologie culturelle despotique. A travers le racisme et le sexisme, transmis par l’impérialisme culturel, on génère chez l’apprenant une indifférence face à l’afro-américain, l’indigène, l’immigrant, le paysan et l’homosexuel en provoquant une marginalisation de ces thématiques sociales dans l’éducation. En dehors de l’école, il se produit quelque chose de similaire car « la culture dominante place les marginaux dans des relations de dépendance dans lesquels on les prive de droits civiques égalitaires » (McLaren). Ce qui montre cela, c’est la division ethnique et sexuelle du travail qui soumet la femme et la population non-blanche aux diktats des grands magnats de l’économie mondiale. Mais l’impérialisme culturel qui se présente dans et hors de l’école est une excuse pour maintenir des idioties dans les masses dépossédées à travers une domination indirecte ni économique, ni violente.

« En effet, ce que l’école conserve et distribue, écrit Michael Apple, ce n’est pas seulement la propriété économique, mais il existe également une propriété symbolique – un capital culturel -. De cette manière, nous pouvons commencer à obtenir aujourd’hui une compréhension plus complète de la manière par laquelle les institutions de conservation et de distribution de la culture, comme les écoles, créent et re-créent des formes de conscience qui permettent le maintient du contrôle social sans que les groupes dominants n’aient besoin de recourir à des mécanismes explicites de domination ». Il ne faut pas occulter que les étudiants sont manipulés par les modes, les jeux vidéos, les réseaux sociaux et autres produits du marché au bénéfice du maintien du statu quo. Ce lavage de cerveau que reçoivent les élèves à l’intérieur et à l’extérieur des murs de l’école s’ajoute à la production de l’enseignant autoritaire qui tente d’introduire dans l’esprit des apprenants la peur, la religion, la consommation et la soumission. En outre, « les écoles opèrent principalement pour reproduire les valeurs et les privilèges des élites » (McLaren) comme le sont le respect de la propriété privée, la loyauté à l’exploiteur et la tolérance à l’inégalité sociale produite par la folie et l’ambition d’une minorité opulente.

Le pouvoir des élites est tellement fort que « les étudiants provenant de milieux blancs et riches obtiennent des privilèges au-dessus de ceux qui viennent d’autres groupes, non pas par mérite, mais grâce aux avantages que leur apporte l’argent et l’importance du statut social » (Mc Laren). De cette manière, l’école se transforme en un champ de bataille entre des classes antagonistes qui cherchent à obtenir des choses distinctes : l’une désire dominer, l’autre doit être dominée.

C’est ici qu’intervient la pédagogie critique qui, en défendant les exploités et les opprimés du système, tente de réaliser une transformation structurelle des niveaux d’action micro et macro « qui identifie comment (l’école) se trouve perméable au niveau macro à des facteurs politiques, économiques sociaux et culturels, et au niveau micro, par la propre expérience vécue par chaque sujets qui y participe » (Ortega Valencia, 2009). Ce changement des inégalités sociales et culturelles dans l’école est le premier pas dans la recherche d’une société différente qui aura comme caractéristique importante la suppression de la propriété privée, la lutte des classes et la discrimination raciale. A travers la conscientisation des apprenants et d’un processus d’éducation qui est une théorie et une praxis, l’enseignant fait trembler les ciments de l’école traditionnelle. L’école est transformée pour les étudiants en une tranchée d’insoumission anti-systémique qui provoque un acte de résistance qui « doit constituer une fonction révélatrice, qui contienne une critique de la domination et offre des opportunités théoriques pour l’auto-réflexion et la lutte dans l’intérêt de l’émancipation personnelle et de l’émancipation sociale ».

La libération de ce jeu qui transforme l’apprenant en une vis de cette grande machine appelée capitalisme conduit la totalité de la société à un monde nouveau d’égalité, de justice et de fraternité.

Présentation du CIAL : https://centrodeinvestigacionaccionlibertaria.wordpress.com/principios-politicos-y-organizativos/

Traduit de l’espagnol par Irène Pereira, le 20/08/2016

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