Débats & alternativesPédagogie

Conseils d’Adultes au Collège Coopératif et Polytechnique d’Aubervilliers : faire tous et toutes ensemble, démocratiquement.

Le Collectif Questions de classe(s) relaie les chroniques de l’Association pour un Collège Coopératif et Polytechnique à Aubervilliers (A2CPA), à raison d’une chronique par semaine. Voici la première ! Iels ont travaillé pendant 10 ans, entre 2010 et 2020, à élaborer puis mettre en œuvre un projet de Collège Coopératif et Polytechnique dans un des collèges publics d’Aubervilliers (93). 

Chroniques de l’A2CPA (4) – 28/03/2026

Le Collège Coopératif et Polytechnique d’Aubervilliers a ouvert ses portes en septembre 2018 après huit ans de gestation. Un collectif de professionnel·le·s de l’éducation l’avait méticuleusement conçu comme un collège différent où horizontalité des rapports se conjuguait avec diversité des apprentissages, au sein d’un établissement public de quartier populaire. Il a eu deux ans de fonctionnement, avant que le collège Gisèle-Halimi redevienne un établissement “classique” de l’Éducation Nationale.

Par Matthieu Pierrot-Beck*

*Les signatures sont individuelles mais le travail et la relecture sont collectives.

Fin août 2018 – La première rentrée du collège est dans quelques jours. Les chaises sont installées en cercle sur tout le pourtour de la salle. Les collègues arrivent petit à petit et s’installent : professeur·e·s bien sûr, mais aussi agent·e·s d’entretien, infirmières, assistant·e·s d’éducation, psyEN, secrétaires et direction. Le premier Conseil d’Adultes est lancé. Un frisson me traverse le corps. C’est la concrétisation de huit ans de travail. Et c’est aussi très émouvant cette horizontalité, loin des poncifs protocolaires habituels, avec les agent·e·s en fond de salle qui s’éclipsent avant la fin de la réunion pour retourner à leurs tâches. Ici, chacun·e peut prendre la parole et, symboliquement, nous formons une équipe unique au service des élèves.

Le conseil débute par une présentation de chacun·e, du projet, de la semaine de pré-rentrée et de ce qui reste encore à organiser avant l’arrivée des élèves. Quelques points sont mis au débat, notamment l’attribution aux professeur·e·s des temps de Travail Individualisé (TI) et des temps d’atelier, pour qu’il n’y ait pas trop d’élèves restant dans la cour. Le principal prend finalement la parole à la fin de la réunion puis l’assemblée s’égaye par petit groupe. Il y a de l’anticipation dans l’air.

Les Conseils d’Adultes sont inclus dans le temps de travail de chacun·e : il y en a un par semaine, le mardi de 16h00 à 17h30. Au fur et à mesure, on ressent la nécessité de structurer ce moment et diverses institutions se mettront en place, héritées du Collectif ou créées selon les besoins :

  • des rôles, dont notamment deux coanimateurices, appartenant à deux corps de métier différents,
  • une boîte qui recueille les propositions de points à l’ordre du jour, proposée par un collègue professeur nouvellement arrivé qui trouvait que la mise en place en début de Conseil prenait trop de temps,
  • la proposition de hiérarchisation de l’ordre du jour par les coanimateurices,
  • un Quoi de Neuf, qui prendra diverses formes, pour exprimer et sentir l’humeur et les ressentis de la salle,
  • les Pépites, pour célébrer des moments de joie et de réussite, notamment avec les élèves.

Et puis des pâtisseries et des douceurs qui circulent au début de la réunion.

Certes, l’année suivante, lors de notre deuxième rentrée dans les locaux définitifs, la salle est installée en rang d’oignon. Le principal parle en premier, le charme est rompu. Les Conseils d’Adultes perdureront quand même au cours de cette deuxième année, des décisions continueront d’y être prises, et des projets d’être mis en place. Mais certains fonctionnement seront problématiques : un véto du chef d’établissement sur une proposition des assistant·e·s d’éducation (faire monter les élèves directement de la cour dans les classes) créera un vrai ressentiment de certain·e·s d’entre elleux et sera à l’origine d’un désengagement. Peu à peu certain·e·s personnels ne viendront plus en Conseil, bien que ceux-ci figurent dans les obligations de service. Pendant le confinement, les Conseils perdureront par la volonté de quelques-un·e·s, mais sans l’aval ni la présence du principal.

Cependant les Conseils d’Adultes ont été un réel espace d’échange et de créativité, par les projets qu’ils ont permis : un grand jeu d’accueil pour tout le collège le lendemain de la rentrée ; une classe de mer pour l’ensemble des élèves ; la fête de fin d’année… Les débats étaient nourris, mais le vote par couleur permettait souvent à celleux qui amenaient une proposition d’avancer et de fédérer sans qu’il y ait de blocages. On cherchait à se rapprocher du consensus, et on avait plus de possibilité de changer d’avis que dans un établissement classique, les justifications des positions étant explicitées devant le collectif. Les conflits ou différences de point de vue avaient un autre lieu de débouché que la médiation par les chefs.

L’espace des Conseils était aussi un espace d’expression des émotions et des sentiments de chacun·e et un temps officiel d’écoute. Ainsi, toustes les membres de la communauté étaient au courant des préoccupations de chacun·e et avaient connaissance d’une très grande partie des problématiques de l’établissement.

De plus, les Conseils permettaient de valoriser le travail des un·e·s et des autres et de connaître les projets en cours.

De ce fait, ces temps hebdomadaires devenaient des moments de formation mutuelle au fonctionnement de l’établissement, à la prise de parole, à l’auto-organisation. Les modifications du fonctionnement par tâtonnements étaient autant d’expérimentations en actes, qui “prenaient” durablement ou pas.

Le Conseil d’Adulte était une Institution, dans tout le sens que la Pédagogie Institutionnelle donne à ce mot. C’était un cadre qui garantissait et sécurisait l’expression de toustes et permettait un rééquilibrage de la hiérarchie.

Ces Conseils ont montré concrètement qu’un changement de rapport entre les différents corps au sein d’un collège était possible, qu’il avait un effet réel et immédiat. Les agentes notamment ont fait part de l’importance que ceux-ci avaient pour elles. Elles ont d’ailleurs investi les institutions, se saisissant en particulier du rôle de coanimateurice.

Pour beaucoup d’entre nous en tout cas, ça a été un lieu d’empouvoirement : nous y avons repris, parfois petitement, parfois pleinement, une part de pouvoir sur notre travail.

Alors, vive la transformation du travail pour en faire un espace démocratique !

collegenouveau.wordpress.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *