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Questions de classe(s)

l’éloignement de la refondation

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Lorsque la refondation s’éloigne de plus en plus...
Amicalement
Véronique DECKER

http://www.cahiers-pedagogiques.com/blog/servicemaximum/2013/02/11/moins-de-maitres-que-de-classes-ou-quand-la-cerise-ecrase-le-gateau/

Le nouveau billet de Véronique Decker sur son blog

Il est mignon, Vincent Peillon. Il est touchant quand il nous annonce partout à la télé ou à la radio que l’an prochain certaines écoles auront plus de maîtres que de classes. Chez nous, vu d’en bas, sur le terrain, on en est tellement loin que c’est le genre d’annonce qui réveille la douleur.

Dans notre département de la Seine Saint Denis, le jour de la rentrée, en septembre 2012, il manquait 250 instits. Alors le directeur académique, malin, a pris 250 remplaçants et s’est appliqué à reboucher les trous… Mais ensuite, horreur, des instits sont tombés malades, d’autres furent enceintes, certains devaient garder leurs enfants malades, d’autres avaient pris leur congé de paternité, etc. Et là, ce sont les 250 remplaçants qui ne remplaçaient plus qui se sont mis à manquer cruellement. Février est toujours un mois difficile : les enfants ont le rhume, la grippe, la gastro et les instits qui vivent avec eux toute la journée attrapent leurs maladies. Les agents de service aussi. Rien de plus égalitaire que les virus !

Vendredi dernier, j’avais un CM1/CM2 dont l’enseignante sans voix avait renoncé à venir, un autre CM1/CM2 qui n’avait plus classe depuis deux semaines car la maîtresse malade n’était pas remplacée, un enseignant de CP absent pour cause d’enfant malade, et la maîtresse du RASED chez elle avec un gros méchant virus aussi. En même temps, à la cantine, une animatrice arrêtée car elle vient de se faire opérer, une autre avec le même virus que la maîtresse.

Cerise sur le gâteau, mon assistante administrative, dont j’ai déjà parlé, n’est toujours pas « renouvelée ». Aux dernières nouvelles le dossier qu’elle doit signer pour pouvoir revenir travailler est à Cergy-Pontoise, car c’est là-bas que se trouvent les services qui organisent les rémunérations des assistantes administratives. Pôle emploi de Bobigny doit signer, et c’est le lycée Gustave-Eiffel de Gagny qui doit gérer (une école n’ayant pas de personnalité juridique, c’est toujours un établissement secondaire qui doit gérer administrativement de type d’emploi). Pendant que son dossier se promène, elle déprime en se demandant avec quoi elle va pouvoir finir le mois, pendant que moi je m’épuise à tenter de faire un travail surdimensionné, puisque prévu pour deux personnes…

Jeudi, seulement à Bobigny, il manquait 16 enseignants en classe. Vendredi, je n’ai pas eu le temps de demander aux collègues, car 3 classes à répartir c’est impossible, donc une classe est restée près de mon bureau avec des activités qu’on peut dire « occupationnelles »… A ce stade, mon objectif premier c’est d’éviter qu’un enfant se blesse, qu’un enfant se perde. On est loin même du socle commun.

Nos parents d’élèves étaient bien remontés, surtout ceux de la classe qui n’a pas d’enseignant depuis deux semaines. Ils sont allés en mairie. Mais que peut la mairie ? Rien ! Sinon les écouter. Ils sont allés à l’Inspection et, n’ayant pas rendez-vous, n’ont pas été reçus. Ils sont allés voir le député et n’ont pas été reçus non plus. Quelques uns prévoyaient de se rendre à un rassemblement de parents prévu dimanche à la Villette, devant la Cité des sciences. En tout cas deux mamans ont distribué des tracts pour cela.

Mardi, nous serons en grève. L’école sera fermée. Et pourtant, nous étions plutôt favorable au retour de 5 demi journées le matin. Mais la cerise qui a écrasé le gâteau a été l’annonce par le directeur académique adjoint, le lundi 4 février en comité paritaire départemental, devant les délégués syndicaux, que pour l’an prochain, il y aura 60 remplaçants de plus dans le département.

Je reprends. Il manquait 250 instits avec Sarkozy (on ne peut rien lui reprocher, il avait été élu sur le programme consistant à supprimer un fonctionnaire sur deux, il a tenu ses promesses). Puis grâce à Hollande on en récupère 60. Combien de classes se retrouveront sans enseignant encore le jour de la prochaine rentrée ? Plus de 250 sans doute, car pendant ce temps, partout, des immeubles sont construits, des familles emménagent, poussées hors de Paris par le prix délirant du logement.

Alors, à nouveau tous les remplaçants seront placés sur des classes où ils ne remplaceront personne.

Et l’an prochain à la première grippe, dès l’apparition de la gastro, à nouveau les classes vont accueillir 2, 4, 6, 8 élèves de plus, parfois assis par terre comme si nous vivions dans un pays du tiers monde. Les petites voix, dès le matin me questionneront : « Elle est revenue, Viviane ? » « Il est pas là Thierry ? » avec une petite gorge serrée devant le désastre annoncé de la journée.

Car comme le disait Célestin Freinet, ce n’est pas le jeu que les enfants aiment le plus : c’est le travail.

Véronique Decker

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