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Le sang des cerises - Livre 1 : Rue de l’abreuvoir (Les Passagers du vent t.8), François Bourgeon

, par François Spinner

Avant-dernier volume des Passagers du vent, le Sang des cerises (livre 1) vient clore dans le Paris des années 1880 une fresque maritime, anti esclavagiste et féministe démarrée en 1979 avec les cinq volumes initiaux de la série, incontournables de la BD. Après la Royale, les négriers et la révolte du « bois d’ébène » (cycle 1), après la Louisiane de la guerre de Sécession (cycle 2), Bourgeon nous invite dans le Paris de 1885 où l’héroïne, Clara (Zabo dans le cycle américain de la série), se lie avec Klervi (cycle 3).

« Ce 16 février 1885, toute Paris la rouge enterrait Jules Vallès ». Au début du récit, Clara, chanteuse et violoneuse de gargotes et beuglants, accompagne Klervi, une jeune bretonne perdue et croise au Père-Lachaise de grandes figures révolutionnaires, Eugène Pottier, Jean-Baptiste Clément, Rochefort... Cet album met en valeur la trajectoire de deux femmes, héroïnes féministes et indépendantes comme Isa et Zabo qui habitaient les deux premiers cycles des Passagers du vent. Cette chronique des années 1885-1891 est imprégnée, vivifiée, magnifiée et horrifiée par la mémoire de la Commune « désormais ignorée des programmes », « période [qui] a blessé tous ceux qui l’ont vécue » explique l’auteur dans un entretien avec Michel Thiébaut, « son » critique littéraire. Le récit avec ses splendides vues du dédale de Montmartre et du Paris populaire où habite Clara près de « Notre-Dame-des-Briques […] énorme chantier [qui] accoucherait un jour de l’affreux Sacré-Cœur dont les visées expiatoires insultaient tous les communeux... » ouvre de nombreuses portes : l’émigration bretonne des petites bonnes et leurs chemins dans la prostitution, les artistes montmartrois (Lautrec, Renoir), le monde des cabarets, des café-concert et de la chanson populaire (le titre de l’album est d’ailleurs une fusion de deux chansons de Clément, Le temps des cerises et La Semaine sanglante).

Un opus à ne pas rater. Pour le dessin toujours aussi travaillé et précis ; pour les langues, breton et argot de pantruche ; pour le scénario qui nous emporte dans ce Paris des petites gens, des artistes et des révolutionnaires.

François Bourgeon, Le sang des cerises - Livre 1 : Rue de l’abreuvoir, Delcourt (Les Passagers du vent [cycle 3, t.8]), 2018, 88 p., 17,95 €.

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