Les séjours aux Glénans et les Semaines InterDisciplinaires au Collège Coopératif et Polytechnique d’Aubervilliers : le projet à fond !
Le Collectif Questions de classe(s) relaie les chroniques de l’Association pour un Collège Coopératif et Polytechnique à Aubervilliers (A2CPA), à raison d’une chronique par semaine. Voici la quatrième ! Iels ont travaillé pendant 10 ans, entre 2010 et 2020, à élaborer puis mettre en œuvre un projet de Collège Coopératif et Polytechnique dans un des collèges publics d’Aubervilliers (93). Toutes les chroniques peuvent être retrouvées ici.
Chroniques de l’A2CPA (5) – 02/04/2026
Le Collège Coopératif et Polytechnique d’Aubervilliers a ouvert ses portes en septembre 2018 après huit ans de gestation. Un collectif de professionnel·le·s de l’éducation l’avait méticuleusement conçu comme un collège différent où horizontalité des rapports se conjuguait avec diversité des apprentissages, au sein d’un établissement public de quartier populaire. Il a eu deux ans de fonctionnement, avant que le collège Gisèle-Halimi redevienne un établissement “classique” de l’Éducation Nationale.
Par Matthieu Pierrot-Beck*
*Les signatures sont individuelles mais le travail et la relecture sont collectives.
Début octobre 2018 – Il fait encore nuit dans les rues d’Aubervilliers. Le collège a ouvert depuis un mois. Je suis à côté du car alors qu’un petit groupe d’élèves et de parents s’affairent : il faut charger les bagages dans la soute. Les adieux sont parfois déchirants. Puis les élèves et adultes du collège montent et s’installent. C’est parti pour plus de six heures de route en direction de Vannes. Destination : l’Ile d’Arz, dans le Golfe du Morbihan, sur la base de l’école de voile des Glénans. Un premier séjour a eu lieu la semaine dernière avec quatre classes. Nous partons avec quatre autres. La semaine prochaine, ce sera au tour des trois dernières. Ainsi, toutes les élèves ou presque et la plupart des adultes du collège bénéficieront d’un séjour d’intégration et de voile.

En début d’après-midi, c’est le pique-nique dans un parc de Vannes, en attendant le bâteau, puis la traversée de quarante-cinq minutes. En arrivant sur l’île, il reste encore une vingtaine de minutes de marche avant d’arriver sur la base.
Chacun·e est alors réparti·e dans les différents bungalows et dans les chambres. Les élèves avaient fait des vœux à propos des copains et des copines avec qui ils et elles voulaient être en chambre et les accompagnateurs avaient tranché. Après l’installation, un premier Conseil a été organisé dans chaque bungalow, avant le lancement des bordées, les équipes chargées chaque jour de la cuisine, de la mise de table et du nettoyage des espaces communs, sous la coordination d’un·e adulte de la base.
Dès le lendemain des groupes étaient répartis selon leurs activités : initiation à la voile encadrée par des animateur·rice·s ou ateliers organisés par les enseignant·e·s. Les ateliers, polytechniques, étaient souvent en lien avec les Semaines InterDisciplinaires qui se tenaient en parallèle avec les élèves resté·e·s à Aubervilliers : balade sur l’île et lecture de carte et d’échelle, ramassage de bois flotté et de déchets sur la plage en vue de l’atelier recyclage, ateliers d’écriture, enquête sociologique,… L’objectif était d’amasser le maximum de matériaux à retravailler une fois rentré·e·s dans le 93.
La voile bien sûr était une aventure ponctuée d’événements, de refus d’obstacle, de chutes, de dessalages et de franches rigolades.
L’objectif des séjours est multiple : permettre une intégration des élèves dans le groupe, faire vivre le fonctionnement des maisons (les groupes de trois ou quatre classes des séjours correspondaient aux maisons, subdivisions du collège facilitant notamment la prise de décision collective), travailler la coopération entre les élèves et les relations avec les adultes, favoriser le travail et la coopération entre adultes, travailler les savoirs polytechnique et la participation à la vie collective,… La plupart de ses objectifs ont été atteints, ou au moins travaillés à des degrés divers. A la fin des séjours, les adultes se connaissaient et connaissaient les élèves de la maison, même celleux qui n’étaient pas dans leurs classes.
Pour ce qui est des Semaines InterDisciplinaires, les objectifs étaient à la fois de faire vivre l’enseignement polytechnique et de pratiquer la coopération entre adultes et entre élèves. L’idée est de refondre l’organisation du collège pour que des groupes d’élèves de sixième et de cinquième travaillent avec deux ou trois enseignant·e·s de matières différentes autour d’un thème, avec un objectif de production concrète à l’issue de la semaine (objet, exposition, podcast, vidéo,…). Prenons l’exemple de la Semaine InterDisciplinaire sur les îles imaginaires car c’est là qu’une enseignante a été convaincue de l’importance du travail interdisciplinaire. Elle se souvient qu’avec les élèves, ielles avaient travaillé sur l’île de Madagascar, avec le festival Ville des Musiques du Monde. Un groupe de musique malgache était venu au collège. Il y avait aussi eu une sortie au Musée du Quai Branly. En cinq jours, ielles avaient fait plein de choses, plus qu’on en fait d’habitude en une semaine.

Bien sûr, tout n’a pas toujours été rose. Il y a eu des différences dans les niveaux d’engagement des adultes, notamment durant les séjours. Cela alourdissait la charge de travail et la fatigue pour celleux qui s’investissaient plus. Tous les binômes de Semaines InterDisciplinaires n’ont pas forcément fonctionné. Il y a eu des disputes et même une violente bagarre entre élèves qu’il a fallu traiter au retour à Aubervilliers.
Mais cette période, c’est d’abord beaucoup d’enthousiasme : on venait d’ouvrir le collège et on essayait quelque chose d’entièrement nouveau. C’était un défi, il y avait beaucoup de questionnements sur la manière dont ça allait se passer. Il fallait organiser à la fois deux Semaines InterDisciplinaires, le voyage et les activités pédagogiques pendant le voyage. Ça faisait une somme de travail énorme. C’était un peu éprouvant et on s’est dépensé·e·s sans compter. Mais le souvenir reste d’élèves au travail. On avait créé un milieu riche, généreux, duquel les élèves pouvaient se nourrir, et à partir duquel beaucoup pouvait être construit.
Alors, vive la coopération et l’approche polytechnique en actes !
