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Questions de classe(s)

Pour que soit retiré du hall du lycée le panneau « Je suis Charlie »

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Nous condamnons les attentats terroristes commis les 7, 8 et 9 janvier derniers, comme nous condamnons toute violence terroriste.
Cependant, nous ne pouvons pas reprendre à notre compte le slogan « Je suis Charlie ».

Ce slogan nous impose de nous identifier à un organe de presse dont beaucoup d’analystes ont souligné l’obsession concernant l’Islam, obsession confinant à l’islamophobie.
Ces analyses peuvent certes être discutées, et nous sommes convaincus que la plupart des gens qui reprennent la formule « Je suis Charlie » ne sont pas islamophobes.
Mais en nous sommant de reprendre ce slogan, on fait comme s’il n’y avait que deux possibilités : soit adhérer sans réserve au journal, soit approuver le terrorisme.
Nous refusons catégoriquement cette alternative.

Elle a des conséquences désastreuses : elle conduit à faire apparaître et à désigner comme des ennemis intérieurs, à surveiller et à réprimer, ceux qui se refusent à dire « Je suis Charlie », parce qu’ils estiment que le journal tenait depuis plusieurs années des discours islamophobes et racistes.
Dans un climat où circule dans le corps social et dans les médias l’idée que « en France, ce sont les Musulmans qui foutent la merde » (pour reprendre une formule entendue ces jours-ci sur les ondes d’une radio nationale), c’est tout simplement catastrophique.

Nous demandons donc que soit retiré le panneau placé dans le hall du lycée, qui contrevient à la neutralité de l’institution scolaire et qui de fait impose à l’ensemble de la communauté éducative et aux élèves le slogan : « Je suis Charlie ».

Des enseignants du Lycée Marx Dormoy, à Champigny sur Marne (94).

4 Messages

  • Je ne regarde plus la télé depuis une semaine : j’ai perdu la télécommande. Je crois que je l’ai jetée à la poubelle. J’écoute la radio.
    Notre Cher Président, en ballade à la campagne : "Nous devons continuer à vivre comme avant." Ah, enfin, il va dire que nous devons continuer à vivre ensemble, à travailler ensemble, à étudier ensemble, à parler ensemble. Non : "Nous devons continuer à consommer, à aller faire les soldes, comme avant". Nous pouvons en effet être fiers de notre civilisation, nous devons continuer. Ne tenir aucun compte de la sensibilité d’autrui. Insulter sa religion, celle de tous ceux qu’il aime et celle de ses ancêtres. Nous devons continuer à recevoir l’étranger comme un délinquant, même les mineurs : ils mentent sur leur âge, dit-on.
    Continuons à manifester ensemble, les coudes bien serrés, "NOUS sommes Charlie", surtout ne nous posons pas la question de qui va se sentir exclu de ce NOUS, de qui ne se sent pas déjà suffisamment exclu de tout, de qui n’a plus aucun espoir, des notes de merde, pas de vacances, des grand-parents au loin, qu’il n’a jamais vus.
    Et en plus, nous, profs, sommes sommés de leur faire le catéchisme de la laïcité. Le moment n’est-il pas mal choisi pour les bassiner avec la supériorité de notre civilisation, alors qu’eux aussi doivent supporter le deuil d’avoir entendu nommer un dieu qu’ils ne connaissent qu’à peine et qui est pourtant le leur par des gens en train de tuer ?
    Pour ma part, j’ai mis le paquet avec mes élèves nouveaux arrivants, musulmans en grande majorité, pour qu’ils comprennent que ces manifs, ces mobilisations, n’étaient pas contre eux ; que, si : les Français faisaient bien la différence entre un musulman et un jihadiste, que nous vivions en paix, juifs, musulmans, chrétiens et athées et que nous allions continuer. Que si les Français tenaient comme ça à la laïcité et à la liberté d’expression cela venait de leur histoire avec leur propre religion et que les musulmans n’y étaient pour rien.
    Mes élèves étaient d’accord : la paix est notre bien et personne ne nous la volera.
    Le surlendemain : "Mais pourquoi, Madame, ils mettent Dieudonné en prison, si c’est la liberté d’expression ?"
    J’avais envie de répondre : parce que c’est un sale con, c’est pas pareil. J’ai dis que je n’avais pas la télé et que je n’étais pas au courant, que je me renseignerai avant qu’on en reparle. Mais qu’est-ce qu’ils sont encore allé donner de l’importance à cet abruti en le mettant en taule, j’ai pensé. Mais la question se pose : qu’est-ce que ça veut dire, je suis Charlie Coulibaly ? Est-ce que ce n’est pas ce que ressentent nos élèves ? Que ressentent-ils, en même temps dedans et dehors ? À qui s’identifier ?

    Là, c’est le week-end et je me dis que le premier devoir de ceux qui dirigent le pays, c’est de préserver son unité, pas de dresser les gens les uns contre les autres. Je refuse de me mettre dans une foule dont certains, les plus faibles, se sentent exclus. Je ne suis que moi-même. Et quand, par hasard, je tombe sur un texte qui semble revendiquer aussi cette position, je ne tarde pas à y lire que les juifs sont mieux traités que les musulmans. Comme si on devait prendre parti. Comme si le respect de l’un devait entraîner la haine de l’autre (quoi que pour certains, il ne soit même pas nécessaire de choisir : l’un n’empêche pas l’autre).

    Lorsque je me suis relevée du choc causé par le deuil et la violence de la mort de gens dont les dessins ont accompagné mon enfance, j’ai décidé de mettre toute mon énergie à lutter contre ce qui sépare, qu’ensemble, on allait gagner cette bataille contre les haines. Mais si la haine arrange tout le monde et empêche de penser et de se demander ce que ceux qui nous gouvernent sont en train de nous faire, on est loin d’avoir gagné.

    Solène

    P.S.

    La liberté est une chose merveilleuse et je sais à quel point elle est fragile et précieuse. Nous devons nous battre contre ce qui enferme, contre ce qui tue, contre ce qui utilise la religion ou les idéologies pour imposer la loi du plus fort.
    Je ne vois pas en quoi cela doit nous empêcher d’essayer de respecter et d’écouter les gens qui sont différents, à défaut de les comprendre.

    repondre message

  • Apparemment, vous n’êtes pas Charlie et vous n’appréciez guère les commentaires qui désapprouvent votre message (à moins que votre modérateur se soit endormi sur les commentaires proposés hier, 19 janvier). Pourquoi pas ? Vous êtes pour la liberté d’expression, à condition qu’on partage votre avis. Ce qui est, somme toute, fort cohérent avec l’article que vous publiez.

    repondre message

    • Pour que soit retiré du hall du lycée le panneau « Je suis Charlie » 20 janvier 2015 13:45, par Questions de classe(s)

      Effectivement, sur Q2C quand les messages sont injurieux et gratuitement agressifs ils ne sont pas publiés (nous laissons l’exclusivité de ce genre de prose à bien d’autres sites).
      Concernant cet article, certains messages réunissaient en même temps les deux conditions.
      Il existe plein d’endroits où vous pourrez nous insulter en toute liberté

      repondre message

  • Charlie Hebdo est plus un journal anti-religieux, et plus largement anti cons, qu’islamophobe... Pourquoi vous focalisez-vous sur l’Islam ? Vous auriez dû être aussi choqué par ses dessins anticléricaux ou se moquant des Juifs orthodoxes !

    « J’aimais l’auteur du livre De l’Esprit. Cet homme valait mieux que tous ses ennemis ensemble ; mais je n’ai jamais approuvé ni les erreurs de son livre, ni les vérités triviales qu’il débite avec emphase. J’ai pris son parti hautement, quand des hommes absurdes l’ont condamné pour ces vérités mêmes. » Voltaire, Questions sur l’Encyclopédie, article « Homme »

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