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Questions de classe(s)

Philosophie de l’autorisation

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Les KroniKs Robinson
(photo : T. Berard)

Les acteurs sociaux sont aujourd’hui empêchés par de si nombreuses peurs qu’ils sont perpétuellement à la recherche, pour pouvoir faire quoi que ce soit d’autorisations multiples et sans fin.

La paradoxe de l’autorisation c’est qu’elle invalide celui qui l’obtient . Pour être autorisé, il a fallu d’abord se déclarer mineur et solliciter une autorité qui nous fait défaut. Et c’est ainsi que le besoin d’autorisations mine l’autorité toute simple et de toute quotidienne de tous ceux qui sont « soumis ».

Bien entendu, nous objectera-t-on il n’est pas possible d’être dans l’illégalité et voici qu’une confusion extraordinaire s’empare de l’ensemble de la communauté éducative et de tous les acteurs sociaux. Par une espèce d’inversion de toutes les perspectives rationnelles, voici que tout ce qui ne serait pas autorisé expressément et formellement, serait interdit et donc dangereux.

On ne prend même plus le temps de se demander si les actions qui nous posent tant de problèmes et que nous sommes tellement enclins à considérer comme impossibles ou interdites, ne constituent en réalité l’expression la plus normale, et la plus évidente de notre travail.

Nous voici tout d’un coup dans l’impossibilité de réaliser le sens même de notre travail et amenés à trouver a priori normaux les empêchements d’agir, les plus aberrants.

L’irrationalité même de l’obligation continuelle d’obtenir des autorisations pour ce qui est le plus évident plonge dans l’infantilité les acteurs qui s’y soumettent et leur font finalement perdre de vue la raison la plus élémentaire.

La nécessité de conserver un peu d’autorité sur sa propre activité obligera donc l’acteur éducatif d’aujourd’hui et plus encore de demain, à organiser des actions sans autorisation dont il aura d’autant plus la maîtrise et dont il sera d’autant plus responsable qu’elles ressortent de sa propre initiative.

Travailler sans autorisation préalable à l’ère des autorisations impossibles suppose de se doter de nouvelles représentations de l’intervention éducative

1- la première de ces représentations, concerne le renversement de la preuve.

Il convient de renverser le postulat d’interdiction ; ce qu’il s’agit de prouver ce n’est pas l’autorisation, mais l’interdiction, l’impossibilité et l’illégitimité du travail éducatif et social qui est mis en œuvre. Le travail de démontrer l’impossibilité doit incomber à celui qui souhaite interdire et non pas à celui qui souhaite agir.

2- La seconde de ces représentations consiste dans les modalités mêmes des actions que nous mettons en œuvre. Nos activités ne sont pas sujettes à autorisation car elles sont semblables à la vie même. Elles procèdent des mêmes mouvements. Elles ne prennent pas la forme des activités institutionnelles et artificielles. Ce ne sont ni des activités programmées, ni des activités sur inscription ou sur projet. même si elles sont quotidiennes ou régulières. Chacune de nos actions est une performance, une réalisation « unique », dont personne à l’avance ne peut connaître la tournure ou l’évolution.

Nous prenons comme modèles les éléments et conduites de la vie, les plus naturels. Nous faisons pour le collectif , comme nous faisons pour nous mêmes. Nous avons en toute circonstance , une idée claire de comment nous conduire : nous agissons pour « faire famille ».

3- La troisième de ces représentations concerne la question de la communication. Souvent, on interdit parce qu’on communique, parce qu’on anticipe, parce qu’on annonce et ce qu’on projette. C’est au moment où nous nous préparons à communiquer sur nos projets, que nous réalisons en quelque sorte que ceux ci vont nous apporter des tracasseries. Le moment de l’autocensure ; c’est souvent celui où on formule nos projets, nos intentions et qu’on se demande ce que cela aura pour conséquence de les annoncer.

Qu’en diront les uns ou les autres ? Les gens ne sont ils pas tellement habitués à ce qu’il ne se passe rien, que la seule annonce d’une initiative populaire, citoyenne (qui ne descend pas d’une institution) leur paraît comme une anomalie. La tendance est alors à se dire : « Ce n’est pas possible ».

C’est pourquoi notre communication diffère de la communication pour un événement. Elle n’est pas communication sur ce que l’on fait, mais bien davantage une communication sur ce que nous sommes, de comment nous inscrivons notre action, naturellement dans l’environnement et non pas en rupture avec lui. Notre volonté de ce qui se déroule de manière quotidienne , régulière ou cyclique, ce qui s’inscrit parfaitement dans la continuité de son environnement , tout en faisant événement, ne rentre pas dans le système habituel de « communication événementielle ». Pour nous la communication est intrinsèquement liée à notre action elle même ; elle n’est coupée de l’activité ni dans son déroulement, ni dans sa temporalité. En quelque sorte notre communication c’est notre action, et nous sommes notre communication. Notre politique de communication est tournée vers cette fonction : contribuer à construire une identité collective possible, dessiner des pistes, semer des symboles, rechercher une esthétique.

4- La quatrième de ces représentations, est la temporalité. L’autorisation comme concept découle d’une théorie de l’action basée sur la séparation de l’intention et du faire. C’est pourquoi la frénésie des besoins d’autorisation, rejoint la culture des projets. On est dans le même genre de découpage, entre intentions, objectifs et réalisation. L’autorisation est en général nécessaire à l’occasion d’un événement saisi comme unique, arbitraire et exceptionnel. En Pédagogie sociale, nous installons du durable, du fiable et du continu. Ce n’est pas qu’une affaire de mots ; on ne travaille pas de la manière quand on installe quelque chose de durable où quand on fait une animation sans lendemain. Cette volonté d’installer , nous essayons par ailleurs de l’incarner. C’est nous mêmes qui allons nous efforcer , contre les vents et marées de la vie, contre notre précarité même, de produire une œuvre sociale. Une œuvre sociale, ce n’est pas une œuvre de charité, c’est la production d’un bien social valable. Or , produire, construire, installer c’est tout le contraire de projeter, intervenir, accompagner.

5- La dernière de ces représentations est la déconstruction de la figure de l’autorité. Le climat du « social impossible » dans lequel nous vivons, s’alimente dans une culture de la peur et de l’insécurité qui est largement alimentée, et distillée comme un nouvel ordre social.

Ce climat nous incite à construire des figures d’autorité, nous incite à adhérer à ces figures et à les imaginer dotées de toute la force, de toute la détermination, de tout le savoir, de toute la puissance d’intervention qui nous ferait défaut. C’est le rêve infantile de se reposer sur une figure ambivalente à la fois autoritaire et sécurisante, parentale en un mot. Cette propension à attribuer à autrui notre propre pouvoir de vie et d’invention s’épanouit dans ce genre de climat. C’est ce qui nous égare et nous plonge dans le fantasme.

Au dessus de nous , les décideurs, les élus, sont eux mêmes englués dans les mêmes représentations. Ils n’ont évidemment rien de la puissance qu’on leur prête et ils sont eux mêmes de plus en coupés de possibilité d’intervenir sur les réalités. Ils se sentent eux mêmes dépossédés du pouvoir de choisir ou de faire. Il en est toujours ainsi ; tout petit chef autoritaire est en général le valet de quelqu’un au dessus de lui. Contrairement à ce qu’on imagine, c’est nous qui pouvons rassurer tout le monde par notre propre compétence , notre propre maîtrise, notre adhérence au sol, au terrain. C’est nous qui par l’usage et par l’expérience pouvons créer les conditions d’une autorité authentique qui permet à chacun de retrouver sa place et le sens de ce qu’il fait.

Laurent Ott,


Espace de Vie Sociale, et MJC Intermères Robinson

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