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Questions de classe(s)

Nos ancêtres les migrants

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Abrégé d’histoire génétique et « nationale » à l’usage de ceux qui croient savoir d’où ils viennent.

Nos ancêtres les Basques à la langue magnifique, vivaient tranquillement ici quand, des envahisseurs sémites venus de l’Iran migrèrent… suivis par d’autres, un petit millénaire plus tard, venus de l’Est, braillards et bavards en gaulois, buveurs, paillards, analphabètes et écorcheurs de langue basque, qui nommèrent leur désormais pays la Gaule et – nouveaux arrivants – voulurent se faire passer pour nos ancêtres !

Injuste retour des choses, Jules César envahit la Gaule. Pas tout seul, ses soldats et leurs spermatozoïdes laissant de nombreux petits souvenirs, qui se mirent aussitôt à parler latin, sans l’avoir appris à l’école. Et lui donnèrent une patine occitane et catalane. Nous voilà Gallo-Romains.

Du troisième au sixième siècle, des Britanniques celtophones, réfugiés fuyant l’invasion des Angles et des Saxons, envahissent la Bretagne. Eh oui, mes chéris, la langue bretonne est une langue de migrants, pas du tout d’origine locale.

Vers 400-500, les Huns, les Vandales, les Goths, les Burgondes futurs traîtres à la Nation – nous envahissent. Et les Francs – nouveaux arrivants – s’arrogent même le droit de donner leur nom à notre pays, rien que ça !

732 : Charles Martel stoppe les Sarrasins à Poitiers ; en 725, ils étaient à Autun et incursèrent jusqu’à Sens. Qui ont laissé pleins de jolis souvenirs musulmans et basanés aux jolies françaises blondes.

De 800 à 900, les blonds Vikings scandinaves s’implantent en Normandie, menacent Paris, fécondent les plantureuses fermières sous les pommiers (fruit originaire du Kazakhstan, ben tiens) et en 1066, Guillaume le Conquérant, duc de Normandie devient roi d’Angleterre.

Les petits spermatozoïdes basques se sont réfugiés dans un petit coin frontalier. Les autres font semblant d’avoir toujours été là.

De 1337 à 1453, les Anglais nous font le coup de la guerre de cent ans. Aidés par les Bourguignons, les traîtres ex-burgondes. Les anglais tiennent Bordeaux et la Bourgogne, la France pinardière, en somme. Leur sang impur abreuve nos sillons, vous voyez ce que je veux dire… (Sauf celui de Jehanne d’Arc, qui reste pucelle)

La Renaissance permet de renouer avec l’héritage culturel de l’antiquité, préservé par les musulmans. À cette époque beaucoup d’intellectuels savent lire l’arabe. Tiens tiens, pourquoi qu’en France on tient tant au latin, étudié par 60 000 lycéens et parlé couramment par trois barbus à lunettes et qu’on n’y enseigne si peu l’arabe (étudié par moins de 10 000 élèves au collège et au lycée) et parlé par des centaines de milliers de françaises et de français, jeunes et alertes ? Quand au basque, à l’occitan et au catalan…

1815-1818, les Russes et les Cosaques viennent boire un coup à Paris, gros buveurs au point de faire croire que le mot bistrot vient du russe. En plus de boire des coups, ils en tirèrent quelques uns, histoire de diversifier notre patrimoine génétique national. Les Prussiens en 1870, font de même et nous piquent l’Alsace et la Lorraine.

Bref, tout le monde traverse, dépose son petit bagage, devient français. En 1914, La France compte 420 000 Italiens, qui deviennent français par la suite. En 1919-1920, l’État signe des conventions d’immigration avec les pays surpeuplés d’Europe : la Pologne, l’Italie, et la Tchécoslovaquie ; les voilà français.

Ça fait des siècles qu’on accueille la diversité et l’intelligence du Monde. Et si on s’en resservait un petit coup pour la route, histoire de.

12 Messages

  • Nos ancêtres les migrants 15 septembre 2015 16:21, par Sébastien Bouchard

    Très intéressant. Seule petite erreur : "des envahisseurs sémites venus de l’Iran migrèrent".
    Les "iraniens", en fait peut-être plus des "peuples de la steppe", bref les envahisseurs de cette époque sont "Indo-européen".

    Par contre, les arabes sont eux sémites. Mais les arabes de Poitiers sont en bonne partie amazighe. ....

    Sébastien Bouchard, historien québécois

    "Icitte en Amérique, on est tout une gang de bâtard pis on est ben contant" - Plume Latraverse

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  • Nos ancêtres les migrants, supplément 15 septembre 2015 17:08, par julien

    J’ai appris avec stupéfaction sur une encyclopédie américaine en ligne que le plus fameux roi anglais, Richard cœur de lion, était avant tout un poète OCCITAN et ne parlait pas un mot d’anglais. On pourrait apprendre l’occitan en plus du latin, du grec et de l’arabe. Sans compter le mandarin qui nous ferait une vrai langue étrangère.

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  • Nos ancêtres les migrants 15 septembre 2015 18:40, par jcc

    "Ça fait des siècles qu’on accueille la diversité et l’intelligence du Monde. Et si on s’en resservait un petit coup pour la route, histoire de"

    Le terme accueille est historiquement incorrect : pour au moins deux raisons : le "on" n’existe en tant que communauté d’appartenance que depuis le XVIII et les épisodes gentiment relatés ici, malgré tout le relativisme historique qu’on puisse y mettre, ressemblaient plus à des invasions qu’à des migrations !
    Les mots ont un sens ;
    migration n’est pas invasion et réciproquement !

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    • Nos ancêtres les migrants 16 septembre 2015 16:25, par Jean-Louis Cordonnier

      « Ces épisodes (...) ressemblaient plus à des invasions qu’à des migrations ! »

      1. Est-ce conceptuellement si différent : Dans l’article Invasions barbares de Wikipedia : "Les travaux menés depuis la Seconde Guerre mondiale ont conduit à remettre en question le concept d’« invasions barbares ». Les historiens allemands et germanophones préfèrent le terme, moins péjoratif, de « migration des peuples », tandis que la plupart des historiens anglo-saxons parlent aujourd’hui de « Migration Period » pour évoquer cette période de l’histoire.

      2. Les marqueurs génétiques Chromosome Y (provenant exclusivement des hommes) et ADN mitochondrial (provenant exclusivement des femmes) donnent des résultats similaires quant aux mouvements de populations. (Voir article "Genetic history of Europe" de Wikipedia). Donc, des envahisseurs et des envahisseuses, ou des migrants et des migrantes, au choix, se sont génétiquement mélangé(e)s aux autochtone(e)s. Quand on fait l’amour avec l’étranger(e), est-ce encore un(e) étranger(e) ?

      « Et c’est ainsi qu’Allah est grand », comme disait l’auvergnat Alexandre Vialatte...

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      • Nos ancêtres les migrants 16 septembre 2015 17:18, par jcc

        Je crois que le terme d’invasion suggère à la fois une dualité de nombre et de violence ce qui fut tout de même le cas des nombreux épisodes que vous citez.

        La notion de migration ne fait référence qu’à des déplacements de populations plus ou moins importants, plus ou moins volontaires.
        La diversité des peuplements humains ne peut être réduite ainsi à de simples aléas historiques circonstanciés ; vous oubliez l’essentiel : la durée et la multitude !

        Le premier empire d’Akkad a construit les premiers limes contre les nomades Gutis, ainsi que les Chinois ou les Romains ! Toute communauté humaine tend à se protéger contre les invasions dès lors qu’elle pense qu’elle est menacée !

        Pour vous, l’actuel mouvement de réfugiés est-il une invasion ? ou une migration ?
        Il y a de plus actuellement une différence conceptuelle entre réfugié et migrant.
        Les mots ont un sens surtout lorsqu’ils touchent aux populations et aux émotions.

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      • Nos ancêtres les migrants 17 septembre 2015 16:16

        " Quand on fait l’amour avec l’étranger(e), est-ce encore un(e) étranger(e) ?" C’est vrai qu’elles devaient très certainement toutes être d’accord ...!

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        • Nos ancêtres les migrants 17 septembre 2015 19:05, par Jean-Louis Cordonnier

          Le fait que l’ADN mitochondial des envahisseuses (des femmes pour insister, elles sont les seules à transmettre leurs mitochondries) se soit mêlé à l’ADN de la population autochtone doit-il conduire à penser que les femmes étrangères se sont fait violer (j’envisage mal le viol par les femmes) ? Et si elles avait vraiment fait l’amour ? En peu d’année d’occupation nazie, il y a eu assez d’histoire d’amour, de vrai amour caché parce qu’interdit, pour qu’on puisse penser que lorsque les anglais sont restés cent ans, ou que les Normands sont restés encore plus longtemps, ce qui était une invasion s’est tellement normalisé qu’on fini par rapidement oublier qu’ils avaient franchi la frontière sans autorisation. Je ne nierais pas du tout qu’il y a aussi eu des viols : jusqu’au 16ème siècle la plupart des femmes se faisaient violer plusieurs fois dans leur vie (source Histoire du Viol, Georges Vigarello, Collection Points histoire). L’assimilation rapide à l’échelle de l’histoire des nouveaux arrivants, même envahisseurs, c’est ça l’histoire génétique de la France et de l’Europe. Je fais juste le pronostic qu’un peu d’ADN mitochondrial syrien (et quelques chromosomes Y de même provenance) va tranquillement enrichir le patrimoine génétique de la France, et que dans quelques décennies, ça ne fera plus le billet de une de QdC !

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          • Nos ancêtres les migrants 18 septembre 2015 10:05

            Merci pour cette réponse claire, nette et nuancée. Les faits dont vous parlez ne peuvent être mis en doute, mais ils ne sont pas une nouveauté. Voir le livre des historiens Lucien Febvre et François Crouzet des années... 1950 et réédité chez Albin Michel en 2012 : son titre ? " Nous sommes des sang-mêlés" et son sous-titre "Manuel d’histoire de la civilisation française". En avance sur leur temps.

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  • Nos ancêtres les migrants 16 septembre 2015 10:50, par Christophe

    Entre abrégé et raccourci, il y a un abîme. Un abrégé est une synthèse honnête, un raccourci est un point de vu partisan, sans nuance et mâtiné d’inculture ou d’un vernis de culture.

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    • Nos ancêtres les migrants 16 septembre 2015 13:00, par Jean-Louis Cordonnier

      Ça gratouille votre coq gaulois d’être mâtiné ?! Pas si gaulois, car il semble bien que ce soit les romains qui aient importé les coqs en Gaule.

      Et puis, je suppose qu’avant de parler de "point de vue partisan" (accusez-moi d’inculture mais respectez l’orthographe...), vous avez lu des articles de chercheurs sur la diversité génétique de la France. Par exemple celui-ci : The Geography of Recent Genetic Ancestry across Europe (http://journals.plos.org/plosgenetics/article?id=10.1371/journal.pgen.1003296).

      Comparisons of genetic data from ancient and modern-day populations revealed significant changes in the mitochondrial makeup of North East Europeans through time.

      (...) which suggests an important role of post-Mesolithic migrations from Western Europe and subsequent population replacement/extinctions. This work demonstrates how ancient DNA can improve our understanding of human population movements across Eurasia.

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  • Nos ancêtres les migrants 17 septembre 2015 11:56, par Philippe

    Après la lecture d’un article comme ça, est-ce qu’on ne risque pas d’en venir à dire :
    "Ah ba ma brave Madame, les Américains, ils sont venus en Irak, ils y ont laissé quelques spermatozoïdes, c’est bien du malheur mais c’est comme ça. Et alors, les Irakiens, ça vous gène d’avoir des gènes américains maintenant ? Vous êtes contre l’émigration, les invasions, les guerres d’expansion… ?? »
    Etc., etc.
    Un peu beaucoup de confusion pour banaliser quoi ? Des drames toujours renouvelés et actualisés ? Mais quand ils ont eu lieu il y a 500 ou 1000 ans, on s’en fiche un peu, à juste titre, on peut pas porter toute la misère de l’histoire.

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  • Nos ancêtres les migrants 17 septembre 2015 13:15, par Bernard Gilles

    Autant je partage entièrement les présupposés humanistes de l’auteur de l’article, autant je peux entendre les quelques réserves émises par JCC. Lorsque tu emploies l’expression "faire l’amour", pour expliquer le mélange des populations, Jean-Louis, on pourrait tout aussi bien songer au mot "viol", charmante pratique qui a de tout temps accompagné ces déplacements de population qui furent, aussi, des invasions. JCC a raison de souligner que toute communauté humaine a tendance à ériger des frontières qui la distingue, la sépare de l’autre. Qu’on mette ou non une majuscule à ce mot "autre". Notion fluctuante, parfois matérielle, toujours symbolique, la frontière reste à interroger, y compris dans la perspective révolutionnaire qui veut son abolition. Et l’invocation "nous sommes tous frères", si elle suscite ma sympathie et mon adhésion, est loin d’épuiser la question immense de l’articulation entre la communauté humaine universelle et les communautés particulières.

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