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Questions de classe(s)

L’école : un des enjeux de l’actuelle crise au FN ?

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Au Front national, la démission de Florian Philippot a immédiatement été suivie de celle de ses plus proches partisans. L’un d’entre eux, le n° 1 du parti en Loire-Atlantique, n’est autre qu’Alain Avello, également président du Collectif Racine des « enseignants patriotes », le premier des collectifs créés au sein du Rassemblement Bleu Marine…

L’action de Florian Philippot et de ses amis s’était en effet résolument inscrite dans l’obsession historique de l’extrême droite pour l’éducation. En lui donnant toutefois une nouvelle coloration – républicaine et souverainiste – en phase avec l’évolution qu’ils souhaitaient donner au parti de la dynastie familiale Le Pen.

Le FN, porte-parole de ceux qui rêvent d’un retour à l’ordre scolaire d’antan…

Longtemps partisan d’un ultralibéralisme scolaire (avec la promotion du « chèque éducation » dans son programme jusqu’en 1996 et la revendication de parité de subvention entre l’enseignement public et le privé), porteur d’une vision religieuse de l’enseignement (suppression de l’école maternelle, par exemple pour le retour des mères au foyer, etc.), le FN avait progressivement repris à son compte les diatribes du courant réac-publicain, son déclinisme et sa nostalgie de l’école d’avant 68. Surfant sur le succès de trente ans de pamphlets alarmistes sur l’effondrement du niveau, le FN entendait devenir le porte-parole de ceux qui rêvent d’un retour à l’ordre scolaire d’antan…

Le lancement du collectif Racine en 2013, tout comme la première des conventions présidentielles de Marine Le Pen sur le thème de l’éducation (septembre 2016) avec l’annonce des 100 mesures pour redresser l’école, avait replacé la question éducative au cœur du programme frontiste et consacré le projet de Florian Philippot, d’ailleurs lui-même fils d’instituteur.

« Redresser les corps, redresser les esprits pour redresser la nation »

Un programme ainsi résumé par l’un des membres du Collectif : « Redresser les corps, redresser les esprits pour redresser la nation » et, pour cela, conquérir le pouvoir, et diriger depuis la rue de Grenelle la mise au pas des élèves et des personnels… C’était l’objectif de l’opération séduction de Marine Le Pen en direction des enseignants, dès 2011 : « Je le sais, longtemps, il y a eu un malentendu entre nous. Longtemps, nous avons donné le sentiment de vous regarder en ennemis. » Un mea culpa qui ne signifiait en rien une remise en cause des déclarations de papa Le Pen ou des diatribes fascistes anti-immigrés… comme en témoignent ces propos de campagne en décembre 2016 : « Je n’ai rien contre les étrangers, mais je leur dis : "Si vous venez dans notre pays, ne vous attendez pas à ce que vous soyez pris en charge, à être soignés, que vos enfants soient éduqués gratuitement, maintenant c’est terminé, c’est la fin de la récréation !" »

« C’est la fin de la récréation »

Le national-républicanisme version Philippot ne s’est pas imposé sans mal, surtout auprès de la frange intégriste du FN, farouchement attachée aux écoles privées, de préférence hors contrat. Quand Marion Marechal-Le Pen ou Robert Ménard se faisaient les défenseurs de l’enseignement privé religieux, le Collectif Racine prétendait, lui, agir au sein de l’école publique.

Le départ du FN du dirigeant de ce Collectif d’enseignants (précisons-le, assez microscopique) annonce donc très probablement des évolutions quant à la ligne « éducative » du parti. D’abord au sein du FN lui-même où les partisans des fondamentaux anti-école publique (on se souvient des diatribes de Jean-Marie Le Pen contre « la racaille enseignante » et « les professeurs avec des blue-jeans crasseux, aux savates éculés […] fumeurs de shit invétérés ») pourraient reprendre la main sur le programme éducatif, s’inspirant peut-être du modèle des écoles Espérance banlieues.

Ainsi, à Béziers, c’est une école copiée sur le fonctionnement d’Espérance banlieues qui est créée par Ménard

Ainsi, à Béziers, c’est une école copiée sur le fonctionnement d’Espérance banlieues qui est créée par Ménard (uniforme, salut au drapeau, méthodes pédagogiques d’avant-hier, etc.) que le maire, Robert Ménard, a ouvert dans sa commune. Dans le 93, le secrétaire départemental FN 93, Jordan Bardella, avait visité le cours Alexandre-Dumas (qui s’en était d’ailleurs publiquement réjoui…).

Hors du parti aussi, ce départ aura des conséquences. N’en doutons pas, les démissionnaires vont continuer leur action, de manière autonome ou en s’alliant avec d’autres, le parti de Nicolas Dupont-Aignan, par exemple. Opposés sur les questions économiques (retraites, droit du travail, etc.), ils se retrouvent cependant dans la même obsession pour remettre au pas l’école, à l’image du responsable éducation du parti Debout la France, le fameux Jean-Paul Brighelli (l’auteur de La Fabrique du crétin). Ce dernier, avant d’avoir appelé à voter Le Pen avait déjà salué le programme du collectif Racine, précisant même que celui-ci lui avait « volé » ses idées en matière de retour en arrière pédagogique.

De Brighelli à Philippot, en passant par Polony : une même obsession : remettre au pas l’école

Il est donc possible qu’une reconfiguration du paysage politique se dessine, paysage où les questions éducatives pourraient jouer un rôle fédérateur.
Car d’autres courants, dans la galaxie souverainiste, y accordent aussi une extrême importance, sans être étiqueté à la droite de la droite (comme Natacha Polony).

Il y a deux ans, faisant tribune commune lors des universités d’été de Debout la France – consacrée à « l’école de l’excellence » et organisée par Jean-Paul Brighellli – Nicolas Dupont-Aignan est Jean-Pierre Chevènement affirmaient que « c’est autour de l’école que se fera l’union des souverainistes des deux rives »…

« Cest autour de l’école que se fera l’union des souverainistes des deux rives » …

« Libéré » de l’estampille FN, Philippot et ses éventuels alliés pourraient vouloir incarner un débouché politique pour la nébuleuse réac-publicaine dont le discours décliniste et nostalgique en appelle aux solutions autoritaires et identitaires.

Nos luttes : sociales et pédagogiques !

Face aux nouveaux visages de l’extrême droite, la vigilance sera de mise. À nous de veiller, dans nos réflexions, nos combats et nos pratiques, à ne pas leur laisser le monopole de la critique d’une institution déjà trop inégalitaire, injuste et autoritaire. Les luttes de demain, dans et hors l’école, seront sociales et pédagogiques !

Grégory Chambat

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