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Questions de classe(s)

Des apprentissages pour devenir autonome

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L’autonomie a été et est toujours une finalité de l’éducation. Néanmoins derrière ce terme se cache des conceptions idéologiquement différentes qui n’induisent pas les mêmes possibilités de réussite scolaire.

Désintéressement et autonomie républicaine

La conception républicaine de l’école fait reposer l’apprentissage sur l’amour désintéressé du savoir. L’élève doit devenir un clerc pour réussir. Mais une telle conception de l’école, qui met en avant l’instruction, c’est-à-dire transmission de connaissances, sans lien avec une utilité pratique, s’accommode plus spécifiquement avec l’ethos de classes sociales pour qui l’utilité pratique du savoir dans un cadre professionnel n’est pas une nécessité pressante.

L’autonomie est atteinte par l’intériorisation de ce rapport au savoir qui en impose la transcendance. Acquérir un respect pour le savoir en soi constitue de la condition de possibilité des apprentissages scolaires. Le bon élève est alors celui qui sait obéir à la loi du maître pour par cette contrainte devenir ensuite lui-même autonome.

Néanmoins, ce rapport religieux à l’école et aux connaissances paraît aujourd’hui incompréhensible, voire ridicule à nombre d’élèves, qui ont du mal à saisir le sens d’une telle sacralisation de l’école et des savoirs scolaires.

Projet professionnel et autonomie néo-libérale

Les études scientifiques font apparaître une baisse croissante de la part des élèves de la motivation plus les années dans le secondaire avancent. Cette baisse accompagne un phénomène de massification scolaire depuis les années 1960 faisant accéder à l’école des élèves dont les familles n’ont pas le même rapport à l’école et aux savoirs que les familles d’hériters qui pouvaient se permettre un discours esthétique sur l’amour désintéressé du savoir.

A partir du milieu des années 1970, la crainte du chômage devient progressivement une préoccupation majeure et l’école s’impose comme la condition de possibilité de la réussite scolaire par la délivrance de diplômes attestant une qualification.

C’est alors imposé progressivement une autre forme de rapport à l’école à savoir la conception néo-libérale. Ce qui a été mis au cœur de la motivation scolaire, c’est avoir un « projet d’orientation et professionnel ».

Il ne s’agit plus avant tout de transmettre des connaissances, car celles-ci peuvent subir un phénomène d’obsolescence, mais de transmettre des compétences, c’est-à-dire des savoirs-faire et des savoirs-être. Être autonome, cela signifie alors acquérir les méthodes de travail qui permettront d’être un travailleur capable de s’adapter et d’avoir l’esprit d’initiative.

Néanmoins, et c’est là le paradoxe, « travailler à l’école pour trouver un travail qui gagne bien », n’est pas une motivation suffisante capable de faire réussir les élèves. Ce type de motivation extrinsèque est bien souvent la seule que possèdent les élèves en échec scolaire à la différence justement des élèves qui réussissent à l’école.

Éducation intégrale et autonomie libertaire

Néanmoins, il faut savoir sortir de cette alternative enfermante entre « amour désintéressé du savoir » et « projet professionnel » comme base de la motivation scolaire et accès à l’autonomie.

Les motivations scolaires qui permettent d’accéder à un rapport auto-déterminé au savoir sont des motivations intrinsèques. Ce sont des motivations qui rendent progressivement possible à l’élève de devenir de plus en plus autonome, jusqu’à ce qu’il soit capable d’apprendre par lui-même.

Ces motivations sont de deux ordres. La première est l’attitude de l’élève qui apprend à l’école parce qu’il a le sentiment que cela lui permet de mieux comprendre le monde qui l’entoure. Il est donc capable de construire un sens aux apprentissages par et pour lui-même. La seconde attitude est celle de l’élève qui apprend parce que apprendre lui procure du plaisir. On pourrait même dire qu’il connaît la joie d’apprendre. C’est ce qui entretient son désir d’apprendre. De manière générale, on peut dire qu’un élève qui a ses deux rapports aux apprentissages, n’est pas un élève intéressé – au sens utilitariste de celui qui a un comportement de consommateur -, mais qui trouve cela intrinsèquement intéressant.

Si cela l’intéresse, c’est que les apprentissages scolaires ne sont pas des sortes d’habitudes extérieures qui se plaquent à sa personnalité comme s’ils étaient pour lui une forme de conditionnement ou de dressage. Cela l’intéresse parce qu’il considère les apprentissages comme une dimension de son développement personnel.

C’est cette idée que traduit la notion libertaire d’ « éducation intégrale ». L’éducation devait être intégrale parce que le processus éducatif produit par le travail scolaire est une voie par laquelle l’être humain se réalise en faisant. Par le travail scolaire, l’individu développe ses capacités et donc l’école doit lui permettre de développer toutes ses capacités. L’autonomie est donc un processus qui se conquiert par un travail sur soi.

Néanmoins, la réalisation de soi n’est pas uniquement une « sculpture de soi ». En effet, en tant qu’être social, l’enfant ne peut se développer en tant que personne autonome que dans un tissu de relations sociales. Le développement de son autonomie, en tant qu’être social, sera d’autant plus possible qu’il participe à l’institution sociale d’un groupe autonome. C’est pourquoi les pédagogies d’inspiration libertaires ont insisté sur la participation de l’élève à des institutions démocratiques au sein de la classe et de l’école.

Conclusion :

Il apparaît important alors sans doute, si l’on veut lutter contre l’échec scolaire, de travailler sur les rapports aux apprentissages des élèves.
Ce n’est sans doute pas en leur donnant un rapport néo-libéral à l’école que l’on va y parvenir. Il est plutôt fondamental de les convaincre de l’importance de ces apprentissages pour la réalisation d’eux-mêmes en tant qu’êtres humains.

2 Messages

  • Une piste d’intervention :

    Il serait sans doute profitable, d’avoir le temps ou de prendre le temps, de discuter avec les élèves sur le sens de l’école et des apprentissages.

    Cela permettrait de déconstruire des formes de rapport aux savoirs qui sont uniquement orientés vers des attitudes consuméristes de l’école et qui en définitive ne favorisent pas une motivation authentique des élèves.

    Cela permettrait également de les aider à construire un rapport à l’école qui fasse réellement sens pour eux et leur permettent de trouver un réelle motivation à y être.

    Irène Pereira

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    • Des apprentissages pour devenir autonome 21 décembre 2013 22:42

      je cite un passage du très intéressant article précédent et je me permets une remarque

      "Ces motivations sont de deux ordres. La première est l’attitude de l’élève qui apprend à l’école parce qu’il a le sentiment que cela lui permet de mieux comprendre le monde qui l’entoure. Il est donc capable de construire un sens aux apprentissages par et pour lui-même. La seconde attitude est celle de l’élève qui apprend parce que apprendre lui procure du plaisir. On pourrait même dire qu’il connaît la joie d’apprendre. C’est ce qui entretient son désir d’apprendre. De manière générale, on peut dire qu’un élève qui a ses deux rapports aux apprentissages, n’est pas un élève intéressé – au sens utilitariste de celui qui a un comportement de consommateur -, mais qui trouve cela intrinsèquement intéressant."

      Dans cette citation je ne vois pas "deux ordres" l’approche fondamentale me semble être le lien entre l’apprendre et le plaisir.
      le premier "ordre" cité traduit une maturité que certains adultes ou grands enfants vivent . Il me semble que ce désir d’apprendre pour comprendre le monde appartient à un monde d’humain avec un certain vécu (notez que je préfère ne pas entrer dans cette distinction facile enfant/adultes)
      cela dit le plus important dans ce "premier ordre" c’est qu’il ne peut pas faire l’économie du plaisir. Lorsque l’on n’est pas sous contrainte.. on a plaisir à...

      Dans ce "premier ordre" on aurait donc une explication possible et non unique à l’origine d’un plaisir d’apprendre.

      Le "second ordre" invoqué ici ne se place pas au même niveau sémantique que "le premier" . On a un élève qui apprend parce que apprendre lui procure du plaisir mais on ne sait pas pourquoi apprendre lui procure du plaisir.

      On pourrait alors décliner les situations de classes qui amènent des pourquoi et il est possible de la faire dans le contexte d’une pédagogie coopérative avec plus de facilité car les occasions ouvertes le permettent. Un exemple quotidien est constitué par la relation complexe qui s’établit entre celui qui communique un travail et ceux du groupe qui sont particulièrement réceptifs au point de devenir eux mêmes à leur tour acteurs principaux . Il n’y a au départ pas d’obligation et celui qui communique le fait avec plaisir . De même ceux qui dans le groupe sont réceptifs ne se forcent pas à l’être. Ils sont donc dans une situation de plaisir. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.

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