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Questions de classe(s)

Brighelli à l’université d’été du FN : dans la logique des choses

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Par B. Girard Blog : Histoire, Ecole et Cie

Brighelli à l’université d’été du FN, ce n’est ni une surprise, ni la dérive d’un ancien gauchiste qui aurait mal tourné, c’est dans l’ordre des choses : l’aboutissement naturel d’un positionnement idéologique, d’un discours sur l’école par essence d’extrême-droite.

Les points de vue sont connus et de longue date : à travers ses publications, qui se répètent à l’identique d’une année sur l’autre, à travers ses interventions médiatiques, dans une sorte de frénésie verbale qui s’auto-entretient, Brighelli développe les mêmes idées fixes sur le système éducatif, usant jusqu’à la corde ses thèmes favoris : « déclin » et « ensauvagement » de l’école. « Effondrement » du niveau des élèves, baisse des « exigences », incarnée par la suppression des redoublements, abandon des « savoirs » (« grands auteurs » en littérature, « grands hommes », « grandes dates » en histoire), « autorité du maître » bafouée par des « sauvageons » auxquels Mai 68 aurait donné les pleins pouvoirs, critique de la mixité renvoyant à un mépris réel pour les élèves (1), « bonnes vieilles méthodes » - nécessairement syllabiques pour l’apprentissage de la lecture – à base de répétition et de par cœur, inépuisable phobie du « pédagogisme » (comprenez la formation des maîtres), dénonciation obsessionnelle du collège unique, examens « bradés » etc : la liste est longue des poncifs qu’on enfile comme des perles, renforcée, ces dernières années par des attaques brutales, répétées et assumées contre les élèves « issus de l’immigration », ouvertement assimilés à des terroristes en puissance (voir ici et là). Car le message de Brighelli est limpide : l’école a sombré, et la France avec elle, depuis qu’elle s’est ouverte aux élèves de tous les milieux et à l’immigration.

Et c’est un message politique, en tous points identique à celui que délivre le FN : derrière la nostalgie d’un âge d’or scolaire fantasmé, Brighelli, du haut de sa chaire de classe prépa, comme Le Pen, défendent en réalité le modèle d’une école étroitement sélective, une école qui exclut, une école de classe. Faisant semblant d’ignorer que le mythe de l’élitisme républicain a surtout servi à légitimer un ordre social brutalement inégalitaire, c’est de fait un projet lourdement réactionnaire que défend Brighelli à la tribune du FN, sous les acclamations des militants galvanisés par les accents identitaires et les clichés racistes appuyés autour des « 350 000 femmes voilées » qu’il croise tous les jours dans les rues de Marseille, « la langue de Saint-Denis » ou « le gloubi-boulga qu’est le langage du rap. »

La prise de parole de Brighelli à un meeting du FN, son implication décomplexée dans la campagne électorale de l’extrême-droite (voir ses fonctions nationales dans le parti de Dupont-Aignant) ne sont pas un accident, pas davantage une nouvelle manifestation d’un carriérisme débridé, de longue date attesté (2). Cela fait tellement longtemps que Brighelli occupe le devant de la scène médiatique avec les mêmes rengaines reprises par des médias et des éditeurs chez lesquels il a manifestement toutes ses entrées. Au-delà de l’expression d’un ego personnel manifestement surdimensionné, ce que révèle cet épisode, c’est la porosité des frontières entre une certaine mouvance « réac-publicaine » dont Brighelli est un représentant notoire et le projet politique autoritaire/identitaire d’un parti d’extrême-droite.

(1) – Cf cette rhétorique poisseuse : « Quitte à passer pour un réactionnaire définitif, je supplie le lecteur de réfléchir sur un dernier point. La mixité, si célébrée quand elle a débarqué au cours des années 1970, est-elle une si bonne chose ? Les filles ne peuvent plus s’habiller en jupe ou en robe, elles sont contraintes au pantalon quand ce n’est pas au voile – et en même temps elles revendiquent leur féminité par les marques les plus vulgaires (...). Corollaire, les garçons ne sont plus vus, dans nombre d’établissements, que comme des machos écervelés, des boules de testostérone – et Eric Zemmour pense (...) que l’on peut comprendre les réflexions oiseuses ou les réflexes animaux de ces grands boutonneux soudain confrontés à la féminité agressive des strings, des piercings exhibés, des décolletés vertigineux (...) » (Brighelli, Fin de récré, 2008, p. 123)

(2) – Pour rappel : l’ébouriffante remise de la légion d’honneur par Darcos à Brighellien 2009.

1 Message

  • Il faut, si on a du courage , lire aussi la tribune récente de ce même Brighelli dans "le POint" rendant compte du livre de Barjon et où au passage il m’injurie (me prêtant l’écriture du programme de français de collège, alors que je n’ai fait que piloter un groupe de travail où il y avait des gens très engagés sur le terrain, et Denis Paget, qui est cité). De grosses erreurs : Anne Armand, inspectrice générale qui se serait opposée aux "pédagogistes", alors qu’elle a toujours soutenu une profonde transformation del ’enseignement du français dans un sens progressiste ; Goigoux qui devient défenseur de la méthode globale alors qu’il a été fortement attaqué par l’AFL ou Charmeux justement par ce qu’il prônait une utilisation du "syllabique", mais combiné à un apprentissage de la compréhension (pour aller vite) et des citations erronées ou hors contexte (Meirieu a dit comme presque boutade qu’on apprenait à lire avec des notices plutôt qu’avec des textes littéraires, je pense qu’il a eu tort de dire ça car ça n’a pratiquement jamais été vrai, du moins dans le sens que c’était à la place des textes littéraires, etc. etc.
    il y a vraiment un combat idéologique à mener contre ces gens-là et ceux qui continuent à s’acharner contre la réforme du collège par exemple devraient y réfléchir et bien choisir leur adversaire.

    Voir en ligne : http://blog.educpros.fr/Jean-Michel...

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