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Questions de classe(s)

Cours magistral je-nous-dicte 2014_12

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06 EDU cours magistral je-nous-dicte 2014_12

1. J’ai sous les yeux le compendium de rhétorique dicté en 1788 par Puel de Saint-Simon à ses élèves et singulièrement à Guillaume Postel. C’est un petit opuscule presque carré (14 x 17 cm)                                           de 81 pages bien calligraphié, donné sous forme de questions / réponses et destiné à être appris par cœur. Il m’a suivi pendant toute ma carrière. Comme d’autres de mes contemporains j’ai eu en histoire-géographie un professeur qui dictait son cours et s’arrêtait de temps à autre pour développer oralement tel ou tel point. J’imagine que Puel de Saint-Simon en faisait de même.

2. A partir des années 1950 on a demandé aux professeurs de rendre plus vivants leur cours en préparant des questions auxquelles devaient répondre les élèves. Le cours s’achevait sur un résumé dicté. Comme cela pouvait paraître un peu léger, on demanda progressivement aux élèves de prendre des notes, comme cela se faisait à l’université. Mais prendre correctement des notes demande une compétence rare et seuls les élèves les plus consciencieux comparent leurs notes pour les compléter. Mais on en reste à un savoir figé dans lequel les élèves ont à répèter mais non à réinventer ou inventer. 

3. Cette méthode me paraissait fatigante et intellectuellement peu satisfaisante. Somme tout l’essentiel du cours pouvait tenir en un format a5 tiré au limographe. Soit environ 200 mots et 2000 caractères. La lecture lente et expressive de ce texte demande environ 3 minutes. Ce qui correspond aux normes Retorica. Un bon deux-cents-mots demande deux heures de travail et quatre ou six heures pour un contenu soigné pour le fond et la forme. Malheureusement je me suis écarté, un temps, de cette formule canonique intéressante. Lorsque les photocopieuse et les traitements de textes sont apparus j’ai cédé à la tentation de doubler et même quadrupler le contenu de ce noyau. J’ai donc eu des fiches de 800 mots et 8.000 caractères dont la lecture demandait 12 minutes. C’était autant de moins pour le débat ouvert que je pratiquais sous la forme du je-nous-dicte. Erreur donc. 

4. Il y a dans cette affaire un non-dit. Le cours magistral dure une heure (55 mn). Mais on peut en faire varier la durée. Catherine (2 sept 2009) : « … le cours magistral (ou plutôt le cours dialogué qui sollicite la réflexion et les réactions des élèves) n’est pas interdit en pédagogie Freinet. Il est parfois nécessaire. Mais il est à côté d’autres procédures de travail. » Roger : Et surtout le cours magistral est alors très bref, de l’ordre de quelques minutes. Chez moi, c’était une fiche a5 commentée collectivement en débat silencieux. Voir sur Google : « débat silencieux retorica » ». 

5. Je reviens au je-nous-dicte. Au départ il y a donc un texte bref de 200 mots (littéraire ou non). Nous lisons deux fois le texte et entamons le débat silencieux. Les élèves peuvent s’exprimer oralement ou par écrit à l’aide de quarts de feuille (a6) qu’ils me passent et que je lis. Dès qu’une idée intéressants apparaît j’arrête le cours et je nous dicte la phrase émise en la remettant en forme stylistiquement si nécessaire. Nous gardons tous, prof comme élèves, le même classeur et les mêmes traces écrites, correctement, lentement rédigées (“Monsieur, vous allez trop vite”) et soigneusement classées. Elles restent donc consultables des années plus tard et portent témoignage de ce qui a été fait. Cela me servait de preuve irréfutable près des parents et de l’administration, et permettait aux élèves des révisions efficaces. 

6. La tentation aurait été d’en revenir au cours magistral traditionnel dicté ! Par chance, je ne préparais rien ! Ce que j’avais à dire de fondamental je l’avais rédigé dans ce textes bref qui nous servait de tremplin. En somme nous étions de vrais héritiers de la culture classique occidentale : nous la prenions en compte puis la commentions pour la revivifier et la réinventer. L’interrogation se fait aujourd’hui plus vive avec des publics plus diversifiés, qui ont le droit d’émettre leurs réflexions et qu’elles soient prises en compte. Une remarque raciste, antisémite ou sexiste sera notée mais avec la condamnation qu’elle exige car la laïcité c’est la paix sociale dans la transparence. 

7. Je remercie vivement les camarades du mouvement Freinet qui ont scanné cette « évaluation des attitudes d’un groupe » (années 1970) dont j’avais perdu la trace. Voici le lien :
http://www.icem-freinet.fr/archives/educ/76-77/6/23-26.pdf
En gros donc, concernant un sujet, les élèves répondent sur un a6 à deux questions l’une objective, l’autre subjective avec des nuances qui font de tf (très faible), fa (faible), mé (médiocre) / ab (assez bien), bi (bien), tb (très bien). Pour un ou plusieurs cours je-nous-dicte les deux questions posées seront :
- ce cours m’a-t-il paru utile ?
- ce cours m’a-t-il plu ? 
Le dépouillement peut se faire rapidement, en classe, au tableau. On va donc avoir quatre secteurs :
en haut à gauche : utile non, plaisir oui (C)
en bas à gauche : utile non, plaisir non (D)
en haut à droite : utile oui, plaisir oui (A)
en bas à droite : utile oui, plaisir non. (B)
L’idéal est que tout le monde se retrouve en secteur (A), voire (B). (C) pose problème et encore plus (D). Ce qui peut donner lieu à un débat coopératif lui aussi objet d’un débat silencieux couplé à un je-nous-dicte. 
Les a6 étaient dépouillés anonymement mais il portait (éventuellement) le nom des élèves ce qui me permettait, chez moi, de savoir qui pensait quoi, donc d’identifier des difficultés personnelles. 

8. La réflexion d’aujourd’hui prépare celle de demain et d’après-demain. Tous les cinq ans environ je refais cette fiche de travail. Ce qui me permet de voir loin et large. Mais il faut que cette réflexion personnelle puisse être prise en charge collectivement, d’un point de vue personnel et non institutionnel. Car les institutions ne changent que par l’action des personnes. 

Roger et Alii
Retorica

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