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Des propos intolérables - communiqué du CRAP-Cahiers pédagogiques

, par Grégory Chambat

  

L’association Crap-Cahiers Pédagogiques, représentée par son Bureau, dénonce les messages indignes postés ces jours derniers sur les réseaux sociaux à l’encontre de personnes qui prennent position dans les vifs débats d’idées du monde éducatif. Parmi ces personnes, ont été visés ces derniers jours, par des propos haineux, entre autres Philippe Watrelot, ancien président du Crap-Cahiers Pédagogiques, Laurence de Cock, Grégory Chambat... Il ne s’agit plus dans ce cas d’un affrontement, fût-il vif, entre des idées, mais d’insultes voire de diffamation contre des personnes. Collectivement, nous dénonçons ces procédés, étant fermement attachés à faire avancer l’école par des débats d’idées dignes de cette cause.

Nous appelons tous ceux qui, en accord ou pas avec nos positions sur l’école, refusent les dérives malsaines du débat public, à le dire haut et fort sur les réseaux sociaux et auprès des organisations qui les tolèrent ou les encouragent.

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Je remerci le CRAP pour ce soutien et cette solidarité - G. C.

Pour avoir un aperçu de ces attaques portées par la porte-parole éducation du MRC, voir sa tribune dans le Huffington-Post : http://www.huffingtonpost.fr/fatiha-boudjahlat/politique-education-nationale-face-aux-violences-scolaires/

Quand il brise la mâchoire d’un adulte, quand il lance un cocktail molotov, quand il poignarde un camarade, l’enfant violent lance en fait un appel à l’aide. Il ne sait pas s’exprimer par des mots, avance un linguiste dans une tribune publiée sur Marianne.net, pourtant la gamme d’insultes est pleinement maîtrisée. C’est "la machine scolaire" qui est "ségrégative, inégalitaire et autoritaire" selon G. Chambat (1). Il y a comme un goût romantique pour la violence urbaine de la part de bourgeois s’encanaillant à approcher la misère, que l’on retrouve dans les excuses données aux casseurs. Ces pauvres petits sauvages ne peuvent faire autrement, c’est la société qui les a rendu sauvages, l’école doit les accepter dans cette singularité et ne surtout pas les sanctionner et exiger d’eux un comportement urbain. Les exigences de respect des règles sont stigmatisantes et discriminantes. Et c’est un fait, les petits caïds des établissements sont nettement moins inquiétés que ce que leurs actes mériteraient.

Mais où est la discrimination ? Elle est dans le fait de minéraliser les difficultés scolaires et comportementales en s’interdisant d’avoir les mêmes exigences de respect des règles. Elle est dans le fait de tolérer des violences quotidiennes. Dans le fait d’affirmer qu’il n’y a pas d’élève difficile, mais seulement des enseignants en difficulté. Elle est dans le fait de négliger l’apprentissage et la réussite des autres enfants qui ont le tort d’être discrets. L’école publique est aussi et d’abord faite pour eux.

L’idéologie libérale-libertaire des pédagogistes entre en convergence avec l’austérité mise en musique par les hauts-fonctionnaires : il n’y a pas besoin de plus d’adultes, mais il faut des élèves plus acteurs : "La pédagogie sociale qu’il faut remettre à l’ordre du jour est une pédagogie engagée aux côtés des dominés, où l’élève n’est plus le spectateur consommateur de savoirs mais l’auteur de ses apprentissages" (1). Ces propos d’un auteur libéral-libertaire ont été validés par Florence Robine, directrice de l’Enseignement scolaire, qui déclarait que les élèves n’avaient pas besoin des profs, disposant d’un moteur de recherche comme Google.

(1) Grégory Chambat, L’école des réacs-publicains, libertalia, 2016, p. 194

son entretien avec Jean-Paul Brighelli sur le site du Point http://www.lepoint.fr/invites-du-point/jean-paul-brighelli/brighelli-profs-agresses-l-education-fait-le-choix-des-bourreaux-26-10-2016-2078668_1886.php

Vous avez la dent dure. Les idéologies pédagogiques en cours depuis trois décennies seraient, selon vous, responsables des violences actuelles ?

Face aux violences physiques terribles qui se sont multipliées récemment, quelle est la réponse des pédagogistes baignés dans leur idéologie méprisante, compassionnelle et misérabiliste ? L’inversion du rôle de la victime et de l’agresseur. Dans leurs récentes tribunes, Éric Debarbieux (qui publie opportunément L’école face à la violence : décrire, expliquer, agir chez Armand Colin), Laurence de Cock, l’inspiratrice déçue des programmes d’Histoire, et Grégory Chambat, qui voudrait clouer au pilori les « réac-publicains », comme il dit, rendent l’école – et ceux qui la défendent vraiment – responsable des violences qui s’y déroulent : c’est le cadre qui est stigmatisant, et la réponse physique violente s’en trouve légitimée. Action-réaction.

Le désir de travailler sans que son intégrité physique ne soit menacée, la volonté de sanction contre ces agresseurs, participent selon eux d’« une croisade pour le retour de l’ordre moral et national », qui n’est qu’« un nouvel épisode de la guerre intellectuelle contre les pauvres ». La réponse aux violences scolaires selon eux ne peut être que pédagogique. Un enfant qui frappe un enseignant, jette un cocktail Molotov dans une cour, fracture une mâchoire, insulte, harcèle un camarade, est un enfant qui s’ennuie en classe, victime de la société mais aussi de cette « machine scolaire ségrégative, inégalitaire et autoritaire ». Il n’y a pas d’élève difficile, il n’y a que des élèves en difficulté. Et des profs qui s’y prennent mal, sans doute.

Et si vous aviez à analyser exactement ce que vous appelez l’idéologie « pédagogiste » ? Que la transmission des savoirs ne soit plus à l’ordre du jour, certes. Mais encore ?

Outre l’aveuglement idéologique de bourgeois s’encanaillant à approcher la misère, de pédagogistes considérant que le savoir est en soi stigmatisant, alors qu’eux-mêmes le possèdent, il y a surtout une méconnaissance sur le nécessaire caractère éducatif de l’école. Les normes, les limites aident l’enfant à se structurer. Il ne s’agit pas d’une violence sociale. Il s’agit au contraire de transmettre les codes nécessaires pour s’émanciper.

et un des ses communiqués :

Le MRC, ancien parti de Jean-Pierre Chevènement n’a non seulement pas condamné ces propos mais les a soutenus, comme en témoigne le communiqué de son candidat à l’élection présidentielle Bastien Faudot

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