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Mixité et violence ordinaire au collège et au lycée

, par Jean-Pierre Fournier

Un regard neuf sur la question rebattue des « violences à l’école ». Les violences ordinaires sont vues sont l’angle de la domination sexuée, avec un double regard psychologique (sur l’adolescence) et social (sur les groupe de pairs et les milieux sociaux, dominés ou non).

D’une enquête de terrain très documentée (immersion dans des établissements différents avec observations et entretiens avec adultes et élèves), les auteurs tirent un certain nombre d’analyses. Certaines mériteraient de faire partie de la formation des enseignants, comme le chapitre 4 sur le langage ordurier des jeunes : une conformisation langagière qui cimente le groupe des semblables, un incontournable rituel groupal (« il ne faut à aucun prix sortir du lot ») mais aussi une solution transitoire d’un passage à une nouvelle étape de la sexualité, anxiogène pour tout adolescent. D’autres analyses sont plus courantes (le chapitre 7 sur les réactions des adultes face aux conduites violentes) ou plus discutables (appréciation très négative vis-à-vis de l’EPS dans le chapitre 6).

Ceux qui sont rétifs aux concepts psychanalytiques ne souffriront que durant quelques pages. Le reste de l’ouvrage est non seulement très lisible mais vivant, et les auteurs ne censurent pas leurs réactions personnelles à chaud (compassion vis-à-vis des élèves qui se font eng…. dès le matin, empathie avec les enseignants en difficulté).

Deux belles surprises dans la dernière partie de l’ouvrage : d’une part les auteurs ne méconnaissent pas les dispositifs pédagogiques (ils en examinent de près le fonctionnement pour le petit nombre que leur enquête leur permet d’observer), et c’est rare en socio ; d’autre part, leur analyse de la domination, accrue par l’atmosphère de compétition, comme fondement des violences débouche sur un encouragement aux « dispositifs où peuvent s’exprimer les émotions, libérant la parole en appui sur des interdits portant clairement sur les actes ». Pour les enseignants, ils préconisent des groupes d’analyse de pratique de type Balint, portant sur les questions de fond et non sur la didactique. Pour les élèves, les pédagogies coopératives.

Observer, réfléchir, construire des cadres aidant, c’est une meilleure voie que de s’imposer par la force (ou de se laisser laminer), ce qui reste la solution la plus courante, mais la plus enfermante et la plus désespérante. En tout cas, on est convaincu qu’il faudrait « gérer très attentivement et en profondeur ce que nous voyons des relations des élèves entre eux » pour accepter, entre tous (garçons-filles, ados-adultes) une « conflictualité régulée ». Au collège et au lycée (et surtout au lycée pro, bien vu dans sa spécificité), ne pas subir des tensions infernales ni rêver d’un monde idéal, mais « good enough ».

Patricia Mercader, Annie Léchenet, Jean-Pierre Durif-Varembont, Marie-Carmen Garcia, Mixité et violence ordinaire au collège et au lycée, Erès (la vie devant eux), 270 p., 2016, 23 €.
- avec la participation de Natacha Carbonne et Rebecca Weber.

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