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Dossier : littérature jeunesse et sans-papiers

, par Rédaction2

Bibliographie en littérature pour la jeunesse sur le thème des sans-papiers élaborée en juin 2011 par Claire Hugon, dans le cadre d’un mémoire dirigé par Sylvie Servoise, M1 Littérature pour la jeunesse, Université du Maine.

À lire aussi plus bas, en conclusion de cette bibliographie, l’article de Claire Hugon : "Nous sommes tous des sans papiers ! Ou la représentation des sans-papiers en littérature pour la jeunesse"

Claire Hugon a publié en 2013 aux éditions CNT RP dans la collection N’autre école,Lire les sans-papiers, littérature jeunesse et engagement
(Voir en fin d’article, la présentation.)

Albums

ASH Franck, ASH Devin, Vite, cachez-vous ! [Mrs Marlowe’s mice], traduit de l’anglais par Pascale DUFORGES, Paris, Albin Michel jeunesse, 2007.
Madame Merlot, chatte cultivée, héberge clandestinement des souris, ce que soupçonne la Sureté féline. Madame Merlot devra alors faire preuve de ruse pour échapper aux officiers.

BAUSSIER Sylvie, MANSOT Frédérick, Amin sans-papiers, Paris, L’élan vert, 2007.
Amin est un jour attendu à la sortie de l’école par des policiers. Dans cet album illustré avec des photographies, ses camarades se demandent ce qu’il a fait de mal et comment ils peuvent l’aider à obtenir des papiers.

DIALLO Muriel, Simaga, le cheval sans-papiers, La Roque-d’Anthéron, Vents d’ailleurs, 2008.
Dès sa naissance, le cheval Simaga est confronté à l’exclusion car sans-papiers, et à la séparation avec sa mère. Il va devoir se faire accepter et trouver l’espoir dans l’image de la lune.

FORTIER Nathalie, DOUZOU Olivier, Les doigts niais, Rodez, Le Rouergue, 2001.
Un ver de terre tente désespérément de passer la frontière mais les douaniers, ressemblant à des empreintes digitales, veillent et répriment toute tentative d’immigration.

LENAIN Thierry, BALEZ Olivier, Moi, Dieu Merci, qui vis ici, Paris, Albin Michel jeunesse, 2008.
L’histoire vraie d’un immigré angolais fuyant la guerre et son parcours jusqu’en France. N’hésitant pas à porter secours à une vieille dame, Dieu Merci verra son histoire médiatisée, ce qui lui vaudra l’obtention d’un titre de séjour légal en France.

MEUNIER Henri, CHOU Nathalie, Au panier, Rodez, Le Rouergue, 2004.
Lorsque dans un parc, les policiers arrêtent un oiseau, un chat, et une dame parce qu’ils n’ont pas de papier, un jeune garçon demande lui aussi à être emmené et dénonce aussi le soleil qui n’a pas de papiers. Finalement tout le monde est embarqué, mais ensemble ils sont heureux.

NIMIER Marie, GERNER Jochen, Oumtata à Paris, Nathan, 1997.
Oumtata l’éléphant débarque à Paris car il en a marre d’être chassé dans son pays. On lui a dit qu’en France, les éléphants sont protégés.

PINGUILLY Yves, FRONTY Aurélia, Même les mangues ont des papiers, Voisin-le-Bretonneux, Rue du monde, 2006.
Momo rêve de partir en Europe pour travailler et aider sa mère, quand les mangues seront mûres et qu’il sera grand. Il embarque alors comme passager clandestin d’un cargo transportant des mangues. Les fruits auront le droit d’accéder à l’autre monde mais lui sera débarqué et restera dans son pays.

Voir aussi une autre note de lecture sur le même album publiée sur le site N’autre école :

Même les mangues ont des papiers : sous ce titre intriguant, Yves Pinguilly, qui a écrit de nombreux albums et romans sur l’Afrique noire, et Aurélia Fronty, l’illustratrice, évoquent poétiquement le sort des jeunes Africains qui partent vers le Nord. Momo et Khady, deux jeunes enfants imaginent le monde depuis leur village d’Afrique. Momo rêve de partir de l’autre côté du monde pour travailler et pouvoir soigner et nourrir ses proches. Un jour, ils se cachent sur un cargo chargé de mangues et sont découverts par les marins qui les interpellent puis les débarquent : « – Qui êtes-vous ? Que faites-vous ? Vos papiers ! VOS PAPIERS ! – On voulait partir avec les mangues de l’autre côté du monde. – Les mangues ont des papiers, elles ! »
Ce très bel album, avec ses couleurs très chaudes au village, puis froides au port et dans le bateau, finit sur une note aux couleurs de tristesse et d’espoir mêlées ; tristesse pour Momo de ne pouvoir offrir à sa mère et à ses sœurs un « plat de riz sauce arachide », « un plat de fonio sauce arachide », « un plat de manioc sauce ara­chide » et espoir donné par Khady : « Momo, toi et moi ensemble, nous som­mes le monde entier. Chacun une moitié. À égalité. » (À partir des grandes sections de maternelle)

POIROT-CHERIF Sandra, L’oiseau de Mona, Voisin-le-Bretonneux, Rue du Monde, 2008.
Mona vit en France de manière normale ou presque. Une seule ombre au tableau, un oiseau noir qui figure la menace permanente de l’expulsion vers son pays en guerre, et qui devient réalité pour certains de ses camarades.

TABONI Jeanne, RADENAC Mathieu, 100 papiers, Saint-Etienne, Ed. du caïman, 2010.
Lorsque Louno entend ses parents s’inquiéter de ne pas avoir de papiers, il commence une collection de papiers, pensant que cela aidera et rassurera sa famille.

VENDEL Edward van de, CNEUT Carl, Pagaille, Rodez, Le Rouergue, 2005.
Solal passe ses journées dans sa cabane qui reste son secret. Lorsque Kiko et Flamme apparaissent, une complicité nait avec ces deux frères qui ont fui leur pays en guerre. Pagaille est un être imaginaire qui aide les enfants à accepter la réalité.

Romans et premières lectures

AIELLO Mpl, Lili, une histoire sans fin : ou a vie ordinaire des sans-papiers en France. Paris, Confédération nationale du travail, 2008.
(Note de lecture publiée sur le site N’autre école)
Un sujet sur lequel on croit tout connaître, ce n’est pas un livre pour enfants qui va nous l’apprendre  ? ... Eh bien si. Quand il s’agit de raconter une histoire (vraie) d’injustice et de solidarité aux plus jeunes, on va à l’essentiel, mais on ne simplifie pas à outrance  : les enfants ont droit au difficile. Ainsi, cette procédure judiciaire, qui permet aux expulseurs de dire qu’on est dans un État de droit, le fait est qu’elle laisse passer quelques sans-papiers au travers de ses filets. Beaucoup d’adultes ne connaissent pas ces méandres – je les ignorais totalement il y a trois ans : les voilà expliqués en deux temps trois couleurs. Et la solidarité, la voilà vivante  : quelques personnes rassemblées, pas très nombreuses, et sous la pluie. Mais, comme les femmes de la Rosenstrasse dans le Berlin nazi, comme les Folles de la Place de mai sous la dictature argentine, ces petits rassemblements font peur aux très grands, aux puissants. Et les petits ont besoin de savoir qui commandent d’en haut n’aiment pas le désordre d’en bas, et préfèrent quelquefois reculer pour sauvegarder le reste. Et les rassemblements se font encore, plus tard, ailleurs, inlassablement. Il ne faut pas un long commentaire à la belle concision que vous allez découvrir  : il suffit de dire que, de ce combat où les enfants ont une grande part, il est bon que l’on parle avec des mots d’enfants. Avec des mots justes.
Lili, une histoire sans fin de MpI Aiello,

AMMI Kebir, Le partage du monde, Gallimard, « Frontières », 1999.
Brahim raconte son long périple de l’orphelinat vers Marrakech, Tanger puis la France. Ce récit personnel se termine par l’expulsion et le retour au pays.

ARTHUR Clair, MARTIN Jean-François, Mama Délire, sorcière d’Afrique, Paris, Nathan, « Demi-lune », 2000.
Invitée à Paris, Mama Délire quitte l’Afrique mais se fait arrêter dès son arrivée par des policiers faute d’avoir les papiers nécessaires. Elle se retrouve au poste avec d’autres sans-papiers mais Mama Délire est pleine de ressources !

BABA Luc, Clandestins, Bruxelles, Labor, « Espace Nord zone J », 2006.
Fuyant le Kosovo en guerre, Vahide se retrouve en Belgique où elle rencontre Casper et ses amis qui vont tenter de l’aider à obtenir des papiers.

BARRIERE Loïc, Le voyage clandestin, Paris, Seuil, « Fictions », 1998.
Adel, jeune adulte algérien, raconte son périlleux voyage puis son errance clandestine à Paris sans passeport. Un simple contrôle de police tourne au drame lorsqu’il se retrouve emprisonné.

BAWDEN Nina, Mary et le clandestin [The runaway summer], traduit de l’anglais par Patricia Lecaye, Paris, L’école des loisirs, « Neuf », 1990.
Mary et Simon recueillent Krishna, jeune Kenyan, qu’ils vont cacher et vivre ainsi des moments isolés du monde des adultes.

BONDOUX Anne-Laure, Le temps des miracles, Montrouge, Bayard, « Millézime », 2009.
Blaise et Gloria tentent de fuir le Caucase en guerre pour la France et racontent
leur périple à travers l’Europe. Se mêle à cet exil vers la France que seul Blaise
atteindra une interrogation sur les origines.

BORDALLO-LABAL Isabelle, Sur la piste de Youri, Toulouse, Milan, « Zanzibar », 1995.
Anne mène avec son voisin Boris une enquête pour retrouver Youri, jeune Bulgare sans papiers. Ils seront confrontés à divers dangers face aux trafiquants.

BRISAC Nathalie, Minusman et les 100 papiers, Ecole des loisirs, « Mouche », 2007.
Minusman assiste à l’arrestation de Kouick Méridiac et de ses parents. Dans l’école
se met en place une solidarité pour trouver des papiers à la famille, avec l’aide de la sorcière Yapaplusjuste.

CANTIN Marc, Moi, Félix, 10 ans, sans-papiers [2000], Toulouse, Milan, « Milan poche junior. Tranche de vie », 2007.
Le périple de Félix, jeune ivoirien, qui quitte Abidjan avec sa famille pour rejoindre clandestinement la France dans un cargo. Une fois arrivé en France, Félix doit se cacher pour éviter tout contrôle policier. Sa famille sera pourtant expulsée et Félix se retrouve seul en France sans-papiers.

CANTIN Marc, Moi, Félix, 11 ans, français de papiers [2003], Toulouse, Milan, « Milan poche junior. Tranche de vie », 2007.
La suite des aventures de Félix, devenu un collégien presque comme les autres, entre ses copains de quartier et son premier amour. Mais ne pouvant cacher plus longtemps sa véritable identité, Félix doit à nouveau fuir.

CANTIN Marc, Moi, Félix, 12 ans, sans frontières [2003], Toulouse, Milan, « Milan poche junior. Tranche de vie », 2007.
Le dernier tome de la série où Félix vit difficilement le fait de se cacher et de rester cloîtré, loin de sa famille. Félix obtiendra sa régularisation grâce à un fait-divers et grâce à une mobilisation locale, mais il décidera de rejoindre sa famille en Côte d’Ivoire.

CLEMENCE Alix, PEYRAT Jérôme, Sangatte express, Paris, Magnard, « Drôles de filles », 2007.
Une histoire d’amitié entre deux adolescents, Alice en fugue et Illi, clandestin bulgare dans le contexte de Sangatte et la jungle des réfugiés en partance pour
l’Angleterre.

CORENBLIT Rachel, WAUTERS Julia, Lili la bagarre, Rodez, Le Rouergue, « Zigzag », 2008.
Lili se bagarre souvent à l’école et 3 garçons veulent lui rendre la pareille mais Aslan vient la défendre. Lorsque la nouvelle de son expulsion imminente se répand, ses camarades n’hésitent pas à oublier leurs disputes pour organiser une
manifestation de soutien à Aslan.

COUSSEAU Alex, BOUTIN Anne-Lise, L’ami l’iguane, Rodez, Le Rouergue, « Zigzag », 2008.
Manola et son iguane viennent du Mexique et sont mal acceptés par le voisin Grinche.Lorsque celui-ci s’en prend à eux, ils fuient sur une île avec Dimitri, mais
comment résoudre le manque de papiers pour l’iguane face aux gendarmes ?

(une autre chronique publiée sur le site de la revue)
Le narrateur est un jeune garçon de 10 ans, dont le père est policier. Leur voisine, Manola, est mexicaine et vit en France depuis une dizaine d’années. Elle a quitté le Mexique pour « des raisons pas marrantes ». Manola habite avec son iguane mexicain, qui vit dans sa salle de bains.
Au début du roman, le père Grinche, un autre voisin, accuse l’iguane d’avoir coupé un doigt de pied à son fils. On comprend très vite que le père Grinche a menti parce qu’il veut se débarrasser de l’iguane. Il a des idées moisies, c’est-à-dire « une idée qui sent le renfermé, parce qu’elle reste dans la tête de quelqu’un de fermé, au lieu de prendre l’air avec les idées des autres ». Le problème, c’est que l’iguane n’a pas de papiers…
Un petit roman avec des illustrations en noir et blanc, qui traite de la différence, de l’intolérance et de l’immigration. L’originalité vient du fait que c’est l’animal qui n’a pas de papiers. L’auteur décrit d’ailleurs les conditions de vie idéales pour l’iguane : eau, chaleur… qui interpellent le jeune lecteur.
Les phrases sont simples et belles : « On a inventé des frontières… pour ne pas que les gens se mélangent, alors qu’ils ont besoin de se mélanger ».

DESHORS Sylvie, La soupe aux amandes, Paris, Thierry Magnier, « Petite poche », 2010.
Le quotidien de Ram, jeune garçon sans-papiers qui vit avec sa mère dans l’aéroport de Roissy.

DESHORS Sylvie, Mon amour Kalachnikov, Rodez, Le Rouergue, « DoAdo Noir », 2008.
Arrivée depuis peu sur Lyon, Agathe est suspectée pour un meurtre, d’autant plus
qu’on la confond avec une jeune Asiatique sans-papiers qui est en relation avec son petit ami Gilan.

DUCOULOMBIER Virginie. L’ours sans papiers. Marseille, Ed. Rouge safran, 2003.
Pour ses vacances de Pâques, Linda, grande amoureuse des animaux, se retrouve entre les mains d’un curieux chasseur désireux de tuer l’ours perdu sur les flancs du Canigou. Avec l’aide de son ami Francisco, parviendra-t-elle, dans la garrigue parfumée, à devancer son ennemi ?

DUVIVIER Stéphanie, Le mariage en papier, Arles, Actes Sud, « Ciné-roman », 2010.
Pour raisons financières, Lise se marie avec un Marocain en recherche de papiers.
L’histoire d’un « mariage blanc » reprise dans un court-métrage qui accompagne le récit.

ESTEBE Jean-Luc, La nuit de Maï Ahn Li, Paris, Magnard, « Tipik », 2004.
Sollicité par une jeune fille diabétique en crise et son grand-père, Maxime se sent
obligé d’intervenir. Mais ne pouvant faire appel aux secours en tant que clandestins, c’est Maxime qui va les emmener à l’hôpital sur une route semée d’embûches.

ESTIBAL Sylvain, VIGOUROUX Yannick, Naufragée, Thierry Magnier, « Photoroman », 2007.
Une jeune femme isolée dans une île des Canaries fait connaissance avec Ousmane qui repart en bateau pour l’Europe. Celle-ci part en Afrique pour suivre ses traces, dans le désert, puis effectue une traversée de la Méditerranée sur un bateau chargé de clandestins.

FAILEVIC Anne, SADAT Mandana, Pas d’école pour Fatoumata ?, Paris, Oskar jeunesse, « Cadet », 2006.
Le jour de la rentrée, Seydou et sa famille sont expulsés de l’immeuble où ils logent. La déception de sa sœur Fatoumata l’incite à solliciter l’aide du directeur d’école pour lui permettre d’être scolarisée.

FAJARDIE Frédéric, Paris, La planque, Syros, « Souris noire », 1998.
La bande des six découvre dans une usine désaffectée Ngo Van Fu, jeune clandestin vietnamien et témoin d’un trafic de drogue que les enfants vont démanteler.

GAGNON Cécile, FRANSON Jeanne, Justine et le chien de Pavel, Québec, Soulières éd., « Ma petite vache a mal aux pattes », 2003.
Pavel est un immigrant en attente d’un statut officiel. Il a un chien qui s’appelle Tobie. Justine, sa petite voisine d’en haut, observe ses va-et-vient et écoute les conversations des adultes à son sujet. Les cancans voyagent d’un balcon à l’autre. Elle apprend que le chien de Pavel est mort.

GAGNON Cécile, FRANSON Jeanne, Le chien de Pavel, Québec, Soulières éd., « Ma petite vache a mal aux pattes », 2003.
Cécile Gagnon espère que son histoire te permettra de voir que les immigrants nous ressemblent plus qu’on le pense. Cécile vit à Montréal, une ville aux milliers d’escaliers et de balcons. Une ville remplie de gens de différentes origines. (Quatrième de couverture).

GARNIER Pascal, Les enfants de la nuit, Paris, Bayard, 2006.
Adrien héberge Tania, jeune fille de l’Est victime d’un réseau de prostitution, et aide celle-ci à rejoindre un bienfaiteur qui protège les enfants de ces réseaux en les envoyant dans une fondation suisse.

GRARD Françoise, REBENA Frédéric, Un éléphant dans la neige, Arles, Actes Sud junior, « Les premiers romans », 2004.
Dans le Jura suisse, Laurent aide Massendi à rejoindre sa mère à Paris pour qu’il lui apporte le talisman qui lui permettra de guérir. Mais il se sent parfois dépassé sans l’aide des adultes qui pourront protéger le jeune Togolais sans-papiers.

GUERAUD Guillaume, Chassé-croisé, Rodez, Le Rouergue, « DoAdo », 2004.
L’amitié entre Myrtille, jeune Française adoptée d’origine vietnamienne, et Momo,
jeune Marocain sans-papiers qui sera expulsé malgré les efforts de la population.

HICYILMAZ Gaye, La cascade gelée [The frozen waterfall], traduit de l’anglais par Nathalie HAY Paris, L’école des loisirs, « Médium », 1996.
Selda arrive de Turquie en Suisse et tente de comprendre et intégrer ce monde si
nouveau pour elle. Elle rencontre Ferrhaz, un jeune Turc clandestin et partage ce
secret avec son amie Giselle.

HELIOT Johan, Secret ADN, Paris, Mango, « Autres mondes », 2008.
Lou part sur les traces du journaliste Muna Katz et du secret qu’il était en train de
découvrir au moment où il est mort : un procédé de modification de l’ADN a été mis au point et permettrait à de nombreux Africains de rejoindre la Fed’Europe de façon illégale pour échapper à la police de l’immigration.

HOESTLANDT Jo, Un anniversaire camion, Paris, Thierry Magnier, « Petite poche », 2007.
Pour ses 10 ans, Stéphanie accompagne sa grand-mère dans son camion en route
pour l’Angleterre. Mais lorsque des clandestins s’embarquent à Calais, la situation
devient compliquée.

JIMENES Guy, LABORIE Karen, Pense aux jours heureux, Paris, Oskar jeunesse, « Cadet », 2007.
Lorsque Cédric apprend le déménagement de la famille de Fatouma, il découvre le
destin des sans-papiers et va tenter de les aider à rester à France.

(Une autre note publiée sur le site N’autre école).
Ludovic et Fatouma sont amoureux. Seulement Fatouma et sa famille, originaires du Sénégal, sont sans papiers et Fatouma disparaît... C’est la découverte pour Ludovic d’une réalité injuste qui va directement le toucher. Les deux enfants vont se retrouver face à la difficulté de comprendre une situation inconnue pour l’un et la honte et la peur de parler pour l’autre. C’est un roman social qui évoque une situation claire, il permettra aux enfants de s’ouvrir, se questionner et réagir sur un sujet d’actualité. A partir de 8 ans.

JOLY Fanny, Premier rôle masculin [2002], Paris, Gallimard, « Folio junior », 2006.
Le journal intime d’un adolescent qui raconte notamment son projet de courtmétrage.
Lorsqu’Irina, jeune femme bosniaque sans-papiers tente de lui dérober la caméra, le scénario prévu va en être modifié.

K. Loriane, [BERTRAND Christelle], Clandestine : le journal d’une enfant sans papiers, Privé, 2008.
Le témoignage d’une jeune fille sans-papiers sous forme de journal intime. Pendant un an, Loriane partage son quotidien, les craintes de sa famille et les actions tentées pour obtenir la régularisation.

KALOUAZ Ahmed, Ibrahim, clandestin de quinze ans, Paris, Oskar jeunesse, « Cadet. Histoire et société », 2009.
Le parcours d’Ibrahim qui doit fuir avec son oncle le Soudan. Il suit les routes empruntées par de nombreux clandestins pour atteindre l’Europe mais se retrouve
coincé dans la « jungle » de Calais.

KALOUAZ Ahmed, Je préfère qu’ils me croient mort, Paris, Le Rouergue, « DoAdo Monde », 2011.
Le parcours de Kounandi, qui quitte Bamako dans l’espoir de devenir footballeur
professionnel. Mais la désillusion est terrible, et Kounandi va être exploité par des
recruteurs avant d’être abandonné et de se retrouver sans-papiers.

KARLE Vincent, Un clandestin aux Paradis, Arles, Actes Sud junior, « D’une seule voix », 2009.
Matéo se souvient de sa rencontre et son amitié avec Zaher, jeune réfugié afghan, et la raconte en un souffle et s’interroge sur son identité de Français. En milieu d’année scolaire, une descente de police conduit à l’expulsion de Zaher et sa famille avec brutalité.

LAMBERT Christophe, Le dos au mur, Paris, Intervista, « Collection 15-20 », 2008.
En 2020, un mur transfrontalier sépare les Etats-Unis et le Mexique pour stopper
l’immigration. Dans le cadre d’un jeu de télé-réalité, Diego est l’un des deux cents
candidats autorisés à entrer dans le territoire américain. Il doit échapper aux forces de police pour obtenir un titre de séjour.

Le voyage a été long, Poitiers, éd. Flbl, 2007.
Des témoignages d’élèves nouvellement arrivés en France sur leur quotidien dans
leur pays d’accueil et sur des souvenirs de leur pays d’origine. Cet ouvrage est le
fruit d’un travail d’écriture dans le cadre du collège avec une enseignante de français langue étrangère.

LENAIN Thierry, POIRIER Philippe, Loin des yeux, près du coeur, Paris, Nathan, « Pleine lune », 1997.
Aïssata, jeune Africaine, va rencontrer à l’école un jeune garçon aveugle et va l’aider à s’intégrer. Elle tentera de lui apprendre les couleurs ; mais leur amour naissant est menacé par l’expulsion d’Aïssata et sa famille.

LOE Erlend, HIORTHOY Kim, Kurt a la tête en cocotte minute [Kurt koker hode], traduit du norvégien par Jean-Baptiste COURSAUD, Genève, La joie de lire, « Récits », 2009.
Sur le quai, Gonnar et Kurt se désespèrent de voir leur travail, leur maison pris par des étrangers arrivant en Norvège. Lorsque des clandestins débarquent et prouvent
leur talent de conducteur de Fenwwick, la crise de nerfs n’est pas loin...

M’DELA-MOUNIER Nathalie, BOHANNE Carole, CERVEAU Stéphane, C’est où chez nous ?, Ploërmel, Les oiseaux de papier, Cimade, « L’inacceptable », 2008.
Le témoignage de Moussa qui a vécu pendant une semaine en centre de rétention. Ce récit dénonce les conditions de ce lieu de privation de liberté.

M’DELA-MOUNIER Nathalie, Sans patrie, Ploërmel, Les oiseaux de papier, « L’inacceptable », 2007.
L’exil. L’espoir. L’épreuve. Les côtes africaines s’éloignent, l’Europe est encore loin. Certains y sont allés, ont été accueillis, puis expulsés. Pour d’autres c’est un coup d’essai. Les premiers racontent : la difficulté de s’intégrer, le travail qui permet de s’installer, de fonder une famille... Puis un jour la remise en cause du statut, suivie d’un retour à la « case » départ. Les seconds écoutent, il est trop tard pour faire demi-tour.

NEELS Christian, Mamadou a disparu, Paris, Syros, « Souris sentiments », 1998.
Lorsque Mamadou arrive dans l’école après avoir été découvert errant dans la rue, Caroline devient peu à peu son amie et tente de découvrir son passé. Il s’avère que Mamadou s’appelle Patrice, qu’il est camerounais et sans-papiers, et qu’il s’intègre progressivement à l’école et dans la famille de Caroline.

MELISOU Marie, MONDEJAR Fabrice, Rumeurs au collège, Auterive, Le griffon bleu, « On Ré- Agit ! », 2009.
Anton est Africain et il n’a pas de papiers. Terrorisé, son père tente tant bien que mal de justifier leur présence en France. Dès lors, la machine s’emballe. Les rumeurs les plus folles commencent à courir dans le collège et dans la ville.

MURAIL Marie-Aude, Vive la République ! Paris, Pocket jeunesse, 2006.
Dans l’école où la jeune Cécile Barrois exerce, nombreux sont les enfants de la
famille Baoulé. Ces ivoiriens réfugiés permettent à l’école de rester ouverte, mais
certaines personnes vont tout faire pour les expulser et précipiter la fermeture de
l’école.

Voir aussi une autre chronique du site N’autre école
Cécile, jeune « maîtresse d’école », réalise son rêve et affronte sa première classe de CP avec des élèves si divers que c’est évidement un bonheur un peu infernal. Dans la classe, Toussaint et Démor, – pour « Fête des morts » –, deux des nombreux frères et sœurs Baoulé, sont arrivés de Côte-d’Ivoire et n’ont pas de papiers... À partir de cette trame et du vécu singulier de l’institutrice que l’on appréciera ou qu’on trouvera naïve (débat pédago possible...), Marie-Aude Murail emmène le lecteur dans des « aventures » croisées : la classe d’une débutante et le terrible inspecteur qui menace ; un amoureux décalé, adepte de la décroissance et militant anti-publicité ; des méchants gérants de fast-food qui veulent faire fermer l’école pour y installer un restaurant flambant neuf et qui n’hésitent pas à dénoncer la famille Baoulé pour arriver à leurs fins. Les lecteurs rencontreront aussi des militants CGT qui rétablissent gratuitement le courant, des policiers matraqueurs, un réseau qui cachent une fratrie sans-papiers, un parrainage médiatisé, etc. Un roman humaniste de gauche, qui malgré de nombreux stéréotypes, sera proposé aux jeunes à partir de 13-14 ans et plus.

NEELS Christian, Nassim de nulle part, Paris, Syros, « Tempo », 2003.
A l’école, la rivalité entre deux clans fait rage et s’exacerbe lors des jeux de récréation. Nassim reste isolé de ces conflits et s’intègre peu à peu en acceptant son passé et sa situation. « Le livre devient alors une double interrogation sur la
violence et l’acceptation de l’autre ».

NEELS Christian, MAMERE Noël. Postf., Saturne pas rond, Paris, Syros, « Souris verte », 2000.
Dans le contexte de Coupe du monde, l’occasion est bonne de s’amuser et de réfléchir à son identité pour les enfants et de trouver du travail pour les adultes. Mais les conditions de logement, comme le souligne la postface de Noël Mamère, sont loin d’être bonnes, plus particulièrement pour les familles sans-papiers.

NOZIERE Jean-Paul, Nous sommes tous tellement désolés, Paris, Thierry Magnier, « Roman », 2007.
Vassile doit faire face à son passé, à la mort de sa mère Liliana, jeune femme
moldave sans papiers obligée de se prostituer puis confrontée au racisme quotidien de la population.

NOZIERE Jean-Paul. Tu peux pas rester là, Paris, Thierry Magnier, « Roman », 2008.
Mei et sa mère, modèle d’intégration dans la ville de Sponge, sont menacées
d’expulsion par un arrêté OQTF. Mei ne compte pas rester inactive face à la menace d’expulsion qu’elle subit et la population locale va se mobiliser lors de la fête de la lune.

PANDAZAPOULOS Isabelle, On s’est juste embrassés, Paris, Gallimard, Scripto », 2009.
La vie d’une jeune fille dans un quartier populaire où elle est rejetée par les collégiens, et en difficulté avec sa famille. Elle trouve alors refuge auprès de Koto,
Malien de 15 ans, et sans-papiers depuis quelques mois, avec qui elle vit son
premier amour.

PARONUZZI Fred, Un cargo pour Berlin, Paris, Thierry Magnier, « Romans », 2011.
Nour a aimé Idriss, et, enceinte, elle doit fuir pour tenter d’atteindre l’Europe qui
symbolise la terre promise. Mais le parcours est semé d’embûches, et accompagnée de Tariq, elle doit se faire passer pour un garçon pour tenter de
rejoindre la terre promise.

PINGUILLY Yves, Le bateau qui pleure, Syros, « Les mini-Syros », 2001.
Angèle entend des pleurs dans un bateau, elle et ses amis découvrent Awa et des
adultes clandestins dans le bateau. Mais l’intervention sera trop tardive puisque la
plupart mourront, les survivants pouvant obtenir un titre de séjour.

ROUMIGUIERE Cécile, Pablo de la Courneuve, Paris, Seuil, « Chapitre », 2008.
S’évadant par la marche, et regrettant sa vie en Colombie, Pablo va peu à peu
partager ses sentiments avec la Goule, vieille femme à l’air effroyable, avec Nina.
Tandis que Georges l’homme de la mairie tente d’aider la famille dans les procédures administratives pour obtenir des papiers.

(Voir aussi la chronique publiée sur le site de la revue)
Pablo a dû fuir sa Colombie natale pour des raisons politiques. Il est venu habiter en HLM à La Courneuve avec sa famille au complet (sa grand-mère, ses parents, ses deux sœurs). Il n’est pas très heureux à l’école car on le traite de « Colombien vaurien » à cause d’un vol de cartes qu’il n’a pas commis. Il ne doit pas se faire remarquer car sa famille n’a pas de papiers. Alors, pour oublier ses chagrins, il marche dans les rues et il se souvient de sa vie en Colombie. Deux rencontres vont adoucir sa vie : celle de la Goule, une vieille femme un peu marginale, et celle de Georges, un cycliste, qui est aussi conseiller municipal et va aider la famille à obtenir des papiers. Alors, petit à petit, Pablo va se faire une place à La Courneuve sans oublier la Colombie. Peut-être qu’un jour, il pourra dire qu’il est « Courcolombien ».
C’est un beau roman sur le thème de l’immigration avec une fin optimiste. Le récit aborde avec sensibilité l’intégration progressive de Pablo, le racisme de ses camarades d’école, la peur des clandestins et l’amitié. Le texte, plein de poésie intègre des mots espagnols pour faire ressentir le mal du pays.

POUCHAIN Martine, Sako, Paris, Oskar jeunesse, 2011.
Sako, jeune Malienne sans-papiers, emménage avec sa mère dans un camping
désaffecté. Depuis leur arrivée en France, Sako et sa mère, Maliennes sans-papiers
enchaînent les logements provisoires. En emménageant dans un camping désaffecté, elles font connaissance avec Mado, une grand-mère isolée qui va se lier d’amitié avec la jeune fille.

ROUX Christian, La maison aux paupières crevées, Paris, Syros, « Souris noire », 2008.
De retour de vacances, Mathilde s’inquiète de ne plus trouver son amie Jocelyne. Elle mène l’enquête, découvre ses conditions de vie et celles de son départ. A la rentrée au collège, elle apprendra son expulsion pour le Mali et la situation de Gretsch, jeune clandestin lui aussi.

(Voir aussi la chronique sur le site de la revue)
Écrit pour la collection Souris noire (Syros), ce roman signé Christian Roux – dont c’est la première incursion en littérature jeunesse – confirme le talent de cet auteur qui s’était signalé jusque-là dans le polar pour « grands ». Le récit mené comme une enquête « à la mode jeunesse » est porté par l’héroïne, Mathilde, dont nous suivons la quête pour retrouver son amie Jocelyne, mystérieusement disparue. La dimension sociale (le livre se déroule dans le xviii e arrondissement parisien), militante et politique est centrale (inspirée d’un fait divers de triste mémoire), mais la principale réussite réside dans le style empruntant au langage d’une adolescente de 11 ans, sans clichés ni mièvrerie mais avec toute la naïveté et la tendresse propre à cet âge (la scène où Mathilde se décide à porter plainte au commissariat est des plus jubilantes). Un texte accessible dès la fin du cycle III et au début du collège, une manière originale et émouvante d’aborder le récit policier.

SAKOWSKI Helmut, Clandestine [Prinzessin, wir machen die Fliege], traduit de l’allemand par Patrick KERMANN, Paris, Hachette, « Bibliothèque verte », 1995.
En ex-RDA, Raoul rencontre Dylan, jeune fille clandestine et menacée d’expulsion vers la Turquie. Une course-poursuite s’installe entre eux et la police, un groupe de néonazis et le « protecteur » de Dylan.

SEBBAR Leïla, Lorient-Québec, Lasalle : Hurtubise, Paris : Gamma jeunesse, « Plus », 1995.
Lorient-Québec Un jeune Vietnamien, débarque à Lorient, en France. Il a quitté sa mère et sa sœur dans un camp en Asie. Trouvera-t-il un bateau pour le Québec, sa destination finale ?

SERVANT Stéphane, Guadalquivir, Paris, Gallimard jeunesse, « Scripto », 2009.
Frédéric suit sa grand-mère dans un voyage en Espagne vers ses racines. Ils
rencontrent Kenza et son père, clandestins marocains. S’en suit une cavale où les
adolescents apprennent à dépasser leur haine et préjugés.

SERVANT Stéphane, CZARNECKI Monike, La cabane sur le toit, Voisins-le- Bretonneux, Rue du monde, « Roman du monde », 2009.
Yanis tente de plaire à Tamaya, mais il est aussi tiraillé par une bande d’amis qui
veulent faire des « coups ». La situation de sans-papiers de la famille de Tamaya va amener à une solidarité locale et réconcilier les deux enfants.

SIGWARD Valérie, Les bizarres, Paris, Syros, « Souris noire », 2007.
Intrigué par le comportement de ses nouveaux voisins qui nient la présence d’une
jeune fille chez eux, Thibault est décidé à lever le voile sur cette énigme grâce à
l’aide de ses amis Ginou et Diallo, Malien sans-papiers. Il s’avérera que Milena est
elle aussi une jeune fille géorgienne sans-papiers qui se cache de la police.

SIMON Njami, Les clandestins, Paris, Gallimard, « Folio junior », 1989.
Un jeune moussaillon sur un bateau en partance d’Ethiopie jusqu’aux Etats-Unis découvre 5 jeunes clandestins et les aide à se procurer de la nourriture et à échapper aux adultes.

SIMON Quitterie, COURGEON Rémi, Le violon sans papier, Toulouse, Milan, « Milan poche cadet », 2011.
Manon s’intéresse à Hannah, jeune Moldave qui joue du violon dans la rue pour les passants. Lorsque celle-ci disparaît, elle se demande si celle-ci a été renvoyée vers son pays.

SOLET Bertrand, Trafics, Paris, Castor poche Flammarion, « La vie en vrai », 2004.
Vlad est un jeune Tsigane qui quitte la Roumanie et rejoint la France clandestinement à l’aide d’un réseau mafieux qui va l’obliger à récolter de l’argent en récupérant l’argent des horodateurs.

SOLLOGOUB Tania, Il y avait un garçon de mon âge juste en-dessous de chez nous, Paris, L’école des loisirs, « Médium », 2008.
Jacques ne se remet pas du départ précipité d’Anton en Russie. Il a la possibilité de partir en Russie pour retrouver son ami qui a fui la France par manque de papiers. Mais en Russie aussi Anton et sa famille doit se cacher pour éviter la prison suite à la désertion de la guerre en Tchétchénie.

SZAC Mureille, L’expulsion, Paris, Thierry Magnier, « Petite poche », 2006.
La police évacue un immeuble insalubre occupé par des Africains sans-papiers. Le
quotidien de Bintou et sa famille est perturbé par cette expulsion largement médiatisée, qui va modifier le programme de la journée scolaire.

SZAC Murielle, La maîtresse a pleuré trois fois, Paris, Thierry Magnier, « Petite poche », 2010.
Hugo apprend à connaître son nouveau camarade Martin, à le comprendre et à
l’apprivoiser, lorsque celui-ci ne vient plus en classe. Se mettent alors en place des
actions pour permettre la régularisation de la famille, mais Hugo perd espoir.

THINARD Florence, Entre chien et Lou, Rodez, Le Rouergue, « DoAdo », 2005.
Lou part sur la trace des prédécesseurs de la maison dans laquelle sa famille vient
d’emménager. Elle découvre peu à peu les conditions de vie des deux enfants exploités et arrive avec son chien Yuc à mettre à jour l’atelier clandestin de couture.

(Voir aussi la chronique en ligne sur le site de la revue.)
En emménageant dans sa nouvelle maison, Lou, 14 ans, découvre dans le placard de sa chambre, des prénoms d’enfants gravés avec une toise et des dates. En interrogeant son voisin, le vieux Aristide, et en suivant la chatte noire des anciens locataires, Lou découvre la trace de ces enfants qui sont des sans-papiers exploités par des personnes sans scrupules. Munie de photos comme preuves, elle avertit sa famille pour savoir quoi faire. Florence Thinard, l’auteur, est journaliste d’actualité (elle est co-auteur des Mondes Rebelles Junior) et ça se sent. Son livre est construit comme une véritable enquête et la situation des sans-papiers qu’elle décrit est réaliste. Les détails sordides ne nous sont pas épargnés : le jeune Mehdi est frappé par ses « employeurs », la petite Dhouha est sale et a peur. Heureusement, les pensées du chien Yuc, compagnon de Lou, écrites en italique, apportent une pointe d’humour et nous offrent des pauses dans le récit. Lou est courageuse, et à travers son héroïne, Florence Thinard fait passer un message d’espoir : il faut agir et les choses peuvent changer.

THOMASSAINT Jacques, Le clandestin du Port-Louis : du Mali au Morbihan, Paris, L’Harmattan, 2003.
C’est le jour de la rentrée scolaire dans la petite ville de Port-Louis, près de Lorient, au bord de l’Océan Atlantique. Laura, Gaël et Loïc ont l’habitude de se retrouver après la classe dans un ancien bastion des remparts. Surprise ! ce jour-là un autre enfant s’y est réfugié, après un long voyage comme passager clandestin à bord d’un cargo. Khalifa, c’est son prénom, est à la recherche de ses parents.

VAUFREY Christine, Un visa pour maman, Paris, Syros, « Souris poche », 2000.
Oscar et ses soeurs sont équatoriens et tentent de rejoindre leur mère réfugiée en Angleterre, et en attente d’approbation pour sa demande d’asile. Mais les trois enfants sont bloqués en France faute de visa pour l’Angleterre et sont séparés pour vivre dans des foyers en attente de la régularisation de leur dossier.

VOGEL Ilse-Margret, Mon ami le clandestin [Tikhon], traduit par Robert Giraud, Paris, Flammarion, « Castor poche », 1988.
Nous ne parlions pas la même langue et pourtant nous partagions tout. Nous étions complices, dans les joies comme dans les peines. Complices, même si la vie un jour nous séparait…

WITZ Hanno, Un rien d’innocence, Paris, Hachette, 1998.
Lénaud voit sa famille se faire expulser de son logement et emmener par les CRS. Par désespoir, il prend en « otage » le fils d’un policier ; au terme de ce périple, la famille de Lénaud sera renvoyée vers le Maroc malgré le fait que les enfants soient nés en France, ce qui protège la famille.

ZAMBON Catherine, Kaïna-Marseille, Arles, Actes Sud, « D’une seule voix », 2007.
Une jeune africaine, soutenue par sa grand-mère, quitte sa famille pour échapper à
un mariage forcé et connait la prostitution pour obtenir un passeport qui lui permettra de rejoindre un cousin en France.

Documentaires

GOBY Valentine, TALLEC, Olivier, Adama ou la vie en 3D : du Mali à Saint-Denis. Paris, Autrement jeunesse, « Français d’ailleurs », 2008.
Docu-fiction racontant le parcours d’un jeune Africain arrivé récemment en France.

HEIDSICK Emmanuelle, Territoire interdit : boucs émissaires, les sans-papiers, Paris, Syros, « J’accuse », 1998.
Ancienne édition de Paroles clandestines, composée de témoignages et d’un dossier documentaire.

LYDIE Virginie, Paroles clandestines : les étrangers en situation irrégulière en France, Paris, Syros, Cimade, « J’accuse », 2008.
Cinq témoignages directs prouvant la variété des situations parmi les sans-papiers,
ainsi qu’un dossier documentaire reprenant les aspects historiques, juridiques,
politiques de l’immigration illégale.

SATURNO Carole, Enfants d’ici, parents d’ailleurs : histoire et mémoire de l’exode rural et de l’immigration, Paris, Gallimard jeunesse, « Terre humaine, 2005.
Récits, témoignages et documents retraçant l’histoire de l’exode et de l’immigration en France de 1850 à nos jours.

TEICHMAN Iris, L’immigration et le droit d’asile [Immigration and asylum], traduit de l’anglais par Noëlle COMERGNAT, Bonneil-les-Eaux, Gamma jeunesse, « D’actualité », 2002.
Documentaire sur les réfugiés, les travailleurs immigrés, les procédures administratives pour obtenir un titre de séjour et les travailleurs clandestins.

Divers

LEVEY Sylvain, Cent culottes et sans-papiers, Montreuil-sous-Bois, Ed. Théâtrales, « Théâtrales jeunesse », 2010.

SIMEON Jean-Pierre, Sans frontières fixes, Le Chambon-sur-Lignon, Cheyne, « Poèmes pour grandir », 2001.

Des poèmes autour de l’étranger et du déracinement.

D’autres notes de lecture

publiée sur le site de la revue [hors biblio originale]

Tao et Léo, Ingrid Thobois, Judith Gueyfier
Tao et Léo, deux prénoms qui sonnent comme un titre de livre ; deux jeunes garçons aux modes de vie bien différents : Tao et son lit superposé à trois étages qu’il partage avec ses sœurs dans un petit appartement, Léo qui se partage entre les maisons de ses parents divorcés. Devenus inséparables, les deux amis ne sont pas en reste quand il s’agit de se disputer l’attention des adultes et de la maitresse.
Si Léo se fait remarquer par ses soucis familiaux et ses bons résultats en classe, le nouvel An Chinois est l’occasion pour Tao de mettre en avant sa culture d’origine. Mme Chipote n’hésite pas en classe à aborder les différentes traditions religieuses et culturelles du monde pour « ouvrir en grand » l’esprit de ses élèves.
En abordant cette notion d’interculturel, inévitable dans le quartier Belleville à Paris, le roman pose la question de l’intégration des immigrés mais également de la place qui est faite aux cultures d’origines dans la société. Lampions rouges, danse du lion et rafales de pétards, la fête du Nouvel An Chinois bat son plein, mais elle est perturbée par l’arrestation des parents de Tao, travailleurs clandestins et sans-papiers. Ou plutôt, comme l’explique le père de Léo, ceux-ci n’ont pas les bons papiers pour rester en France. Tao est persuadé que l’arrestation est de sa faute car il a volé le petit lapin blanc de l’école, et cette culpabilisation l’empêche de comprendre les événements qui se déroulent autour de lui, créant des quiproquos dans le récit. Heureusement, une mobilisation solidaire se met en place au sein de l’école pour protéger les enfants et pour libérer les parents. C’est notamment Mme Chipote, femme de principe, qui mène cette action pour prouver que la police ne peut pas faire « tout ce qu’elle veut ».
Après la relaxe des parents, ceux-ci sont parrainés de manière officielle et républicaine en mairie afin d’éviter l’expulsion et faciliter l’obtention de papiers.
L’espoir est donc permis en cette année du Lapin dans le récit illustré de belle manière par Judith Gueyfier, avec un jeu sur les couleurs et les esquisses en noir et blanc au crayon. Les relations entre les personnages sont bien décrites, avec une épaisseur psychologique qui rend le récit crédible et intéressant.
S’inscrivant de manière cohérente dans la lignée éditoriale de Rue du Monde, ce petit roman pour les jeunes lecteurs de 8 ans et plus fait la part belle à la tolérance et à la France de toutes les couleurs.
Tao et Léo, Ingrid Thobois, Judith Gueyfier, Rue du monde, 2011.

Au bord de la ville, Roland Fuentès
Dans une société familièrement étrange, le monde est divisé en deux : ceux qui vivent dans la Ville et ses tours et ceux qui, comme leurs ancêtres avant eux, occupent le terrain vague. Chacun de ces deux univers s’épie, se jalouse, se protège et se désire.
Comme bien d’autres avant eux, un groupe d’enfants va traverser la fontière interdite et porter son regard de l’autre côté, sur ce monde urbain, ses mirages, ses secrets et ses cauchemars. Cette histoire a tout pour devenir un grand succès : une écriture fluide et poétique, un récit captivant, un univers mystérieux qui interroge notre société et ses dérives : « Un bon système devrait garantir le bien-être de tous les individusqui le composent. Or, celui-ci semble fonctionner, mais en réalité une partie de la population est exploitée par l’autre, et emprisonnée dans des tours ; quant à l’autre partie, celle qui est libre, elle-même vit dans l’angoisse de finir aux tours blanches. L’administrateur en personne ne croit pas en ce système. »
À travers cette fable simple et terrifiante, Roland Fuentès nous livre une réflexion sur les rapports Nord-Sud, l’immigration et la clandestinité, la société de consommation (la seule autoroute qui permet de sortir de la ville ne mène qu’au centre commercial !) mais aussi la liberté et la solidarité.
Entre utopie et dystopie, ce roman est à découvrir au plus vite.
Au bord de la ville, Roland Fuentès, Syros, 2011, 235 p., 14,90 €.

[Dossier et notes publiés initialement sur le site de la revue N’autre école]

Nous sommes tous des sans-papiers ! Ou la représentation des sans-papiers en littérature pour la jeunesse

Article de Claire Hugon pour N’autre école, reprenant des idées développées dans « La représentation des sans-papiers en littérature pour la jeunesse : un engagement contemporain ? », mémoire de Master 1 Littérature pour la jeunesse, Université du Maine, sous la direction de Sylvie Servoise.

La littérature pour la jeunesse n’hésite pas à se confronter à des thèmes « sensibles » comme le prouvent les notes de lecture de N’autre école ainsi que les dossiers qu’elle consacre à la guerre d’Espagne, à la précarité ou aux sans-papiers. Sur ce thème, voici un article qui, à partir d’exemples précis tirés de certains romans pour la jeunesse, analysera les caractéristiques de cette production pour la jeunesse. Cette analyse permettra de mieux cerner les ouvrages abordant ce thème, voir en quoi ils ressemblent ou diffèrent de la production pour la jeunesse en général. Ce dossier posera aussi la question de l’engagement en littérature pour la jeunesse et pourra offrir des pistes pour une exploitation pédagogique.

***

Pourquoi mener une analyse de la thématique des sans-papiers en littérature pour la jeunesse ? Sujet sensible par excellence, aux confluences du politique et du social, on peut se demander comment la littérature pour la jeunesse s’empare de ce thème délicat tout en respectant les contraintes que lui impose l’âge de son destinataire. Alors que la production en littérature générale prend souvent parti pour cette cause dès lors qu’elle aborde le sujet, les auteurs pour la jeunesse peuvent-ils, doivent-ils rester neutres ou au contraire sont-ils nécessairement dans un engagement qu’impliquerait cette thématique ? Pour mener à bien cette réflexion, nous nous efforcerons d’abord de proposer un panorama sur cette production ; après cette vue d’ensemble, il s’agira d’examiner le degré d’engagement des auteurs à partir de certains titres précis, en adoptant un point de vue plus littéraire : les ouvrages remplissent-ils une fonction d’information, de dénonciation, de proposition ?

Parmi les ouvrages édités ces vingt dernières années en littérature pour la jeunesse, nous avons recensé environ 80 ouvrages sur le thème des sans-papiers (cf bibliographie). Cette production, non négligeable, s’est accrue depuis la fin des années 1990, ce qui s’explique par l’ampleur médiatique qu’a pris ce sujet suite à l’occupation de l’église Saint-Bernard à Paris en 1996. L’ouvrage de Marc Cantin, Moi, Félix, 10 ans, sans-papiers, publié en 2000, était assez précurseur, et il est presque devenu un classique contemporain, largement plébiscité par l’Éducation nationale (suite à son succès, deux autres tomes ont d’ailleurs complété le récit par la suite).
La plupart des ouvrages édités sont des ouvrages de fiction, et soulignons effectivement le peu de documentaires s’intéressant au sujet. A noter la parution de Territoire interdit : les sans-papiers, boucs émissaires dans la collection « J’accuse » chez Syros, réédité sous le titre Paroles clandestines, qui aborde les aspects politiques, historiques, juridiques du sujet. La majorité des récits sont des romans s’adressant à un public déjà lecteur, et c’est à cette partie de la production que nous nous intéresserons ici. Il faut pourtant souligner l’apparition d’un certain nombre d’albums s’adressant à des enfants plus jeunes qui ont vu le jour ces dernières années.

Les romans qui abordent le thème s’inscrivent dans une certaine catégorie d’ouvrages qui laissent une large place aux préoccupations sociales, catégorie que l’on peut définir comme étant des « textes réalistes ». Joëlle Turin définit ces derniers comme « ancrés le plus souvent dans une réalité contemporaine, qui font la part belle aux problèmes familiaux, tribaux, sociaux ». Il paraît alors logique qu’à côté des thèmes comme le racisme, l’immigration, le thème des sans-papiers soit présent. Répondant à un goût des jeunes pour le réel, ces ouvrages incitent également le lecteur à appréhender le monde qui l’entoure et à y trouver sa place. C’est en l’informant de cette situation que l’auteur franchit un premier pas dans l’engagement : le lecteur ne peut plus se dire innocent et se doit ensuite de réagir en son âme et conscience. C’est l’idée de Jean-Paul Sartre qui énonçait : « la fonction de l’écrivain est de faire en sorte que nul ne puisse ignorer le monde et que nul ne s’en puisse dire innocent. ». Les ouvrages abordant le thème des sans-papiers remplissent de manière générale assez bien cette fonction d’information. Ils peuvent apporter des renseignements juridiques, historiques ou politiques sur le sujet ; mais les ouvrages s’attachent pour la plupart à montrer avant tout le quotidien des sans-papiers et les difficultés matérielles, sociales, psychologiques que cette situation engendre. Les lecteurs seront d’autant plus réceptifs à cette partie informative que les ouvrages cherchent à créer un effet d’empathie voire d’identification avec le personnage : narration à la première personne, récit « ici et maintenant », discours oralisé, tous les ingrédients sont présents pour une stratégie de tension et de proximité. Autre manière d’accrocher le lecteur avec le journal intime de Loriane K., qui témoigne de sa situation de sans-papiers au quotidien dans Clandestine : le journal d’une enfant sans-papiers.

La part de fiction est plus ou moins importante selon les œuvres et les auteurs privilégient selon les cas l’apport de renseignements ou la mise en récit des faits. Ainsi, Ibrahim, clandestin de quinze ans, décrit fidèlement le parcours-type d’un jeune Africain dans son voyage jusqu’en Europe et les difficultés rencontrées dans la « jungle » de Calais : l’auteur se fonde d’ailleurs sur de nombreuses recherches documentaires et sur la rencontre avec des témoins directs ; au contraire, Jean-Paul Nozière se contente des renseignements nécessaires à la mise en contexte du récit dans Tu peux pas rester là. Il fait du sigle « OQTF » le symbole de la menace qui pèse sur les principaux concernés sans restituer de manière exacte toutes les conséquences de cette décision. Globalement, on retrouve dans ces ouvrages des faits dont on devine qu’ils ont été inspirés aux auteurs par les nombreux faits-divers qui jalonnent régulièrement l’actualité médiatique. A la lecture de ces titres, le jeune lecteur prend donc conscience du problème des sans-papiers et des conséquences humaines d’absence de titre de séjour sur le quotidien des personnes concernées.

Une deuxième manière de s’engager est la dénonciation injuste de cette situation, qui implique une prise de parti de la part de l’auteur. Dénoncer la réalité, cela implique de ne pas édulcorer la réalité et notamment en fin d’ouvrage. L’auteur (ou l’éditeur) se trouve donc confronté à un dilemme entre le respect de l’âge du jeune lecteur, le besoin de ne pas le désespérer et la nécessité de lui ouvrir les yeux sur une situation plutôt sombre. En cela, la plupart des auteurs semblent trouver un équilibre : si les personnages sont expulsés, l’espoir est souvent présent (espoir de revenir, ou de revoir son ami, comme dans Un clandestin aux Paradis). Le plus souvent, l’expulsion peut être évitée, au moins provisoirement, laissant une fin ouverte. Bref, la plupart des ouvrages trouvent un juste milieu entre réalisme et pessimisme, et très peu d’ouvrages se terminent de manière complètement pessimiste : c’est cependant le cas avec Le voyage clandestin de Loïc Barrière. Cet équilibre se retrouve dans la présentation des personnages entre Bons et Méchants : si les héros sont globalement présentés sous leur meilleur jour, le manichéisme est moins évident dans le portrait des forces de l’ordre, souvent négatif mais que viennent contrebalancer des figures plus humaines. La plupart des ouvrages se cantonnent à cette dénonciation de situations individuelles qui s’apparente à une défense des droits de l’homme et à un respect de la dignité humaine, et restent « politiquement corrects ».

Quelques-uns cependant franchissent un pas supplémentaire dans l’engagement en dénonçant non plus des situations individuelles mais en montrant du doigt le système sur lequel se fonde l’existence des sans-papiers. Les personnages des récits deviennent alors les porte-parole d’un groupe de valeurs plus ou moins positives. Les auteurs se doivent alors d’aborder des sujets politiques sensibles et tentent de faire passer un message, les rapprochant ainsi du roman à thèse. Ainsi Marie-Aude Murail dans Vive la République !démonte les intérêts économiques et le système libéral au profit du respect des droits humains et de l’égalité, valeurs que peut offrir l’école laïque. Cette opposition se cristallise entre Louvier, patron de restaurant ignoble prêt à tout pour augmenter la rentabilité de son restaurant et Eloi, jeune révolutionnaire engagé dans un collectif anti-pub et défendant les valeurs solidaires. Christophe Lambert dans Le dos au mur, il dénonce la corruption politique, utilisant la science-fiction pour permettre une vision critique de la société actuelle. Le mur à la frontière entre le Mexique et les États-Unis amènent beaucoup de clandestins à prendre des risques pour tenter leur chance. Diego est de ceux qui vont au cours d’un jeu de télé-réalité tenter d’échapper aux forces de l’ordre. Même si les ouvrages restent prudents et ouverts, quelques-uns osent donc apporter les problèmes politiques de front. Notons que ces derniers s’adressent à des lecteurs adolescents qui ont plus d’esprit critique.

Dans ces romans notamment, l’opinion du lecteur est orientée d’une certaine manière par de multiples stratégies littéraires qui l’incitent à éprouver de la sympathie pour certains personnages et à s’insurger contre ce système injuste envers eux. Les romans peuvent alors basculer dans l’idéologique et opter pour une forme de persuasion que Daniel Delbrassine nomme « pédagogie invisible ». La littérature pour la jeunesse semble donc conserver une dimension morale, en ce sens qu’elle est porteuse de valeurs à transmettre au lecteur.

Une manière de s’engager et d’engager le lecteur aurait aussi pu être d’offrir des propositions d’action face à la situation des sans-papiers. Or, plusieurs raisons empêchent toute réelle proposition de solution : la complexité du sujet d’abord, la modération nécessaire sur le plan politique ensuite, et enfin l’âge du destinataire qui empêche toute incitation à l’action. Les seules actions proposées dans les récits le sont pour des cas individuels, et confèrent de l’entraide et de la solidarité qui émanent souvent du quartier, de l’école. Elles prennent la forme de manifestations, d’actions de désobéissance civique en cachant des enfants sans-papiers, et obligent chacun des acteurs à se positionner, à montrer ses vraies valeurs. Les enfants jouent alors un rôle important de sensibilisation, car c’est souvent par leur biais que les parents rencontrent cette situation. Nous relevons que ce type d’actions est donc largement influencé par le travail de RESF qui se bat dans l’urgence pour des situations individuelles. Le revers de la médaille de ce moyen d’action est aussi présent : ne sont défendus que les cas les plus « justifiables » (ainsi de Mei et sa mère, bien intégrées, dont la présence en France est plus défendable que celle d’autres Chinois, dans Tu peux pas rester là), une façon également de cautionner la politique « du cas par cas ».

Certains ouvrages adressés aux adolescents évoquent la possibilité de la révolte et de l’indignation, comme c’est le cas dans Un clandestin aux Paradis de Vincent Karle, mais ils montrent aussi que celle-ci doit être mesurée et se transformer en action positive, loin de la désespérance.

En conclusion, les ouvrages qui abordent le thème de l’immigration clandestine reflètent la production éditoriale pour la jeunesse actuelle, en jouant leur rôle premier de socialisation, c’est-à-dire qu’ils permettent au jeune lecteur de prendre conscience de l’injustice dans la société actuelle mais surtout de l’intégrer et d’y trouver sa place sans la remettre en question de manière trop importante. Pour répondre à l’une des questions posées par le dossier N’autre école sur les sans-papiers de savoir si la littérature pour la jeunesse est militante ou plutôt humaniste, il apparaît ici qu’elle se soucie davantage de valeurs consensuelles et de destins individuels plutôt que de combats collectifs et de militantisme. En cela, cette production se conforme à la littérature pour la jeunesse qui se pense en terme d’adresse à un public particulier et diffère largement de la littérature générale, qui, lorsqu’elle choisit un tel thème, n’hésite pas à être militante voire véhémente.

[Initialement publié sur le site de la revue N’autre école]

Lire les sans-papiers, littérature jeunesse et engagement, Claire Hugon, éd. CNT RP (N’autre école), 2013, 190 p., 10 €.

La littérature jeunesse s’est, depuis quelques années, largement emparée et inspirée du thème des sans-papiers. Comment les auteurs et les éditeurs abordent-ils ce sujet sensible, au confluent du politique et du social ? Peuvent-ils, doivent-ils rester « neutres » ? S’en tenir au seul aspect humanitaire ? Ou, au contraire, ce sujet suppose-t-il nécessairement un engagement, pour éveiller leurs jeunes lecteurs aux réalités politiques ? Ces questions interrogent tout autant les professionnels de l’éducation ou du livre, que les parents ou les militants.

Près d’une centaine de titres (albums, fictions, bandes dessinées, documentaires, etc.) parus entre 1989 et 2012 sont recensés et présentés par l’auteure en fin d’ouvrage.

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