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Album[s] (littérature jeunesse, essai) : entretien avec Sophie Van der Linden

, par Rédaction2

Après Lire l’album (2006, L’Atelier du Poisson soluble), Sophie Van der Linden propose un nouveau livre sur le sujet. La production dans ce domaine est foisonnante, il y avait besoin d’une synthèse renouvelée sur ce champ de la création, synthèse étayée par une conception visuelle innovante, élaborée à partir du contenu.

Peux-tu te présenter en quelques mots et nous raconter comment l’album a croisé ton chemin ?

Sophie Van Der Linden – Je suis auteur-critique spécialiste de l’album pour la jeunesse. Très tôt passionnée par la relation entre texte et image, j’ai croisé ces deux
domaines tout au long de mes études, en explorant successivement la peinture (rapport du titre au tableau), le cinéma ou la bande dessinée. Au hasard de ces études, j’ai découvert que l’on pouvait étudier la littérature pour la jeunesse au sein de l’université. J’ai choisi de m’intéresser à l’œuvre de Claude Ponti mais, si j’ai rapidement compris que l’album était un objet très spécifique, autant que la bande dessinée, je n’ai pas trouvé d’outils théoriques pour étayer mes analyses. Après avoir publié une première monographie consacrée à l’œuvre de Claude Ponti (éditions Être, 2000), je me suis donc attelée à ce vaste chantier qui continue aujourd’hui à m’occuper : poser les bases théoriques du fonctionnement de l’album.

Comment lit-on un album ? Quels sont les éléments qui te semblent déterminants pour y entrer ? en quoi peut-il « révolutionner » la lecture ?

SVdL – L’album est la forme la plus libre qui soit. On ne peut pas désigner un format « classique », ni déterminer une forme régulière. L’album est diversité et liberté. C’est déjà assez révolutionnaire, non ? Lire un album revient en premier lieu à s’adapter à une proposition singulière. Parfois, on va « s’accrocher » au texte, lorsque celui-ci est assez long et porte la narration. Parfois, c’est vraiment dans l’interaction entre texte et image que va se jouer la lecture. Cela demande, cognitivement, un aller-retour dynamique entre deux types de lectures très différentes… Le plus souvent, le sens profond n’est contenu dans aucun des
messages verbaux ou visuels, mais dans l’entre-deux. C’est donc une lecture de l’implicite.

Avec Album(s), tu proposes un guide et un outil d’analyse, en quoi ce projet répond-il à un besoin ?

SVdL – Beaucoup d’adultes sont d’excellents lecteurs de texte mais de piètres lecteurs d’images. Ils ont très souvent une lecture déséquilibrée (en faveur du texte). Surtout, l’album, quelque cent cinquante ans après son invention, est aujourd’hui extraordinairement maîtrisé par ses créateurs, qui en font une forme d’expression littéraire et artistique très aboutie. Prendre la mesure de ces œuvres, accompagner vers leur lecture pleine et entière, est l’enjeu de cet ouvrage. Le livre prend un peu le lecteur par la main. J’ai voulu une forme assez innovante, très visuelle. Le créateur et éditeur Olivier Douzou m’a accompagnée tout au long de cette démarche. Pour chaque double-page, nous devions trouver la meilleure forme possible pour faire entrer le lecteur, qu’il soit novice ou expert, dans une notion. Et puis, il ne me déplaît pas que nous soyons parvenus à une sorte de beau livre sur l’album, comme un hommage à cette forme artistique.

Quelle vision as-tu de la place de l’album à l’école ? Quelles seraient les pistes qui te sembleraient importantes à dessiner, en particulier autour des questions d’inégalités sociales ?

SVdL – J’ai une vision extérieure au monde scolaire et peut-être que je me trompe. Mais j’ai le sentiment que, ces dernières années, on a plutôt refermé l’école sur les apprentissages fondamentaux. Il y a eu la question du « socle commun » qui, fonctionnant aussi comme « plus petit dénominateur commun », n’apporte pas ce qu’il devrait apporter en plus aux élèves les plus démunis. Et puis la question des budgets en baisse, de la fin des intervenants extérieurs qui géraient les BCD, etc. ont plutôt eu pour effet de considérer le champ culturel comme secondaire. Or, je crois qu’il est absolument fondamental et prioritaire dans la réduction des inégalités. Aujourd’hui, seuls les enseignants déjà convaincus, déjà formés travaillent autour de l’album. C’est pourtant une forme exceptionnelle, au croisement des arts plastiques, du cinéma, du théâtre mais aussi de la poésie et de la philosophie, c’est une porte d’entrée inédite et efficace dans tous ces domaines. ■

Sophie Van der Linden, Olivier Douzou (Dir. artistique), Album[s], éditions De Facto - Actes sud (Encore une fois), 2013, 144 p., 32 €.

Le blog de Sophie Van der Linden :
http://www.svdl.fr/svdl/index.php?post/2013/11/06/Albums

Bibliographie
L’incertitude de l’aube, buchet-Chastel, 2014, 160 p.
La fabrique du monde, buchet-Chastel, 2013, 156 p.
Je cherche un livre pour un enfant – Le guide des livres pour enfants de la naissance
à sept ans, coédition Gallimard Jeunesse-Éditions de facto, 2011, 146 p.
Images des livres pour la jeunesse(dir.), SCEREN - Thierry Magnier, 2006, 234 p.
Lire l’album, L’Atelier du Poisson soluble, 2006, 168 p.
Claude Ponti, Paris, Éditions Etre, 2000, Collection boîtazoutils, 320p.

Sophie Van der Linden est depuis 2007 rédactrice en chef de la revue semestrielle Hors-Cadre(s) qui s’attache aussi bien au domaine de l’édition jeunesse que de la bande dessinée pour adultes.

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