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Questions de classe(s)

Nouvelles de Grenoble : Blanquer, la cigale et le CP

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Un camarade grenoblois donnait quelques nouvelles à ses anciens collègues parisiens. Nous lui avons demandé de publier son témoignage.

Pendant ce temps-là…
Alors que la contestation n’en finit pas d’enfler contre les « lois Blanquer » le ministre de l’Education Nationale tente de déminer le terrain. En dépit de déclarations apaisantes mais teintées d’ambiguïtés ses, il continue d’avancer sur le plan idéologique, avec ses affidés.

Un stage pendant les vacances

Les enseignants du département de l’Isère viennent ainsi de trouver dans leurs boîtes professionnelles et dans les boîtes des écoles une proposition pour le moins byzantine. L’UGA (Université Grenoble-Alpes) par l’intermédiaire d’un de ses labos propose un stage ,au début des vacances d’été tout frais payés, dans le Vercors.
Dans un premier temps cette démarche peut interroger mais sur le fond elle devrait surtout indigner à plusieurs titres.
L’offre est alléchante certes car il y a plus désagréable que le charme pittoresque du Vercors en début d’été mais comme on le craignait depuis longtemps ce type de stage est une véritable offensive inaugurant la formation continue sur le temps de vacances. C’est dans les tiroirs depuis le fameux rapport Pochard, (2008), document à l’origine de la masterisation et dont on constate aujourd’hui les dommages. Rien d’étonnant après tout puisqu’en 2019 comme à l’époque le commanditaire est le même, JM Blanquer.

Les sciences cognitives, encore et toujours

Le labo derrière ce stage est bien évidemment proche de ceux qui prétendent détenir la « Vérité ». Dans la plaquette ils affirment ainsi que « Dans une optique d’éducation fondée sur les faits, il s’agira de permettre aux enseignants de développer des connaissances et des compétences s’appuyant sur les avancées de la recherche - dans le champ de l’éducation et des sciences cognitives - concernant l’efficacité des pratiques d’enseignement et les processus d’apprentissage ». L’enseignement doit s’appuyer sur des faits…vérité inébranlable

"La cigale" : chanter vite, est-ce savoir lire ?

Cette équipe qui sévit depuis un certain temps sur Grenoble et sa région a suivi les travaux du Dr Zorman qui en dehors de ses compétences scientifiques avait aussi le sens du commerce puisque peu de salle de classes ont échappé au fameux support « La cigale » développé par ce fameux docteur et son entourage. Jacques Bernardin y fait allusion dans la très bonne revue du GFEN consacrée à la lecture. La clé de voute de la méthode « La Cigale » est le développement de la fluence. Malgré une approche empirique de la question il n’est pas assuré que les élèves de l’Isère gavé à la fluence depuis 15 ans soient de meilleurs lecteurs que les petits parisiens. Je dirais même que travaillant maintenant sur un RASED je vois les contresens que cela génère sur l’acte de lire. Des élèves qui pensent qu’il faut aller vite pour savoir lire, au mépris de la compréhension. Mais qu’importe il n’y aura pas d’études comparatives entre l’Isère et le reste de la France…et pour cause la DEPP (direction de l’étude et de la prospective autrefois en charge de ce genre d’études) a commencé à être désossée par JM Blanquer alors chef de la DGESCO en 2009.La fin du CNESCO et la mise en coupe réglée de la future instance d’évaluation des politiques éducatives en est une autre illustration.

Le code rien que le code

Dans le même temps les écoles ont aussi été sollicitées par ce labo pour accueillir les travaux d’une doctorante dont l’une des entrées sera de voir si le fait de présenter des mots que les enfants ne savent pas encore décoder est un facteur d’échec dans l’apprentissage de la lecture.En voici un extrait. Les questions auxquelles nous essayerons de répondre seront par exemple : au CP, comment enseigner efficacement les stratégies pour comprendre une histoire ? L’usage de textes non entièrement décodables par les enfants est-il bénéfique pour leur apprentissage, pour leur motivation, et de façon différente en début et en fin d’année de CP ? Peut-on automatiser plus efficacement les capacités de décodage avec l’aide d’une application numérique utilisée en autonomie ? Adieu l’entrée dans les écrits dans leur dimension culturelle, le code rien que le code. Cela a été largement et brillamment exposé mais une fois de plus les discours de lutte contre les inégalités tenus par le ministre recèlent une véritable logique d’assignation.

« Dehaene-Dehaene-Dehaene »

En outre, les volontaires qui passent les entretiens pour bosser dans un CP ou un CE1 « 100% réussite » doivent sortir des mots-clés qui sonnent comme des mantras : « Dehaene-Dehaene-Dehaene » auxquels les grand prêtres du culte accessoirement IEN répondent la main sur le cœur « Quel grand homme ! ».
Enfin ce qui rend ce stage odieux stage c’est qu’il coûte une véritable fortune aux vues des prestations décrites. De l’argent qu’on prétend ne pas avoir dans les couloirs des inspections dès lors qu’on demande des formations pour les enseignants spécialisés. J’ai souvent fait le siège de l’inspection ASH pour arracher 2 jours d’échanges de pratiques avec mes ex-collègues d’Ulis-école face à des problématiques qui étaient aigues dans nos dispositifs. Hélas à chaque fois l’IEN-ASH me disait qu’il ne pouvait pas faute de moyens notamment.

Vous l’aurez donc compris le combat est aussi à mener sur le plan des idées et n’en déplaise aux « marcheurs « ce ne sont pas des hoax. Donc face aux neuro-chiants je suis devenu un neuro-sceptique prêt à croiser le fer de ces lotophages qui ingèrent du Dehaene pour inhiber leur esprit critique.
A Bas,les « Cogni-chiants ».

Alexandre,militant à Sud éduc Grenoble et ex instit du XVIIIème

6 Messages

  • bonjour,
    étant directement et triplement concernée par les propos de cet article, puisque je fais partie du laboratoire cité, je suis à l’origine des recherches évoquées et j’ai aussi co-organisé le stage de formation continue dont il parle, je souhaiterais disposer d’un droit de réponse afin de donner des informations fiables sur tous ces sujets, à l’auteur de l’article et à l’ensemble de vos lecteurs, afin d’éviter tout amalgame et toute interprétation abusive de nos actions.
    Bien cordialement
    ML Bosse

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    • Nouvelles de Grenoble : Blanquer, la cigale et le CP 10 avril 10:59, par Marie-Thérèse ARZELIER

      Il y a des actions à mener en pédagogie, bien plus faciles, naturelles, humainement acceptables, ludiques, motivantes, pas onéreuses du tout, qui ne dépendent pas de "chercheurs" douteux, qui ne cherchent en vérité qu’à "formater" des esprits, pour régner en maître sur les futurs citoyens.
      Je me bats depuis très longtemps pour que l’Ecole Publique reste le foyer de la Liberté d’Apprendre, le creuset du Savoir-être, du Savoir-faire, de l’Esprit Critique et du Savoir.
      Mon bouquin ( vivrelecole.com ) sur les dérives dans les réformes des ministres de l’Education Nationale, et qui, surtout décrit une Démarche d’Apprentissage Active et Libératrice, montre mon engagement aux côtés de C. Freinet, M. Montessori, Ph. Meirieu et bien d’autres dont le ministère essaie d’en écarter jusqu’à l’existence.
      Alors, Mr BOSSE, tous les discours qui essaient de justifier le démantèlement de l’Ecole Publique ou qui tentent de compliquer l’acte d’Apprendre pour jeter de la poudre aux yeux des béni-oui-oui, trop confiants, peut-être...
      Tous ces discours ne sont en aucun cas crédibles ou défendables.
      Je termine (pour l’instant) en citant Mr Meirieu en conférence :
      "L’enseignant doit être un inventeur et non un exécutant. S’il reste exécutant, il y a un vrai Danger pour l’Education".
      Voir ma vidéo : ECOLE PUBLIQUE Danger pour l’Education. (Facebook. You tube.)

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    F Spinner pour QdC

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  • Je vais donc répondre ici, en plusieurs fois, d’abord sur le passage « le code, rien que le code ».
    Vous citez dans ce passage les travaux de recherche que j’entreprends actuellement sur l’apprentissage du langage écrit au CP, en laissant entendre qu’ils ne s’intéressent qu’au code et qu’ils sont là uniquement pour valider les directives officielles actuelles. Cependant, comme vous le relevez, l’un de nos sujets de recherche est « comment enseigner efficacement les stratégies pour comprendre une histoire ». Ceci ne concerne pas le code, mais la compréhension qui fait justement partie des choses sur lesquelles les écrits officiels ne sont pas prolixes... Notre projet de recherche vise à étudier plusieurs dimensions de l’apprentissage, toutes primordiales pour devenir un bon lecteur, dont, bien sûr, la compréhension. Notre première étude consiste par exemple à tester une séquence d’enseignement explicite de stratégies pour mieux comprendre, construite par des enseignants. A terme, l’objectif de notre travail est d’aboutir à des propositions concrètes sur le travail de la compréhension, qui auront d’abord été ajustées avec les enseignants et validées par nos recherches.

    L’enseignement du code fait aussi partie des choses importantes au CP, il n’y a plus de doute sur ce point dans la littérature scientifique. Cependant, le code peut s’enseigner de beaucoup de manières différentes et il existe encore trop peu de données permettant de savoir si l’une de ces manières est meilleure qu’une autre. Par mes recherches, je veux justement tenter d’apporter des éléments de réponse à certaines de ces questions, pour lesquelles il n’existe pas de consensus au niveau scientifique. La question de l’impact du degré de déchiffrabilité des textes proposés aux enfants en est une.
    ML Bosse

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  • Nouvelles de Grenoble : Blanquer, la cigale et le CP 11 avril 19:34, par Alexandre Boulazed

    Je vous remercie pour cette réponse qui avance des arguments sur le plan technique.
    Nos divergences ne sont pas dissipées pour autant mais peut-être ne sont-elles pas de votre simple fait ?
    Est-ce que par hasard vos recherches seraient instrumentalisées par l’Education Nationale ?
    En effet depuis l’arrivée de Blanquer et de son éminence grise, Dehaene, aux commandes on nous mobilise derrière une seule vérité celles des neuro -sciences et pour leur faire dire tout et n’importe quoi.
    Ainsi lorsque les organisations syndicales ont été reçues en septembre pour faire front face aux sanctions en suspens contre les enseignants refusant de faire passer les évaluations de CP, le seul argument pédagogique (si on peut encore lui attribuer cette valeur) développé par l’inspection d’académie et son aréopage a été celui de l’imagerie cérébrale et des neuro-sciences. Les contestataires avaient sans doute une piètre connaissance des connexions neuronales mais ils avaient pour eux des années de pratiques et de réflexions pédagogiques.
    Alors que penser d’une institution autoritaire qui se retranche derrière la recherche pour nous expliquer la pertinence de certains items ? Ainsi il nous était recommandé de faire entendre aux élèves le son produit par les lettres. Je n’ai pas fait d’étude de linguistique mais je sais que si certains signes de notre code s’appellent consonne c’est parce que cela signifie « qui sonne avec » (une voyelle en l’occurrence ».
    Peut-être que les enseignants sont les victimes collatérales de la guerre que se livrent les labos, pour arracher des subsides à l’AERES, depuis cette sombre LRU ?
    Mais dans cette bataille on le voit bien tout le monde n’est pas traité équitablement . Des universitaires grenoblois ont participé à la conférence de consensus sur la lecture conduite par Roland Goigoux mais aucun n’a eu le droit de citer dans le cadre de la formation continue des enseignants. Récemment une doctorante qui avait participé à cette recherche a soutenu sa thèse dans l’indifférence la plus totale, et même dans une certaine mesure en dépit de l’Education Nationale qui n’a rien fait pour faciliter ses conditions d’exercice et de recherches. Mais peut-être qu’elle n’était pas dans le bon labo (LIDILEM) et que sa recherche ne s’adossant pas seulement sur les neuro-sciences n’était pas assez consensuelle ? L’objet « Cultiver la lecture privée en classe de CP » pourrait peut-être éclairer les travaux de la doctorante que j’évoquais dans ma première intervention.
    Enfin, j’ai lu à diverses reprises que les tenants des neuro-sciences se posaient comme les défenseurs des lumières contre l’obscurantisme que je pourrais incarner avec d’autres. Je ne suis qu’un modeste instit mais je me souviens de quelques cours de philo (pourvu qu’on ne la fasse pas disparaître à travers la réforme du lycée). Aussi faire appel aux lumières n’est pas suffisant et tout objet doit pouvoir être exposé à la critique. Il pourrait même en sortir plus grand. Je me souviens aussi de cette phrase au défi du scientisme « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».
    A vous lire

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  • Nouvelles de Grenoble : Blanquer, la cigale et le CP 11 avril 19:35, par Alexandre Boulazed

    Je vous remercie pour cette réponse qui avance des arguments sur le plan technique.
    Nos divergences ne sont pas dissipées pour autant mais peut-être ne sont-elles pas de votre simple fait ?
    Est-ce que par hasard vos recherches seraient instrumentalisées par l’Education Nationale ?
    En effet depuis l’arrivée de Blanquer et de son éminence grise, Dehaene, aux commandes on nous mobilise derrière une seule vérité celles des neuro -sciences et pour leur faire dire tout et n’importe quoi.
    Ainsi lorsque les organisations syndicales ont été reçues en septembre pour faire front face aux sanctions en suspens contre les enseignants refusant de faire passer les évaluations de CP, le seul argument pédagogique (si on peut encore lui attribuer cette valeur) développé par l’inspection d’académie et son aréopage a été celui de l’imagerie cérébrale et des neuro-sciences. Les contestataires avaient sans doute une piètre connaissance des connexions neuronales mais ils avaient pour eux des années de pratiques et de réflexions pédagogiques.
    Alors que penser d’une institution autoritaire qui se retranche derrière la recherche pour nous expliquer la pertinence de certains items ? Ainsi il nous était recommandé de faire entendre aux élèves le son produit par les lettres. Je n’ai pas fait d’étude de linguistique mais je sais que si certains signes de notre code s’appellent consonne c’est parce que cela signifie « qui sonne avec » (une voyelle en l’occurrence ».
    Peut-être que les enseignants sont les victimes collatérales de la guerre que se livrent les labos, pour arracher des subsides à l’AERES, depuis cette sombre LRU ?
    Mais dans cette bataille on le voit bien tout le monde n’est pas traité équitablement . Des universitaires grenoblois ont participé à la conférence de consensus sur la lecture conduite par Roland Goigoux mais aucun n’a eu le droit de citer dans le cadre de la formation continue des enseignants. Récemment une doctorante qui avait participé à cette recherche a soutenu sa thèse dans l’indifférence la plus totale, et même dans une certaine mesure en dépit de l’Education Nationale qui n’a rien fait pour faciliter ses conditions d’exercice et de recherches. Mais peut-être qu’elle n’était pas dans le bon labo (LIDILEM) et que sa recherche ne s’adossant pas seulement sur les neuro-sciences n’était pas assez consensuelle ? L’objet « Cultiver la lecture privée en classe de CP » pourrait peut-être éclairer les travaux de la doctorante que j’évoquais dans ma première intervention.
    Enfin, j’ai lu à diverses reprises que les tenants des neuro-sciences se posaient comme les défenseurs des lumières contre l’obscurantisme que je pourrais incarner avec d’autres. Je ne suis qu’un modeste instit mais je me souviens de quelques cours de philo (pourvu qu’on ne la fasse pas disparaître à travers la réforme du lycée). Aussi faire appel aux lumières n’est pas suffisant et tout objet doit pouvoir être exposé à la critique. Il pourrait même en sortir plus grand. Je me souviens aussi de cette phrase au défi du scientisme « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».
    A vous lire

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