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Questions de classe(s)

Il faut aller voir "Outreau, l’autre vérité".

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On n’en sort pas effondré, le film ne procède pas à un complaisant étalage d’horreurs. Sa bande-annonce le dessert. L’enquête m’a paru sérieuse, allez en juger par vous-mêmes.

Pourquoi chercher à faire passer ce message sur un site qui se préoccupe de « questions éducatives (et pas seulement scolaires) qui visent l’émancipation individuelle et collective » ?

Parce que la vision de ce documentaire nous conduit à penser là où nous sommes fréquemment tentés par l’anesthésie. Anesthésie qui peut avoir des conséquences graves. En particulier dans nos professions, qui nous désignent souvent comme des adultes de confiance. Combien « d’adultes de confiance » un enfant victime d’abus a-t-il croisés avant d’en trouver un capable de l’entendre ? Trop, probablement. C’était déjà le cas avant 2005 mais, depuis, voici des mots que l’on peut entendre en salle des maîtres : « comme à Outreau », « le juge qui avait cru tout ce que disaient les enfants »… Quel crédit accorder aux dires des enfants ? La question est légitime. Seulement, le souvenir laissé par cette affaire n’a-t-il conduit qu’à plus de prudence ? Méfiance/confiance, où en est-on ? « Où en suis-je ? » Voilà une question que tout adulte en charge d’enfants gagnerait à se poser. La suspicion n’aurait-elle pas gagné du terrain ?

Certes, il n’est pas indispensable de voir le film pour s’interroger. Et puis, le drame d’Outreau c’est du passé... Les enfants avaient menti, les adultes, condamnés à tort, ont été innocentés. Le dossier est connu de tous. On pourrait presque dire qu’il « fait jurisprudence » en salle des maîtres. Pourquoi en reparler ?

Justement parce que pour maintenir le silence sur cette question taboue : les crimes pédophiles, il n’est même pas besoin de complot. Il me semble que c’est un domaine où l’autocensure est encore reine, sans évoquer l’impossibilité de s’exprimer de nombreuses victimes. On se tait, on regarde ailleurs. Alors qu’il faudrait parler : parler pour guérir, parler pour prévenir…

Et c’est peut-être le moment pour s’y mettre. Il y a la sortie de ce film mais aussi, et ça concerne plus directement les milieux qui s’intéressent aux pédagogies alternatives, l’ouverture du procès de Léo. Léonide Kameneff, l’initiateur de l’aventure de l’Ecole en bateau. Un beau projet, en termes de pédagogie. Des ravages, à cause de la pédophilie.

Plus haut, j’ai utilisé le terme de « suspicion », sous entendu suspicion envers les enfants. Il ne s’agit pas de basculer vers l’autre extrême, de suspecter tous les adultes. Mais, posons nous la question : comment plusieurs centaines d’enfants ont pu embarquer sur le Karrek-Ven, pendant plus de 30 ans, sans que nous ne nous inquiétions de rien ? Un compte-rendu, lisible sur http://prdchroniques.blog.lemonde.fr/, évoque la question en relatant le témoignage d’un père ancien instituteur.

Quand j’écris « nous », je m’inclus en tant que membre d’un mouvement d’éducation nouvelle. Mais aussi en tant qu’amie d’enfance d’un ancien de l’Ecole en bateau. Honnêtement, si je ne m’étais pas sentie personnellement concernée, je ne serais sans doute pas allée lire les comptes-rendus que je vous conseille. Et c’est l’un des grands problèmes avec ces questions taboues : tant que l’on ne se sent pas touché personnellement, on préfère ne rien savoir. Devrais-je plutôt écrire : on préfère ne rien savoir pour ne pas se sentir touché ? ou encore : parce que l’on ne veut pas se savoir touché personnellement ? Simple professeur des écoles, je ne suis pas spécialement compétente pour me permettre des affirmations pareilles. J’ose cette hypothèse en raison de mon expérience personnelle : 2 pédophiles dans ma famille. L’un est mort avant ma naissance, l’autre a été condamné. Et ça a changé beaucoup de choses. Le déni, l’impossibilité de savoir, la difficulté à dire, le refus d’entendre existent. Leurs conséquences peuvent être terribles.

Outreau, l’Ecole en bateau, il n’est pas réjouissant de devoir aller y regarder de plus près. C’est peut-être nécessaire malgré tout, afin de ne pas éluder des questions fondamentales :

  • Quels moyens nous donnons-nous, en tant qu’éducateurs, pour garder les yeux ouverts, ou même pour être plus vigilants, sans sombrer dans la paranoïa ?
  • Comment notre histoire personnelle vient influencer notre jugement ? notre capacité de penser ? d’entendre les enfants qui nous sont confiés ?
  • Quelles réflexions gagneraient à être menées collectivement ? Quels débats ?

Pour commencer à répondre à la première question, je renouvelle ma suggestion d’aller au cinéma. Le faire pourrait aider à répondre à la deuxième et à trouver des pistes pour la troisième.

PS : Vendredi soir, nous n’étions que 4, dans l’une des trois seules salles qui diffusent Outreau, l’autre vérité, à Paris. Il faudrait donc aller voir ce film maintenant, avant qu’il ne disparaisse de l’affiche.

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