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Questions de classe(s)

Etat des lieux de l’enseignement de la philosophie.

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Voici la situation qui est la nôtre :

Premièrement la critique sociale et politique et économique n’est plus menée ni portée par des philosophes de métier. Ce sont des éditorialistes et des humoristes principalement qui portent la critique sociale, on peut penser en Egypte, en Italie, en France, et par des nouveaux visages de l’internet, chaines you tube ludiques et/ou subversives.

2. Allant à l’encontre de nos habitudes pédagogiques, le format court sur chaine you tube est le moyen le plus efficace pour diffuser des idées, format percutant travaillé par le montage des images sur temps court. L’écrit a perdu son efficace.

3. Les intellectuels et la philosophie représenté dans l’appareil médiatique apparaissent comme agents aux services d’un ordre social et politique dont les éventuelles critiques apparaissent comme transgressions rituelles qui ont perdu de fait leur efficace, tant par le type d’intervenant que la modalité du discours, que le ton et le statut des personnes s’employant dans les médias à la produire et la relayer.( cf. Philosophie magazine, Arte Enthoven, philosophes médiatiques, etc.)

4. Un divorce donc entre la philosophie à l’université( philosophes de métier de premier plan inaudibles dans l’espace social et politique) et la philosophie faite en amateur par des personnes sur chaînes privées you tube marque l’obsolescence en l’état du travail philosophique tel qu’il s’effectuait encore efficacement il y a une trentaine d’année.

5. Par l’apparition de ses chaines privées à contenu philosophique, politique, social, économique, la fonction même de professeur dans le cadre du métier d’enseignant en lycée est remise en cause. Un rapport de force en faveur des néo-penseurs, citoyens critiques créateurs de chaines originales youtube prend le pas sur le savoir philosophique institutionnel et le savoir en général en termes de prégnance et d’incidence et de capacité de formation de la pensée des jeunes.

Considérant cet état de fait, il me semble urgent qu’il faut réagir car précisément, l’ensemble de ces intervenants portant la critique sociale, culturelle, politique, économique peuvent être dangereux ( Dieudonné et la dérive antisémite ; Minute Papillon et la réhabilitation de la peine de mort ; Uzul et Doxa et l’opération d’OPA culturelle pour reprendre la fonction de critique sur des nouveaux objets de la culture). En tant qu’enseignants de métier, il nous faut investir un nouveau terrain en adéquation avec notre temps. Il nous faut conquérir le format actuel ou lutter contre ces tentatives de détruire l’efficience de la philosophie de métier qui se cantonne à des exercices qui n’arrivent plus à toucher par delà l’obligation du lycée.

Nous sommes à un tournant et un véritable meurtre de la philosophie de métier est en train de s’effectuer. Je propose la formation de chaine de l’éducation nationale et par disciplines ou sujets où nous puissions réinvestir le terrain dans un soucis d’impartialité, d’objectivité, de vérité, de contribution au vivre ensemble et à lutter contre les récupérations financières des néo-« penseurs ». Il nous faut des cours et des philosophes de métier 2.0 pour lutter contre ces évolutions faute de quoi, nous vouons à mon sens notre propre discipline à perdre le peu d’autorité et de force qu’elle possède encore. Qu’on ne s’étonne pas d’une crise des vocations institutionnelles également, entre l’académisme mal rémunéré, et la créativité libre de toute barrière prodiguant reconnaissance sociale et économique et efficience, le choix sera de plus en plus facile à faire. C’est l’idée d’une tradition et d’une transmission de la tradition philosophique même qui est en cause. Un divorce, une rupture que nous sommes encore capable d’endiguer. Thibault Masset.

T.M

2 Messages

  • Etat des lieux de l’enseignement de la philosophie. 5 janvier 2014 11:21, par François Spinner

    Salut,

    Je ne sais pas si cela répond - même partiellement - à tes demandes mais voici deux liens vers des sites institutionnels :

    lesite.tv : http://www.lesite.tv/accueil/

    et

    capcanal.tv : http://www.capcanal.tv/

    François Spinner

    repondre message

    • Etat des lieux de l’enseignement de la philosophie. 5 janvier 2014 17:00, par T.MASSET

      il n’y a pas de philosophie sur le site tv. ce que je voulais dire c’est juste :

      1. Comment faire quand une personne condamnée pour provocation à la haine obtient une audience de 2.000.000 de vues sur internet, que chacune de ces vidéos fait 200.000 vues minimum, et que les élèves reprennent son geste et ses sketchs ? faisant ainsi qu’une partie de son discours se banalise ? Comment faire nous professeurs pour lutter contre ça si notre fonction est bien celle de transmettre certaines valeurs fondant le vivre ensemble, la tolérance, la non stigmatisation, ainsi de suite ?

      2. Comment augmenter l’efficace de notre discours face à la multiplication des chaînes you tube où des amateurs produisent de la philosophie ou autres matières à large spectre de diffusion qui produit plus d’effets sur les jeunes que nos propres cours ? alors même que nos cours sont plus complets, plus savants ?

      ça me pose à moi des problèmes concernant la nature même de ma fonction.

      Si après notre rencontre pendant un an, les élèves ne sont pas un peu mieux armés contre les endoctrinements, les récupérations actuelles si ils ne sont pas capables de discerner un savoir authentique d’une sélection partiale, s’ils ne sont pas moins malléables et sujets à l’intolérance, alors je me dis, là on n’a pas fait le travail
      Au vue du succes des chaines et des créateurs nommés ci dessus, je fais le constat qu’on est pas adapté et qu’entre nos intentions et l’effet réel, il y a un monde.

      Il me semble donc qu’on est en train de perdre la bataille avec des puissances de diffusion médiatiques libres : qu’il s’agisse de Dieudonné, Soral, ou dans un autre domaine de Minute Papillon ce qui est présent dans les têtes de tous nos élèves au quotidien ce sont leurs idées et pas les notres. Ce qui forme la pensée des jeunes c’est bien davantage, eux et plus généralement la multiplicité des vidéos sur you tube que nos cours à nous et là alors,

      on se dit 1. on touche largement moins de gens et 2. moins bien dans la mesure où notre production est inefficiente car dominée dans un rapport de force où la vérité est sacrifiée sur l’autel de les canons de l’attractivité du message, de ces nouvelles pédagogies de l’image du format 5 minutes sur you tube.
      Deux solutions soit on reste dans la même posture, soit on change.

      ça pose donc la question évidente de la pédagogie à l’ère du numérique : qu’elle est la nature du cours ? le cours est il réductible au travail de classe ? quelle doit être la structure d’interaction du prof et des élèves en classe ?( cours magistral débat questions libres ? forme en cercle en carré en opposition tranchée ou en relation de transcendance prof/élève ou immanence ? centralisée ou décentralisée) Doit-on se cantonner à l’espace de la classe à l’ère d’internet ? le pb du dehors à l’heure de la démocratisation du savoir, de la production de savoir et de sa libre diffusion actuelle ? ouvrir la classe ou le lycée sur la ville ou faire entrer la ville dans le lycée, les idées de sanctuarisation traditionnelle éclatent à l’ère des flux.

      il me semble qu’on est pas encore parvenu à la bonne mouture de l’EN 2.0. Les évaluations pisa nous incitent aussi à la réforme de notre pédagogie, Juste pour présenter les grandes options possibles bien évidemment restreintes dans les faits car devant être soumises de manière obligatoire aux textes officiels définissant le cadre de la liberté d’enseigner ainsi qu’aux consignes et directives données par l’inspection mais en substance nous avons les variables suivantes :
      1. le contenu. Programme, explicite ou implicite. questions et thèmes abordant directement ou indirectement les notions
      2. le hors cours( relation prof/élève, une heure de permanence ? ou autres modalités ? quelle demande du hors cours pour relation prof/élève ?)
      3. la structure spatiale du cours : quelle forme ?
      a. Transcendance Pupitre prof, tables élèves ?
      b. dichotomique clivante divisant en deux groupe d’élève les uns face aux autres ?
      c. Consensuelle cercle ? paroles circulante
      d. position et mouvement : debout/assis ? type de mouvements autorisés ?
      e. Centralisée/ décentralisée ( groupes de travail sur tables par f, etc. en ateliers ( ateliers méthodo ou thématique, synergie des efforts ou dissociation ?)
      g. Autonomie ou collectif ( en commun ou individuel ?) prise d’initiative possible des élèves ou orientation obligatoire du professeur. arbitre, juge ou meneur)
      (l’outil numérique permet e f g)
      5. l’évaluation par note ou sans note ? si sans note comment évaluer, quoi évaluer ? quels critères, si notes, que doit-on évaluer ? ( sachant qu’il y a des élèves en demande de sécurité, en demande de "soumission à une autorité" à un discours scolaire et transcendant et d’autres qui cherchent un développement de soi.
      6. modalités de travail et type d’interaction : Cours Magistral ; débats ; questions libres au prof et à la classe ?

      et quel usage du numérique ?

      Voir en ligne : http://www.gepc.fr

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